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18. — Le maréchal Oudinot, commandant une armée française , déclare, de son quartier-général de Bréda , que l'empereur Napoléon lui ordonne de prendre possession des pays situés entre la Meuse et l’Escaut.

30. — Un sénatus-consulte règle la dotation de la couronne, le domaine extraordinaire et le domaine privé de l'empereur. Le domaine extraordinaire se compose de domaines et biens mobiliers et immobiliers que l'empereur , exerçant le droit de paix et de guerre, acquiert par des conquêtes, par des traités patents ou secrets. L'empereur dispose du domaine extraordinaire. Toute disposition est irrévocable. L'empereur a un domaine privé, provenant soit de donations , de successions ou d'acquisitions, le tout conformément aux règles du droit civil. Il en dispose à son gré.

constance particulière. Le duc de Bassano ( Maret ), frappé et scandalisé des excessifs pots-de-vin et des exactions diplomatiques exigés dans le ministère, proposa à Napoléon d'appliquer à un usage général, et digne de la grandeur de l'empire, les sommes considérables qui provenaient des dons et transactions diplomatiques. L'empereur applaudit aux vues de Maret , et , d'après ses conseils, le domaine extraordinaire fut commencé avec les fonds provenant d'une source qui avait coulé et continuait à couler abondamment.

2 FÉVRIER. — Séville , siége de la junte suprême des insurgés espagnols , point central de leurs forces, et dépôt général de leurs armées , est occupée par le maréchal Soult; la junte se réfugie à Cadix. A ce jour, Alicante et Carthagène sont, avec Cadix et l'île de Léon, les seuls points où n'ont pas pénétré les armes françaises.

6.— La Guadeloupe se rend aux Anglais. Le général Ernouf, capitaine-général , accusé d'abus de pouvoir, de concussions et de trahison, sera mis en jugement. Diverses circonstances en ayant suspendu les informations et la poursuite, il demandera et obtiendra une ordonnance de Louis XVIII, le 25 juillet 1814, laquelle, exprimant « la volonté d'user d'indulgence envers un offi« cier-général qui a rendu d'utiles services à la patrie, >> enjoint « de ne donner aucune suite à la procédure. » (V. 1816.)

7. — Une convention de mariage est signée entre l'empereur Napoléon et l'archiduchesse Marie-Louise, fille de François jer, empereur d'Autriche.

La nécessité de sauver ce qui survit de la puissance autrichienne, mutilée par des guerres et des traités également funestes, a conduit le chef d'une maison altière à proposer et å conclure un mariage qui n'est pas même morganatique. Le faible monarque ne saurait garantir ses frontières, ouvertes de toutes parts, qu'au moyen d'une étroite union avec son formidable voisin. Il ne peut rétablir ses forces intérieures : car, tant que

la sécurité de ses états restera menacée de la sorte , il lui sera impossible de relever ses finances abymées (Voyez 14 octobre 1809). Il se soumet et l'orgueil autrichien se résigne à donner à un soldat couronné la fille des Césars ! Il espère, il attend de son abaissement, de son humilité, de sa condescendance envers le grand empereur d'Occident, quelques reflets de gloire et de bonheur, ou du moins la restitution de quelques lambeaux de ses anciennes possessions en Pologne, en Allemagne, en Italie, en Illyrie. Cette monarchie maladive, mais fidèle à ses traditions, espère beaucoup du temps et de cette froide dissimulation, de

ces perfidies matrimoniales , dont le cabinet de Vierine possède tout le secret; il compte beaucoup sur ces flatteries, sur ces bassesses diplomatiques et royales, dont par exemple le prince de Kaunitz fit un si profitable usage en déterminant l'auguste Marie-Thérèse à flatter la courtisane Pompadour. L'intimité des nouvelles relations déguisera les mystères de la politique jusqu'à ce que la fortune, ayant pitié de l'Autriche, lui jette un de favorable qu'elle n'ait que la peine de relever! ( V.9 septembre, 5 octobre 1813.)

