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“ S. M. a expédié M. le maréchal-de-camp baron Gourgaud auprès du prince régent, avec une lettre dont je vous envoie copie, vous priant de la faire passer au ministre auquel vous croirez nécessaire d'envoyer cet officier-général, afin qu'il ait l'honneur de remettre au prince régent la lettre dont il est chargé.

“ J'ai l'honneur, etc. “ 14 juillet 1815.”

Lé général Gourgaud mit en mer dans la nuit du 14 au 15, et fut bientôt à bord du Bellérophon. Le capitaine Maitland l'accueillit et le fit, suivant la demande qui lui en était faite, partir sur la corvette la Slany, qui appareilla sur-le-champ pour l'Angleterre, où elle porta la nouvelle des événemens qui avaient eu lieu. Tout le temps de la traversée, le général fut entretenu dans l'idée qu'il pourrait débarquer et se rendre auprès du prince régent; mais il ne fut pas plus tôt arrivé dans la rade de Portsmouth, que le capitaine Sertorius, se glissant furtivement dans son canot, gagna la terre sans plus tenir compte de ses promesses. Le général, indigné, s'emporta, protesta, mais n'en fut pas moins consigné à bord. Pendant que la déception se consommait, l'empereur se disposait à s'éloigner d'un rivage où tout devenait embûches autour de lui.

Les choses en étaient au point qu'il commençait à peine à s'habiller lorsque le général Becker accourut me prévenir qu'il venait d'arriver à Rochefort un émissaire chargé de faire arrêter l'empereur. Il me dit qu'il pouvait suspendre le coup deux ou trois heures ; mais que, ce temps passé, il se lavait les mains de ce qui adviendrait.

J'entrai de suite chez l'empereur, je lui fis part de ce que je venais d'apprendre; nous l'habillâmes au plus vite et partîmes au petit jour pour nous rendre au canot qui devait nous conduire à bord des Anglais.

Les capitaines des deux frégates nous suivaient ; ils avaient ordre d'arborer le pavillon blanc, et n'attendaient pour le faire que de voir l'empereur au large.

Il ne tarda pas à les tirer d'inquiétude. Il descendit au rivage et s'embarqua sur un des bricks de guerre qui mouillaient sous les forts. Il donna congé au général Becker, qui, suivant ses instructions, ne devait pas le quitter qu'il ne le vît dans les mains des Anglais*. Il profita de la basse marée pour sortir de la rade de l'ile d'Aix et se rendre à bord du Bellérophon, qui était mouillé dans celle des Basques.

Extrait des Minutes de la Secrétairerie d'Etat.

Paris, 6 juillet 1815.

Vu l'urgence des circonstances et le haut intérêt attaché à ce que Napoléon Bonaparte quitte sur-le-champ le territoire français, tant sous les rapports de sa sûreté personnelle que sous ceux de la raison d'Etat, la commission du gouvernement arrête :

Art. ler. Le ministre de la marine réitérera les ordres qu'il a donnés pour l'embarquement et le départ immédiat de Napoléon sur deux frégates destinées à cette mission.

ART. 2.-Si, par la contrariété des vents, la présence de l'ennemi ou par toute autre cause, le départ immédiat était empêché, et qu'il fût probable qu'on réussirait à effectuer le transport de Napoléon par un aviso, le ministre de la marine donnera des ordres pour qu'il en soit mis un sans délai à sa disposition, sous condition que ledit aviso partirait dans vingt-quatre heures au plus tard.

ART. 3.—Mais si, par les contrariétés que le temps peut faire éprouver sur un aviso, Napoléon préférait être conduit immédiatement, soit à bord d'une croisière anglaise, soit en Angleterre, le préfet maritime du cinquième arrondissement lui en donnera les moyens sur sa demande écrite, et dans ce cas, il sera mis sur-le-champ à sa disposition un parlementaire.

ART. 4.—Dans tous les cas, le commandant du bâtiment destiné à porter Napoléon'ne pourra, sous peine de trahison, le débarquer sur aucun point du territoire français.

ART. 5.-Si le commandant du bâtiment était forcé de relâcher sur les côtes de France, il prendrait toutes les mesures de sûreté nécessaires pour que Napoléon ne pût débarquer; au besoin il requerrait les autorités civiles et militaires de lui prêter main-forte.

Il y arrivait avec peine à cause du temps qui était presque calme; le canot du capitaine Maitland, dans lequel était son premier lieutenant, vint à sa rencontre.

L'empereur y passa, et ne put contenir son émotion en voyant rouler les larmes dans les yeux de la plupart des matelots du bâtiment qu'il quittait. Ces braves le saluèrent des cris accoutumés de vive l'empereur! et le suivirent des yeux jusqu'à bord du Bellérophon, où le capitaine du brick vint prendre congé de lui

L'empereur monta à bord du Bellérophon, plein de sécurité, et ne doutant nullement qu'il allait trouver la vie paisible qu'il cherchait. Il fut reçu par le capitaine et l'équipage avec un respectueux silence; le vaisseau était en tenue de propreté recherchée.

