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de la guerre,

venaient d'être réparées; celles du département du Bas-Rhin, rattachées aux grandes communications avec la capitale, achevaient de lier ces riches conquêtes à la vieille France.

Quelle prudence, quelle modération n'eûtil pas fallu pour

fixer dans le sein de la paix ces dons de la fortune et du génie , et pour soutenir cette prospérité croissante aux yeux de rivaux alarmés et si fiers et si vigilans ! Tant de sujets de dépit et d'envie , rendaient de jour en jour plus puissant et plus populaire le parti qui, dans les deux chambres du parlement d'Angleterre, avait constamment blâmé la paix d'Amiens , et annoncé les résultats qu'on en devait attendre.

Le ministre qui l'avait négociée, lord Hawkesbury, travaillait de bonne foi à la maintenir : il s'exprimait franchement sur les acquisitions continentales faites par la France; il ne pensait pas, disait-il à la chambre des communes, « que ces acquisitions affec» tassent les intérêts de la Grande-Bretagne, » ni dans l'intérieur ni à l'extérieur, » et

cependant, il différait sous divers prétextes l'exécution de la principale clause, l'évacuation de l'île de Malte.

Le ministère anglais considérait ce délai comme une sorte de garantie, et sé montrait infidèle au traité, alors même qu'il récriminait contre les empiètemens de la France.

Cette méfiance et la surveillance réciproque des deux gouvernemens sur leurs actes politiques, et sur les moindres mouvemens deleurs forces de terre et de mer, éloignèrent bientôt jusques à l'apparence d'une sincère réconciliation. Les vieilles haines reparurent et s'envenimèrent; le parti Grenville ne garda plus de mesure dans ses provocations à la guerre,

à laquelle il ne reconnut jamais d'autre but et ne voulut d'autre terme que la contre-révolution de France.

Les réfugiés français que le traité d'Amiens laissait sans espérance, saisirent avidement celle bien faible encore, de voir reprendre les armes contre leur patrie; funeste effet des discordes civiles ! voeux impies désavoués au fond du coeur par ceux-là même auxquels

ils furent arrachés par le malheur, et dont l'histoire doit faire tomber le blâme sur les auteurs de l'odieuse proscription des émigrés. Leur nombre était fort diminué en Angleterrecomme dans les autres états de l'Europe, depuis que le dictateur avait fait réduire par des amnisties particulières les tables de proscription qu'il eût fallu briser.

Les ardens promoteurs de la guerre ne manquèrent donc

pas

de nourrir les ressentimens des Français expatriés , que la perte totale de leur fortune, et d'honorables sentimens de fidélité à leurs princes, retinrent sur ces bords étrangers ; déterminés à ne re-. connaître en France aucun autre gouvernement que celui de la dynastie légitime, ils ne voulaient toucher le sol de la terre natale

que pour y relever le trône des Bourbons. Rien ne fut négligé pour les exciter à des entreprises aventureuses ; jamais autant de trames ne furent plus activement et plus vainement ourdies, pour tenter de rallumer la

guerre civile : cette doctrine, que toute espèce d'agression est licite à ceux envers qui le pacte

social a été violé, était hautement professée. Londres retentissait des déclamations des prêtres que la protestation de quelques évê . ques dissidens encourageait à la désobéissance au Saint-Siège, en les éloignant des fonctions évangéliques auxquelles ils étaient rappelés, et par le chef du gouvernement et par le souverain pasteur. Les pamphlets les plus virulens contre la personne et la famille du premier Consul, publiquement imprimés en Angleterre , et circulant sous l'égide de la liberté de la presse,

étaient clandestinement introduits en France, et colportés dans toute l’Europe.

Les journaux réputés officiels, quoique avec des couleurs moins tranchantes, prenaient de jour en jour un ton plus hostile, et s'attachaient à grossir les nuages que cette guerre de plume élevait entre les deux gouvernemens.

Ces artisans de discorde ne pouvaientchoisir un plus sûr moyen de la faire éclater: le premier Consul, blessé de ces outrages, ne tarda pas à récriminer. Le 2 juin 1802, deux mois

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seulement après la signature du traité d'Amiens , le Moniteur dans un article évidemment dicté par Bonaparte, rapporta les faux bruits qu'on affectait de répandre à Londres sur la sûreté de sa personne. Il se plaignait amèrement des placards incendiaires jetés sur les côtes de Bretagne ; il reprochait au lord-maire d'avoir admis à sa table, en présence du prince régent et de l'ambassadeur français, le jeune duc d'Orléans revêtu des décorations de l'ordre du Saint-Esprit.

L'article était terminé par les réflexions suivantes.

« Une marche aussi contraire aux articles » du traité de paix, aux déclarations journa» lières des ministres, à la conséquence que » chaque gouvernement doit mettre dans sa » conduite, ne peut s'expliquer que par l'exis» tence de factions et de partis qui agissent » en sens opposé. Que l'on compare, ajoutait»il, le discours du citoyen Gallois ( rappor» teurde la commission du Tribunat, chargée » de l'examen du traité d'Amiens) à ceux de » MM. Wyndham et Grenville; que l'on

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