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Les débris de l'armée prussienne, conduite par le roi de Prusse, qui avaient passé à Meissen, se sont dirigés par Kœnigsbruck sur Bautzen pour se réunir à l'armée russe. Le corps du duc de Reggio a passé hier à midi le pont de Dresde. L'empereur a passé la revue du corps de cavalerie et des beaux cuirassiers du général Latour-Maubourg. On dit que les Russes conseillent aux Prussiens de brûler Potsdam et Berlin, et de dévaster toute la Prusse. Ils commencent eux-mêmes à donner l'exemple ; ils ont brûlé de gaîté de cœur la petite ville de Bischofswerda. Le roi de Saxe a dîné le 15 chez l'empereur. La deuxième division de la jeune garde, commandée par le général Barrois, est attendue demain 15 à Dresde.

Le 16 mai au soir. A S. M. l'impératrice-reine et régente.

Le 15, S, M. l'empereur et S. M. le roi de Saxe ont passé la revue de quatre régimens de cavalerie saxons ( un de hussards, un de lanciers, et deux régimens de cuirassiers ), qui font partie du corps du général Latour-Maubourg. Ensuite LL.MM. ont visité le champ de bataille et la tête de pont de Prielnitz. Le duc de Tarente s'était mis en mouvement le 15, à cinq heures du matin, pour se porter vis-a-vis Bautzen. Il a rencontré au débouché du bois l'arrière-garde ennemie; quelques charges de cavalerie ont été essayées contre notre infanterie, mais sans succès. L'ennemi ayant voulu tenir dans cette position, la fusillade s'est engagée, et il a été déposté. Nous avons eu deux cent cinquante hommes tués ou blessés dans cette affaire d'arrière-garde. On estime la perte de l'ennemi de sept à huit cents hommes, dont deux cents prio sonniers. | La deuxième division de la jeune garde, commandée par le général Barrois, est arrivée hier à Dresde. Toute l'armée a passé l'Elbe. Indépendamment du grand pont de Dresde, il a été établi un pont de bateaux en aval, et un autre en amont de la ville. Trois mille ouvriers travaillent à couvrir la nouvelle ville par une tête de pont. La gazette de Berlin, du 8 mai, contenait le réglement de · la landsturm. On ne peut pousser la folie plus loin ; mais il est à prévoir que les habitans de la Prusse ont trop de sens, et sont trop attachés aux vrais principes de la propriété, pour imiter des barbares qui n'ont rien de sacré. A la bataille de Lutzen, un régiment composé de l'élite de la noblesse prussienne, et qui se faisait appeler cosaques prussiens, a été presque entièrement détruit; il n'en reste pas quinze hommes; ce qui a mis en deuil toutes les familles. Ces cosaques singeaient réellement les cosaques du Don. De pauvres jeunes gens délicats avaient à la main la lance, qu'ils soutenaient à peine, et étaient costumés comme de · vrais cosaques. Que dirait Frédéric, dont les ouvrages sont pleins d'expressions de mépris pour ces hideuses milices, s'il voyait que son petit-neveu y cherche aujourd'hui des modèles d'uniforme et de tenue ! Les cosaques sont mal vêtus ; ils sont sur de petits chevaux presque sans selle et sans harnachement, parce que ce sont des milices irrégulières que les peuplades du Don fournissent, et qui s'établissent à leurs frais. Aller chercher là un modèle pour la noblesse de Prusse, c'est montrer à quel point est porté l'esprit de déraison et d'inconséquence qui dirige les affaires de ce royaume.

Le 18 mai 1813.
A S. M. l'impératrice-reine et régente.

L'empereur était toujours à Dresde. Le 15, le duc de Trévise était parti avec le corps de cavalerie du général LatourMaubourg et la division d'infanterie de la jeune garde du général Dumoutier.

Le 16, la division de la jeune garde commandée par le général Barrois partait également de Dresde. .

Le duc de Reggio, le duc de Tarente, le duc de Raguse et le comte Bertrand étaient en ligne vis-a-vis Bautzen.

Le prince de la Moskwa et le général Lauriston arrivaient à Hoyers-Verda.