L'empereur passa de suite dans la chambre du capitaine, qui avait évacué son appartement pour le lui faire occuper. Quelques instans après, on aperçut le vaisseau anglais le Su

Art. 6.-Le général Becker, sous la responsabilité duquel ont été mises la garde et la personne de Napoléon, ne devra le quitter qu'en dehors du Per. thuis, et si Napoléon a demandé à être transporté à bord de la croisière anglaise ou en Angleterre, il ne devra le quitter qu'après qu'il l'aura remis à bord de ladite croisière ou débarqué en Angleterre.

Art. 7.—Tant que le général Becker sera à bord du bâtiment destiné au transport de Napoléon, le commandant dudit bâtiment sera à ses ordres et déférera à toutes les réquisitions qui lui seront faites par ledit général, relativement à l'objet de sa mission et dans le sens dudit arrêté.

ART. 8-Le ministre de la marine est chargé de l'exécution du présent arrêté et de sa transmission au général Becker, qui devra se conformer, en ce qui le concerne, aux dispositions qu'il renferme.

Le duc d'OTRANTE, président,

Comte Grenier,
CAULAINCOURT, duc de Vicence,

CARNOT.
Pour le secrétaire adjoint au ministre secrétaire d'Etat,

QUINETTE.

perbe, qui était monté par l'amiral Otham. Sur les avis que lui avait donnés le capitaine Maitland, il arrivait de la baie de Quiberon dans celle des Basques; en peu d'heures, il vint mouiller près du Bellérophon.

Le capitaine Maitland alla à bord de l'amiral Otham, où il resta assez long-temps avant de revenir sur le Bellérophon. L'amiral Otham vint bientôt après lui-même faire une visite à l'empereur et le prier de lui faire l'honneur de venir le lendemain visiter son vaisseau, et d'y accepter à déjeuner.

L'empereur agréa cette invitation, et s'y rendit le lendemain, accompagné du capitaine Maitland et des officiers français qui suivaient sa destinée.

Le vaisseau le Superbe était dans tout l'éclat de sa parure.

Le pont, couvert d'une tente magnifiquement décorée, avait pour plafond le grand pavillon d'Angleterre.

Les travaux journaliers du vaisseau étaient suspendus; l'équipage était vêtu comme les dimanches et jours de fêtes.

Les matelots étaient sur les vergues, et une fort belle musique sur la dunette.

Les officiers anglais nous dirent que cette cérémonie n'avait lieu en Angleterre que lorsque le roi montait à bord des vaisseaux.

Certainement l'amiral Otham, qui avait causé avec M. Maitland de tous les antécédens de l'arrivée de l'empereur à bord du Bellérophon, n'aurait pas agi ainsi, s'il l'avait con- . sidéré comme prisonnier ; car les officiers de la marine anglaise sont aussi experts sur ces matières que les hommes de cabinet.

L'amiral Otham présenta à l'empereur tous les officiers et gardes de la marine de son vaisseau, qu'il lui nomma l'un après l'autre. La présentation faite, il le mena visiter les batteries, et revint lui offrir un déjeuner que l'on n'aurait pas pu avoir meilleur à Paris.

Après le déjeuner, il lui observa qu'il ferait mieux de pas

ser sur son vaisseau, qui était plus spacieux et plus commode que le Bellérophon, dans lequel il serait gêné; mais telle était la bonté de l'empereur, qu'il répondit que ce n'était l'affaire que de quelques jours, qu'il ne voulait pas mortifier le capitaine Maitland, surtout si cette circonstance pouvait être avantageuse à sa carrière.

L'empereur était pourtant informé qu'il existait des rapports de bienveillance particulière de la part du prince régent envers l'amiral Otham, que par conséquent cet amiral était moins exposé à essuyer un désagrément personnel qu’un capitaine de vaisseau, qui est le plus souvent soumis à une obéissance passive, quel que soit le degré d'estime qu'on ait pour lui.

Mais l'empereur allait en Angleterre avec confiance et ne croyait pas qu'un mauvais traitement l'y attendait; la réception qui lui était faite à bord des vaisseaux de ce pays en repoussait la pensée.

Il revint à bord du Bellérophon, et celui-ci mit à la voile avec la corvette le Mirmidon, c'est-à-dire que tout ce qui composait la croisière devant Rochefort, jusqu'au 15 juillet, leva l'ancre à huit heures du matin.

Le surlendemain, nous rencontrâmes le vaisseau de soixantequatorze le Swift-Sure, qui allait renforcer cette croisière. C'était le premier vaisseau qui partait d'Angleterre depuis que l'on y avait su que l'empereur avait le projet de partir par Rochefort. Il paraissait avoir été expédié bien précipitamment, car il n'était qu'à moitié peint et n'avait rien de cette grande propreté qui distingue les bâtimens anglais.

Les jours suivans, l'on rencontra successivement d'autres frégates qui allaient aussi à la même destination ; mais tous ces bâtimens seraient arrivés trop tard pour s'opposer au départ de l'empereur, s'il avait voulu le tenter de vive force.

Nous en fimes la remarque au capitaine Maitland, dont le vaisseau marchait assez mal par un petit temps.

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