Napoléon est parvenu à ce point de sa carrière où l'affermissement de ce qu'on possède devient plus à propos qu’une continuité des mêmes efforts pour acquérir encore. Le lien qu'il forme avec la première maison de la chrétienté donne, aux yeux de la nation française et du monde entier, un tel degré de solidité et de perfection à l'édifice de sa grandeur, que

de nouveaux projets d'agrandissement ne peuvent que l'affaiblir et l'ébranler. Ce que la France, l’Europe, tant de nations foulées et réduites au désespoir, demandent au Ciel, une saine politique le prescrit comme loi de sa propre conservation au monarque tant de fois couronné par la victoire ! Mais cette grande alliance ne fera qu'irriter son ambition ; il fatiguera son génie en cherchant toujours à dépasser la hauteur de la plus haute destinée depuis Charlemagne; et cet événement, qui semble consolider son rang, comptera infiniment parmi les causes de sa perte! Pensant n'avoir désormais rien à redouter du côté de l'Allemagne, persuadé que ses intérêts ne sauraient plus éprouver d'opposition de la maison d'Autriche, Napoléon ne mettra plus de bornes à ses projets d'agrandissement !

Son divorce et son second mariage peuvent même

être assignés comme la grande époque de sa merveilleuse histoire , la péripétie de sa fortune jusqu'ici toujours ascendante, car dès cette heure commence la chaîne des malheurs qui conduisent à la décadence de l'empire. Un écrivain anonyme exprime très bien que « le scandale du divorce fit perdre à Napoléon « le respect qu'imposaient ses hauts exploits. On lui K avait pardonné comme une erreur de l'esprit sa « faiblesse pour certaines chimères ; alors on accusa « son coeur. L'opinion n'accueillit aucune des raisons « données pour justifier cette union. Les Français « avaient encore trop présents à la pensée les prin« cipes proclamés pendant leur révolution, pour se « reposer entièrement de leur avenir dans l'attente « d'un héritier du trône qui le serait aussi du génie « de son père. D'ailleurs, les lois dites constitutionH nelles avaient réglé la succession de la couronne, « sans laisser craindre les troubles d'une élection, « D'un autre côté, pouvait-on admettre que cette << alliance fût le garant d'une paix éternelle avec un « gouvernement tel que celui d'Autriche ? Loin de là, « elle ne rappela que de douloureux souvenirs , pré« curseurs d'une défection qui attriśtera l'humanité. « Les hommes sages n'ont vu dans le mariage de Na« poléon que l'ambition, pour lui si puérile, de pos«« séder une fille des Césars , et ils ont gémi......... Dès « son mariage il cesse d'être le même. Inquiet et u sombre, quoique encore prospère , préoccupé de « faibles intérêts , soupçonneux sans objet et acces« sible à l'astuce, impérieux sans dignité, il n'eut « plus dans son intérieur cette apparente franchise , « cet abandon, qui lui avait gagné tant de coeurs ; « ses actes et ses démarches politiques n'eurent plus « ce caractère si fortement imprimé de pénétration ,

« de justesse, de grandeur, qui avait signalé les pre« mières périodes de sa glorieuse vie. Aussi, le peuple, « juge suprême, qui semble inspiré d'en haut, cessa« t-il de le saluer comme un être surnaturel : il pou« vait enfin , si l'on peut ainsi s'exprimer , mesurer sa « stature morale. »

En épousant une archiduchesse d'Autriche, Napoléon fit une faute irréparable : il plaça la robe de Nessus sous son manteau impérial! Par ce mariage d'orgueil, absolument contraire à tous les intérêts politiques, Napoléon se lia les mains. Loin d'acquérir un allié, il se donna un ennemi , et un ennemi d'autant plus dangereux qu'il était profondément humilié de l'union domestique à laquelle il se voyait.contraint par une suite non interrompue de désastres militaires. Mais , en épousant la fille de François jer, Napoléon se croyait le gendre de l'empereur d'Autriche , oubliant que les rois n'ont pas de parents ; maxime proclamée par Frédéric , et dont ce grand roi se servit avec habileté dans ses relations politiques. Plus la cession de l'archiduchesse Marie - Louise paraissait honorer Napoléon aux yeux de l'Europe, plus l’Autriche devait s'en prévaloir pour pratiquer sans danger les intrigues et les perfidies qui devaient abymer Napoléon dans ses propres grandeurs. Ah! qu'il eût plus sagement fait pour sa gloire, pour sa sûreté, pour l'honneur du nom français, en plaçant sur son trône la fille de l'un de ces soldats qui avaient illustré leur nom sur tous les champs de bataille, de ces soldats dont le nom brillait de plus de gloire que le nom d'aucun des princes de la maison de Lorraine depuis son apparition dans l'histoire ; la fille de l'un de ces citoyens recommandables par leur probité politique et leurs vertus civiques ; et la France n'en était pas

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