Le duc de Bellune, le général Sébastiani et le généal Reynier marchaient sur Berlin. Ce qu'on avait prévu est arrivé : à l'approche du danger, les Prussiens se sont moqués du réglement du landsturm ; une proclamation a fait connaître aux habitans de Berlin qu'ils étaient couverts par le corps de Bulow ; mais que, dans tous les cas, si les Français arrivaient, il ne fallait pas prendre les armes, mais les recevoir suivant les principes de la guerre. Il n'est aucun Allemand qui veuille brûler ses maisons ou qui veuille assassiner personne. Cette circonstance fait l'éloge du peuple allemand. Lorsque des furibonds, sans honneur et sans principes , prêchent le désordre et l'assassinat, le caractère de ce bon peuple les repousse avec indignation. Les Schlegel, les Kotzbue et autres folliculaires aussi coupables, voudraient transformer en empoisonneurs et en assassins les loyaux Germains; mais la postérité remarquera qu'ils n'ont pu entraîner un seul individu, une seule autorité, hors de la ligne du devoir et de la probité.

Le comte Bubna est arrivé le 16 à Dresde, Ii était porteur d'une lettre de l'empereur d'Autriche pour l'empereur Napoléon. Il est reparti le 17 pour Vienne. L'empereur Napoléon a offert la réunion d'un congrès a Prague, pour une paix générale. Du côté de la France, arriveraient à ce congrès les plénipotentiaires de la France, cenx des Etats-Unis d'Amérique, du Danemarck, du roi d'Espagne, et de tous les princes alliés; et du côté opposé, ceux de l'Angleterre, de la Russie, de la Prusse, des insurgés espagnols et des autres alliés de cette masse belligérante. Dans ce congrès seraient posées les bases d'une longue paix. Mais il est douteux que l'Angleterre veuillesoumettre ses principes égoïstes et injustes à la censure et à l'opinion de l'univers; car il n'est aucune puissance, si petite qu'elle soit, qui ne réclame au préalable les priviléges adhérens à sa souveraineté, et qui sont consacrés par les articles du traité d'Utrecht, sur la navigation maritime. Si l'Angletere, par ce sentiment d'égoïsme sur lequel est est fondée sa politique, refuse de coopérer à ce grand œuvre de la paix du monde, parce qu'elle veut exclure l'univers de l'élément qui forme les trois quarts de notre globe, l'empereur n'en propose pas moins la réunion à Prague de tous les plénipotentiaires des puissances belligérantes, pour régler la paix du continent. S. M. offre même de stipuler, au moment où le congrès sera formé, un armistice entre les différentes armées, afin de faire cesser l'effusion du sang humain. Ces principes sont conformes aux vues de l'Autriche. Reste à voir actuellement ce que feront les cours d'Angleterre, de | Russie et de Prusse. L'éloignement des Etats-Unis d'Amérique ne doit pas être une raison pour les exclure ; le congrès pourrait toujours s'ouvrir, et les députés des Etats-Unis auraient le temps d'ar river avant la conclusion des affaires, pour stipuler leuo | droits et leurs intérêts. .

Le 22 mai 1813.

A S. M. l'impératrice-reine et régente.

L'empereur Alexandre et le roi de Prusse attribuaient la perte de la bataille de Lutzen à des fautes que leurs généraux avaient commises dans la direction des forces combinées, et surtout aux difficultés attachées à un mouvement offensifde cent cinquante à cent quatre-vingt mille hommes.Ils résolurent de prendre la position de Bautzen et de Hochkirch, déjà célèbre dans l'histoire de la guerre de sept ans ; d'y réunir tous les renforts qu'ils attendaient de la Vistule et d'autres points en arrière ; d'ajouter à cette position tout ce que l'art pourrait fournir de moyens, et là, de courir les chances d'une nouvelle bataille, dont toutes les probabilités paraissaient être en leur faveur. Le duc de Tarente, commandant le onzième corps, était parti de Bischofswerda, le 15, et se trouvait, le 15 au soir, à une portée de canon de Bautzen, où il reconnut toute l'armée ennemie. Il prit position. Dès ce moment, les corps de l'armée française furent dirigés sur champ de Bautzen. L'empereur partit de Dresde le 18; il coucha à Harta, et le 19, il arriva, à dix heures du matin, devant Bautzen. Il employa toute la journée a reconnaître les positions de l'enIl6 IIlI. On apprit que les corps russes de Barclai de Tolly, de Langeron et de Sass, et le corps prussien de Kleist avaient rejoint l'armée combinée, et que sa force pouvait être évaluée de cent cinquante à cent soixante mille hommes. Le 19 au soir, la position de l'ennemi était la suivante : sa gauche était appuyée à des montagnes couvertes de bois, et perpendiculaires au cours de la Sprée, à peu près à une

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