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vions rejoindre à Florence, où il achevait, par l'étude des maîtres, la grande éducation raphaélesque qu'il avait commencée dans les ateliers de M. Ingres; de moi, qui dirigeais l'expédition, et de Mylord, qui la suivait.

Comme les trois premiers personnages que je viens de nommer dans cette série de voyageurs sont déjà, par leurs ceuvres, plus ou moins connus du public, je ne m'étendrai pas davantage sur leurs qualités physiques et morales, mais je demanderai la permission de revenir sur le dernier, qui jouera dans le cours de cette narration un rôle trop important pour que nous négligions de le faire, dès ces premières pages, connaitre à nos lecteurs, à qui je le soupçonne d'être totalement étranger. .

Mylord est né à Londres, en 1828, dans une niche de l'hôtel de lord Arthur G...., situé dans Regent-street. Son père était un terrier et sa mère une bull-dog, tous deux de pure et antique généalogie; de sorte que leur fils réunit en lui les qualités caractéristiques des deux races : c'est-à-dire, au physique, une tête grosse à elle seule comme le reste du corps, ornée de deux gros yeux qui deviennent sanglans à la moindre émotion, d'un nez à moitié fendu qui découvre une partie de la mâchoire supérieure d'une gueule qui s'ouvre jusqu'aux oreilles, pour se refermer comme un étau; et au moral, d'une ardeur de combat qui, lorsqu'on l’excite, s'exerce indifféremment sur toute espèce d'animal ou de chose, depuis le rat jusqu'au taureau, depuis la fusée volante qui s'échappe d'un feu d'artifice jusqu'à la lave qui jaillit d'un volcan.

Lord Arthur G.... était grand amateur de paris, et souvent le père et la mère de Mylord lui avaient fait gagner des sommes considérables, le premier en combattant contre des animaux de son espèce, ou en faisant des prises sur des tisons enflammés; la seconde, en

étranglant dans un temps donné un nombre déterminé de chats et de rats. Le rêve de lord Arthur G.... avait long-temps été de réunir les qualités de ses deux chiens dans un seul, et il avait déjà tenté plusieurs essais infructueux, lorsque Mylord vint au monde; il fut en conséquence appelé Hope, mot qui, comme chacun sait, veut dire en anglais espoir. Plus tard nous dirons à quel concours de circonstances il dut son changement de nom,

Soit influence patronymique, soit dispositions naturelles, le jeune élève de lord Arthur G.... ne tarda point à tenir plus encore qu'il n'avait promis : à quatre mois, faute de champions étrangers, il faisait dejà des prises charmantes sur son père et sur sa mère, et à six mois il étranglait huit rats en trente secondes et trois chats en cinq minutes. Ces qualités naturelles et acquises ne firent, comme on le pense bien, que se développer avec l'âge; de sorte qu'à deux ans le jeune Hope, quoique au commencement de sa carrière à peine, avait déjà une réputation qui allait de pair avec les plus grandes, les plus vieilles et les plus nobles réputations de Londres ; il est inutile de dire que nous n'entendons parler ici que de l'aristocratie canine.

Hope était à l'apogée de sa gloire, lorsqu'en 1831 Adolphe B., le fils d'un de nos plus riches banquiers, alla passer quelque temps à Londres, muni de lettres de recommandation, dont l'une était adressée à lord Arthur G.... La révolution de juillet venait d'éclater: c'était l'objet des conjectures de toute l'Europe. Il n'était point encore de trop mauvais goût d'avouer qu'on y avait contribué; de sorte qu'interrogé sur la journée du jeudi 29, Adolphe raconta quelques détails de la prise des Tuileries, à laquelle il avait assisté. Entre autres détails, il y en avait un assez curieux et dont nous garantissons l'authenticité.

Le peuple, en se répandant à travers le

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château, avait pénétre jusqu'à la salle des Ma. réchaux, ce magnifique musée de notre gloire militaire. Cependant au milieu de ces grands noms, il y en avait quelques-uns, il faut bien l'avouer, qui avaient cessé de jouir de la faveur publique, et qui, en échange, avaient acquis le privilége de porter au plus haut degré l'exaspération du moment. L'un de ces noms était celui du comte de Bourmont, à qui Alger, n'avait pu faire pardonner Waterloo, et celui du duc de Raguse, qui, par sa fidélité récente à Charles X, était loin d'avoir fait oublier son ingratitude envers Napoléon. Or ces deux noms se trouvaient inscrits dans la salle des Maréchaux, le premier sur un cadre vide, car on n'avait point encore eu le temps de le faire remplir autrement que par une tenture de moire rouge ; le second, au bas d'un magnifique portrait, en grand costume de général, peint par Gérard.

Le peuple, en passant devant le cadre vide

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