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quels je suis entré pour vous prouver les droits de ma position. C'est en l'honneur du prince régent et la protection des lois de votre pays que j'ai mis et que je mets ma confiance.

- “ NAPOLÉON.” Cette lettre resta sans réponse.

Un ou deux jours avant l'arrivée de M. Bombray à Plymouth, on avait déjà mauvaise opinion de la tournure que prendraient les affaires. Les gazettes anglaises rendaient compte de toutes les délibérations, du conseil des ministres, où l'on agitait la question d'envoyer l'empereur à Sainte-Hélène ; elles rendaient également compte de tout ce qui s'était passé à Paris, c'est-à-dire de la rentrée du roi, de la composition de son ministère. On ne voyait, dans les choix qu'il avait faits, que des ennemis personnels de l'empereur ; on jugea bien qu'ils feraient tous leurs efforts pour faire prendre un parti violent contre leur ancien souverain, qu'ils s'appuieraient sur l'impossibilité de tranquilliser la France tant qu'on verrait quelque chance de retour. Aussi pensâmes-nous que la mesure dont l'empereur était l'objet était bien autant l'ouvrage du cabinet de Paris que celui de Londres.

Les officiers du Bellérophon le croyaient aussi, et se trouvaient particulièrement offensés, comme Anglais et comme militaires, d'être les agens de cette machination.

Ils avaient tous été bien traités par l'empereur. Ils l'avaient cru méchant, ils voyaient qu'il était bon jusqu'à la faiblesse. Ils étaient bien revenus de leurs préventions.

L'empereur avait fait dîner un d'entre eux chaque jour à sa table, et avait constamment retenu le capitaine. Cet officier lui avait plu; il était fort content de lui.

Les officiers de la marine et M. Maitland lui-même nous disaient hautement, en voyant ce qui se faisait : “ Voilà une “ fort mauvaise affaire. Si Withbread n'était pas mort, cela “ n'irait pas ainsi. Il y aurait un beau tapage au parlement.”

Ils nous conseillaient de protester contre l'envoi à SainteHélène, parce qu'ils croyaient que, si nous opposions une

masse de résistance à cette décision, on y regarderait à deux fois avant de rendre tout-à-fait mauvaise une chose qui était déjà une violation des lois.

Il y avait à bord du Bellérophon quelques personnes qui parlaient fort sensément des lois de leur pays, que les Anglais connaissent mieux que nous ne connaissons les nôtres. L'un de ces messieurs nous conseilla de résister ; il nous dit même que nous ne risquions pas grand chose à le faire, que nous ne pouvions rien perdre. Je suivis son avis. J'écrivis à l'amiral Keith que j'entendais parler de Sainte-Hélène, que je ne savais qu'en croire, et que, sans rien préjuger des déterminations de son gouvernement, je le prévenais qu'il n'entrerait jamais dans les miennes d'aller à Sainte-Hélène, parce qu'il ne m'était pas permis de disposer de moi à ce point-là ; que j'avais cru venir en Angleterre, ou passer en Amérique avec le projet d'y appeler ma famille. J'ajoutai qu’un transfert à Sainte-Hélène n'admettait pas une supposition semblable, qui d'ailleurs n'était point entrée dans mes calculs, et que je lui en faisais la déclaration. Je m'étendis ensuite sur divers détails relatifs à notre arrivée à bord du Bellérophon.

L'amiral Keith m'a-t-il répondu ? je n'en sais rien.

Je rendis compte le soir même à l'empereur de la démarche que j'avais faite. Je le prévins aussi que j'avais trouvé le moyen d’écrire à Sir Samuel Romilly, sans passer par l'intermédiaire du capitaine, auquel nous étions obligés de remettre nos lettres tout ouvertes.

Ce fut le lendemain ou le surlendemain du jour où j'avais écrit à l'amiral Keith, que M. Bombray arriva de Londres à Plymouth, avec l'exception qui me concernait. Comme elle ne pouvait évidemment pas être la conséquence d'une lettre écrite la veille ou l'avant-veille, elle me donna de l'inquiétude; car, quels que fussent les droits de ma position, il était bien difficile de ne pas supposer quelque motif sinistre à la mesure dont j'étais l'objet.

L'empereur tâchait de me rassurer, mais je crois qu'au fond, il n'augurait pas mieux que moi. .

Le vaisseau le Northumberland, qui devait conduire l'empereur à Sainte-Hélène, n'était pas prêt. On laissa ce prince dans la même situation à bord du Bellérophon dans la rade de Plymouth, jusqu'au 6 août, qu'il appareilla pour Torbay, accompagné du Tonnant, que montait l'amiral Keith, et d'une frégate sur laquelle étaient les officiers qui étaient venus de France avec l'empereur.

Le Northumberland devait se trouver à Torbay. Il arrivait de Portsmouth, et marchait sous la conduite de l'amiral Cockburn, qui devait conduire l'empereur à SainteHélène. Les deux vaisseaux qui avaient fait voile de Plymouth le rencontrèrent à la mer, et tous trois vinrent mouiller à Torbay le 7 août après midi.

L'amiral Cockburn était à bord de l'amiral Keith, lorsque l'empereur y envoya le général Bertrand, pour savoir de lui comment on comptait le traiter, tant pendant la traversée que pendant son séjour à Sainte-Hélène.

