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nouvelle, et furent contraints, par l'opinion publique; å respecter ses décisions : on n'osa plus enfreindre la loi des nations sans se couvrir du moins de prétextes spécieux. Cet hommage rendu à la vérité, la discussion publique du point de droit et les notions du juste et de l'injuste , appliquées aux relations entre les états, comme aux pactes entre les individus , furent une conquête de la philosophie, et Grotius en eut toute la gloire.

Parmi les nombreux commentateurs de ce grand jurisconsulte qui fleurirent dans le dix-septième siècle, Puffendorf fut celui qui répandit le plus de lumières sur les questions de droit public : Hobbes avant lui les avait traitées en sophiste. L'horreur que celui-ci avait conçue des excès de la révolution républicaine d'Angleterre, le porta à dénaturer les principes établis par Grotius: Puffendorf les rappela dans son Traité des devoirs de l'homme et du citoyen, et dans ses Elémens de la jurisprudence universelle ; ses écrits, répandus dans toute l'Europe et traduits en français par le savant professeur Barbeyrac , firent avancer rapidement les connaissano

nces dans cette partie. Ils étendirent tellement l'influence des saines doctrines, que plusieurs princes souverains fondèrent, dans les universités d'Allemagne, des chaires de droit naturel et des gens.

Enfin, pour l'honneur de son siècle et la gloire des

lettres françaises, le génie des lois, Montesquieu , parut; il versa des flots de lumière sur les questions les plus abstraites. Après que sa vaste érudition et son investigation pendant ses voyages lui eurent rendu propres les trésors de l'antiquité, les méditations des philosophes qui l'avaient précédé, et l'expérience de ses contemporains , il alluma le flambeau de l'histoire dans son ouvrage sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains , et le porta dans les dernières profondeurs de la législation générale et des fondemens des sociétés. L'Esprit des lois , qu'on appela l'esprit du monde, fut reçu comme le code du droit des nations ; il déchira le voile des préjugés, et sous cette plume d'or, la science devint positive, et la politique prit une nouvelle face.

Depuis cette époque mémorable , pendant le cours du dix-huitième siècle, le mouvement imprimé à l'esprit humain s'est nécessairement accru conformément à la loi générale de la création, qu'il faut bien admettre dans le monde moral comme dans le monde physique ; des obstacles plus faibles que l'impulsion donnée, ne pouvaient qu'accélérer ce mouvement; les grands écrivains, dont les chefs-d'oeuvre venaient d'illustrer le siècle de Louis XIV, à l'égal de ceux du siècle d'Auguste , avaient moissonné toutes les palmes de la littérature ; une autre carrière moins brillante peut-être, mais plus vaste , s'ouvrit devant

leurs successeurs. Les sciences exactes furent cultivées avec une ardente émulation. On vit s'élever de toutes parts des écoles et des académies , qui s'affranchirent peu à peu des anciennes routines, et produisirent un grand nombre de sujets distingués dans divers genres, et presque tous imprégnés de l'esprit d'indépendance qui respire dans l'immortel ouvrage de l'aigle français. La plupart des savans, dans les états du continent, s'adonnèrent aux sciences physiques et aux recherches philosophiques; on voit que le génie poétique de Voltaire cédait à cet entraînement. Rousseau, qui s'y livra tout entier, propagea les principes de la liberté et la connaissance de l'art social, par sa profonde dialectique, et par les séductions de l'éloquence. L'un et l'autre, malgré leurs erreurs et leurs paradoxes, contribuèrent puissamment à répandre en Europe, dans toutes les classes, les lamières naturelles et le goût de l'instruction; mais ceux qui leur en attribuent tout l'honneur , et ceux qui leur en font un crime devraient reconnaître

que

l'in- fluence de ces grands écrivains provenait de l'esprit de leur siècle, qu'ils suivaient eux-mêmes, et ne pouvait que seconder la tendance générale.

En Angleterre, où les intérêts de la société, les formes et les actes du gouvernement sont l'objet constant des discussions publiques, les écrivains s'appliquèrent plus spécialement à l'économie politique ,

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science qui, selon l'excellente définition de Garnier, « a pour objet de considérer les lois de l'organisation » des sociétés humaines, et de rechercher les moyens >> qui peuvent rendre ces sociétés heureuses et puis>> santes. » Les principes de l'économie politique prise ainsi dans son application la plus étendue , furent controversés entre des philosophes, des savans et des jurisconsultes de différentes nations : en Angleterre, par Smith ; en France, par Turgot; en Italie, par Filangieri, et tant d'autres dont nous voudrions pouvoir rappeler ici et caractériser les oeuyres comme autant de bienfaits pour l'humanité. Ces principes analysés, formèrent un corps de science dont l'étude devint familière à tous les bons esprits : on s'exerça à les appliquer aux diverses branches de l'administration de l'état, de la même manière qu'on avait appliqué aux arts les sciences mathématiques et physiques.

C'est depuis cette époque, depuis un demi-siècle, que la position des gouvernemens, et leurs rapports avec les peuples ont changé ; leur influence est d'une toute autre nature, et la force de l'opinion publique, soit inerte, soit active, leur 'est aujourd'hui secourable ou nuisible selon la justesse de leurs' mesures ou leur imprévoyance; s'ils la secondent avec prudence, ils n'y trouvent que des appais ; s'ils la compriment, ils la rendent hostile, et s'en font un obstacle.

Vers la fin du dix-huitième siècle , deux grands événemens, l'émancipation des colonies anglaises de l'Amérique septentrionale et la révolution française , donnèrent aux idées libérales un cours plus rapide :: mais les écrits polémiques à la profusion desquels on l'attribue, ne le précipitèrent que parce que les esprits y étaient depuis long-temps préparés. Franklin, Cooper, Adams, ne trouvèrent en Europe que des approbateurs et des échos fidèles; aucun homme raisonnable ne s'avisa de leur imputer l'abus des principes qu'ils avaient proclamés, ni les malheurs, ni les discordes sanglantes et les crimes qui , peu d'années après, étouffèrent en France la liberté sous les ruines de la monarchie.

Ces principes d'une sage liberté qu'on essaie encore de repousser , et qu'on voudrait circonscrire comme une funeste contagion , avaient déja rempli les deux hémisphères. On les retrouve dans les ouvrages des plus ardens antagonistes du nouveau système de gouvernement, dans les réflexions de Burke, dans les, Lettres de Calonne, dans les vigoureux pamphlets.de Mallet du Pan, tout aussi-bien que dans ceux de Condorcet, ou dans la Lettre de Mirabeau à ses commestans, on dans le manifeste de Sieyes pour le tiers-état; tant il est vrai qu'on est entraîné par l'esprit de son siècle comme par la marche du temps. Quand les vrais principes ont pu se faire jour, les désordres momen

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