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que personne il est accoutumé à ses calculs et à ses chances ; il croit que, dans des circonstances telles que celles où nous nous trouvons, la première pensée des gouvernemens doit se porter sur les catastrophes et les malheurs qui peuvent naître d'une nouvelle guerre ; il croit que leur premier devoir est non-seulement de ne pas céder à des motifs d'irritation, mais de chercher par tous les moyens à éclairer, à modérer les passions imprévoyantes des peuples.

Le soussigné s'arrêtant donc d'abord à la forme de cette communication de son excellence lord Withworth, le pria d'observer que des conversations verbales et fugitives sont insuffisantes pour la discussion d'aussi immenses intérêts, dont ordinairement tous les motifs sont traités dans les conseils des nations, après les plus mûres délibérations; dans ces conseils, et dans de telles circonstances, rien n'est jugé indifférent : les formes, les expressions mêmes y sont pesées, examinées, débattues , appréciées, et servent toujours à déterminer comme à justifier le parti que l'on doit prendre.

Si une aussi imprudente, aussi inconvenante violation de toutes les formes, avait été faite par

la France, que n'aurait-on pas dit, que n'aurait-on pas écrit en Angleterre ! Il n'est pas un orateur dans les deux chambres du parlement qui n'eût déclaré qu cet écart des règles générales établies entre les nations

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dans des circonstances importantes, était un outrage à la nation anglaise. Aux yeux de tous, une telle offense eût été regardée comme un motif suffisant de rompre toute négociation.

Quant au fond de l'ultimatum proposé, le soussigné a l'honneur de rappeler à son excellence lord Withworth , qu'il fut chargé de déclarer, par une note qui lui fut remise le 2 mai, que le premier Consul restait impassible aux menaces comme aux injures, et passait par-dessus l'oubli des formes dont il n'est pas d'exemple qu'aucun gouvernement dans l'histoire se soit écarté dans une aussi importante circonstance ;

Que l'ile de Lampedosa n'appartenait pas à la France ; qu'elle était sous la souveraineté d'une puissance étrangère, et que sur le désir de Sa Majesté britannique d'en avoir la possession, le premier Consul n'avait le droit d'énoncer ni consentement ni refus;

Que l'indépendance de l'Ordre et de l'ile de Malte était le résultat d'un article spécial du traité d'Amiens; que

le premier Consul ne pouvait prendre à cet égard aucune nouvelle détermination, sans le concours des deux autres puissances contractantes à ce traité, Sa Majesté le Roi d'Espagne et la République batave;

Que l'indépendance de l'île de Malte avait été

: garantie par Sa Majesté l'Empereur d'Allemagne , et

que les ratifications de cette garantie étaientéchangées; que Leurs Majestés l’Empereur de Russie et le Roi de Prusse avaient garanti l'indépendance de l'Ordre de Malte ; que ces garanties avaient été demandées à ces puissances par l'Angleterre, comme par la France; qu'il était du devoir du premier Consul de les accepter, et qu'il les avait acceptées ; que le premier Consul ne pouvait donc entendre à aucune proposition relative à l'indépendance de l'Ordre et de l'île de Malte, sans qu'au préalable il eût connu, relativement à cette indépendance, les intentions des 'gouvernemens qui l'avaient authentiquement garantie ;

Qu'un corps peu nombreux de troupes françaises était encore, au moment du message, stationné en Hollande, en vertu d'une convention conclue entre cette république et la France; et que le premier Consul n'avait point hésité à dire qu'il ferait évacuer la Hollande aussitôt que les stipulations du traité d'Amiens auraient eu leur entière exécution de la part de l'Angleterre.

A cette note qui, dans les expressions et dans l'exactitude surtout et la précision de ses motifs, respirait qu'équité, paix et modération, son excellence lord Withworth répondit par une demande péremptoire de passeports, et en informant qu'il comptait en faire usage mercredi 4 mai, à cinq heures du

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Le gouvernement français sentit profondément le contraste d'une détermination aussi absolue, avec le caractère de bienséance, de justice et de conciliation que, dans toutes les circonstances, et principalement dans la dernière, il s'était attaché à donner à ses démarches. Néanmoins, il crut devoir faire un sacrifice aux intérêts de l'humanité. Il ne voulut abandonner tout espoir de paix qu'au dernier moment, et le soussigné remità son excellence lord Withworth une nouvelle note, par laquelle la France offrait de consentir à ce que Malte fût remise à la garde d'une des trois puissances garantes, l'Autriche, la Russie ou la Prusse.

Cette proposition fit impression sur lord Withworth. Il suspendit son départ, et prit la note ad referen:lum.

En même temps, l'ambassadeur de la république, à Londres, prévenu de la demande que son excellence lord Withworth avait faite à Paris de ses passeports pour retourner en Angleterre, eut ordre de se tenir prêt à partir. Il fit en conséquence la demande de ses passeports , qui lui furent accordés sur l'heure.

Le mezzo termine , proposé par le gouvernement français, s'éloignait de l'article du traité d'Amiens ; mais il avait le double avantage de se rapprocher, le plus possible, de son esprit, c'est-à-dire , de mettre Malte dans l'indépendance des deux nations, et d'offrir cette garantie tant réclamée, et que le ministère britannique prétendait être le seul objet de ses alarmes.

Le gouvernement britannique comprit la force de ces raisons , et la malheureuse fatalité qui lintraîne à la guerre, ne lui offrit de réponse que dans une fausse allégation. Le i de ce mois , lord Withworth remit une note, dans laquelle il déclara que la Russie s'était refusée à ce qu'on demandait d'elle.

Les puissances garantes étant au nombre de trois, si la Russie s'y était refusée, il restait encore l’empereur d'Allemagne et le roi de Prusse ; mais comment la Russie pouvait-elle avoir fait connaître son opinion sur une proposition nouvelle et faite depuis peu de jours ! Il était à la connaissance de l'Angleterre que la Russie et la Prusse avaient proposé degarantir l'indépendance de Malte avec de légères modifications, et que le gouvernement français s'était empressé d'accepter ladite garantie ; et par une suite de l'esprit de conséquence et de fidélité à ses engagemens qui caractérise l'empereur Alexandre, il n'était nullement douteux qu'il n'acceptât la proposition qui lui était offerte; mais la Providence, qui se plaît parfois à confondre la mauvaise foi, fit arriver à la même heure, au même instant ou lord Withworth remettait sa note, un courrier de Russie adressé aux plénipotentiaires de cette puissance à Paris et à Londres, par lequel Sa Majesté l'empereur de Russie manifestait avec une énergie toute particulière, la peine qu'il avait éprouvée d'apprendre la résolution où était Sa Majesté

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