Le général ne tarda pas à revenir, et apprit à l'empereur • qu'on le faisait prisonnier de guerre ainsi que toutes les

personnes qui l'accompagnaient, qu'on le dépouillait de son argent et de ses armes, qu'on avait même été jusqu'à vouloir lui ôter son épée. Le général Bertrand s'était récrié sur un tel procédé ; l'amiral Keith s'était rangé de son avis, et avait fait observer à l'amiral Cockburn qu'on la rendait même à un officier pris sur le champ de bataille, qu'à plus forte raison on devait le faire dans le cas dont il s'agissait. Il prit sur lui de laisser à l'empereur celle qu'il a si glorieusement portée.

Le lendemain 8 août, l'amiral Cockburn vint à bord du Bellérophon avec l'amiral Keith, qui paraissait affligé de ce triste message.

M. Cockburn était accompagné d'une personne qu'il avait amenée de Londres, et avec laquelle, je crois, il avait quelque lien de parenté; ce fut cette même personne qu'il chargea de visiter les effets de l'empereur. On examina tout, pièce par pièce, sans oublier son linge. A la vérité, cette inspection se fit avec des formes polies qui rendaient cette dégoûtante visite moins insupportable; mais on s'empara de l'argent et de tout ce qui avait quelque valeur. Cela fait, on vint annoncer à l'empereur que le canot qui devait le conduire à bord du Northumberland était prêt*..

Il embrassa ses compagnons d'infortune, qui eurent la permission de venir lui dire un dernier adieu à bord du Northumberland.

Il me chargea particulièrement de dire au capitaine Maitland qu'il eût désiré lui donner une marque de souvenir, qu'il regrettait qu'on l'eût mis hors d'état de le faire ; que, du reste, il ne conservait aucun ressentiment contre lui à raison de ce qui arrivait, parce que cela tenait à des con-, sidérations hors de sa puissance; qu'il ne croyait pas qu'il l'eût,

* Le général Lallemand, qui nous avait rejoints à Niort, était parti de Paris après nous, c'est-à-dire lorsqu'il était à peu près évident qu'il n'y avait plus rien à espérer ni pour le fils de l'empereur ni pour le duc d'Orléans, avec n'importe lequel des deux partis il aurait eu une position toute faite.

Il avait apporté à l'empereur une lettre dont ce prince daigna me donner communication. Je lui dis ce que j'en pensais ; mon opinion lui déplut, il me le témoigna, et me dit que je ne voyais qu'à travers les passions auxquelles je me laissais aller. Je lui répliquai : “ Fort bien, sire, ne me croyez pas ; “ mais pour votre satisfaction personnelle, avant de nous quitter peut-être “ pour jamais, demandez à Lallemand, qui était dans tout cela, pour qui l'on “ travaillait lorsque vous êtes revenu.”

L'empereur me prit au mot et me dit d'appeler Lallemand ; je le fis, et assistai à la conversation, L'empereur demanda au général pour qui l'on travaillait avant qu'il revînt. Pour le duc d'Orléans, lui répondit Lallemand. L'empereur se tourna alors de mon côté avec un sourire qui était dans son habitude quand il se rendait à une opinion contre laquelle il s'était d'abord buté; il nous renvoya l'un et l'autre, et mit en lambeaux la réponse qu'il avait faite à la dépêche que ce général lui avait apportée.

Ces lambeaux éveillèrent la curiosité des officiers qui étaient restés à bord, ils les rassemblèrent, et virent avec surprise de quoi il s'agissait.

trompée sciemment; qu'il lui avait reconnu au contraire assez d'honneur pour être persuadé qu'il serait affligé en voyant que la confiance qu'il avait mise dans son pavillon était devenu le piége de son infortune, et qu'il était particulièrement peiné de voir qu'on l'avait rendu l'instrument de la plus honteuse infraction à l'honneur et à la morale, à toutes les lois que respectent même les peuples les moins civilisés.

Au moment de quitter le Bellérophon, M. de Las Cases, qui suivait l'empereur à Sainte-Hélène, demanda au capitaine Maitland de lui signer une déclaration de quelques faits convenus entre eux, lorsqu'ils avaient traité ensemble dans la rade des Basques.

M. Maitland répondit à M. de Las Cases : “ Voyez, “ d'après ce qui se passe, à quoi vous servira ma signa“ ture, elle ne peut que me nuire; et croyez-vous que ma “ position soit bien meilleure que la vôtre ?”

Nous étions au 8 août. Le Northumberland mit à la voile dans l'après-midi pour Sainte-Hélène. Le Béllerophon et le Tonnant rentrèrent le même jour à Plymouth.

CHAPITRE XIV.

Observations sur la conduite du gouvernement anglais.-Il cède aux exigences des souverains alliés.--A qui est véritablement due la captivité de l'empereur. - Napoléon sur le Northumberland.—Confiance de Trianon.-On en reviendra.

Quels qu'aient été les motifs du gouvernement anglais pour se conduire envers l'empereur comme il l'a fait, il n'en est pas moins vrai qu'il a agi contre le droit des gens, et contre sa propre dignité. Il avait bien senti tous les droits de la position de l'empereur, et il est présumable que c'est plutôt pour condescendre aux désirs des souverains alliés qui avaient concouru si puissamment à l'abattre, que les Anglais ont violé l'hospitalité qu'il avait reçue sur leurs vaisseaux, que

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