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Réponse de M. le ministre d'Angleterre à M. le

commandeur Busy.

Malte, le 2 mars 1803.

MONSIEUR,

Je viens de recevoir la lettre que V. E. m'a fait l'honneur de m'écrire hier , dans laquelle elle m'exprime son peu de satisfaction de ma communication verbale sur l'objet de sa mission, et dans laquelle elle demande que j'établisse par écrit mes raisons pour refuser de rendre le gouvernement de ces îles à l'arrivée de S. E. le grand-maître de l'ordre de SaintJean-de-Jérusalem.

En réponse , je demande la permission d'observer que comme quelques-unes des puissances invitées , aux termes de l'art. 10 du traité d'Amiens , à garan, tir l'indépendance de Malte, n'ont pas encore accédé à cette mesure, je ne me crois pas autorisé à mettre un terme au gouvernement de S. M. Britannique ici, jusqu'à ce que je reçoive des instructions spéciales de

ma coir.

Votre excellence observe que je veux dissuader le grand-maître de venir résider ici. V. E. peut se rappeler que je lui parlais sur ce sujet dans le sens suivant :

Sur son observation que le grand-maître comptait avoir l'immédiate possession du palais du gouvernement, au fort la Vallette , je l’informai que dans les circonstances actuelles, je ne pouvais accéder au désir de son éminence ; car il est absolument nécessaire que S. E. le général Villette et moi , continuions d'occuper ce palais pour les affaires officielles de nos départemens respectifs,

Je demande cependant de rappeler à V. E. que j'offrais en même-temps le palais de la Boschetta

pour la résidence du grand-maître ; situation que je concevrais à tous égards convenable à son éminence, jusqu'au temps où elle pourrait prendre la direction du gouvernement.

Mais comme le palais de la Boschetta n'est point actuellement meublé, je prenais la liberté de sugo gérer qu'il serait plus convenable de demeurer quelque temps en Sicile, d'autant plus que la résidence qu'y ferait son éminence ne la tiendrait qu'à une journée de distance de cette ile. Au reste, son éminence doit être assurée

que

du moment que je me croirai autorisé à remettre le gouvernement, je lui en donnerai connaissance.

J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considéra tion, monsieur, de votre excellence, le plus humble et obéissant serviteur.

Signé, ALEX.-J. BALL.

Dépêche de lord Withworth au lord Hawkesbury.

Paris, le 21 février 1803.

MILORD,

Ma dernière dépêche, dans laquelle je rendais compte à votre seigneurie de ma conférence avec M. de Talleyrand, était à peine partie , que je reçus de sa part une note pour m'informer que le premier Consul désirait converser avec moi, et qu'il souhaitait que je vinsse le trouver aux Tuileries sur les neuf heures. Il me reçut dans son cabinet d'une manière assez cordiale ; et après avoir causé pendant quelques minutes sur différens sujets , il m'engagea à m'asseoir; ce qu'il fit lui-même, en se plaçant de l'autre côté de son bureau, et entama la conversation. Il me dit qu'après la conférence qui avait eu lieu entre M. de Talleyrand et moi, il se croyait obligé de me faire connaître ses sentimens de la manière la plus claire et la plus authentique, afin de me mettre à portée de les communiquer à sa majesté ; il sentait qu'il le ferait beaucoup mieux par lui-même que par aucun intermédiaire quelconque. Il dit que c'était une chose infiniment chagrinante pour lui, que le traité d'1miens , au lieu d'être suivi de conciliation et d'amitié, effets naturels de la paix, n'eût uniquement produit

qu'une jalousie et une méfiance continuelles et toujours croissantes ; et que cette méfiance était aujourd'hui tellement inanifestée, qu'elle avait amené les choses à un point où il fallait nécessairement en finir.

Il fit alors l'énumération des diverses provocations qu'il prétendait avoir reçues de l'Angleterre. Il plaça en première ligne la non-évacuation de Malte et d'Alexandrie , quoique nous nous fussions engagés, par un traité, à les évacuer. Aucune considération sur la terre ne pourrait, dit-il, le faire acquiescer à ce que nous les gardassions; et s'il fallait opter entre ces deux alternatives, il aimerait mieux nous voir en possession du faubourg Saint-Antoine que de Malte. Il parla ensuite des injures répandues avec profusion, contre lui, dans les papiers publics anglais ; mais il dit qu'il n'y faisait pas, à beaucoup près, autant d'attention qu'à celles qui paraissaient dans les papiers français publiés à Londres : ces dernières, il les regardait comme ayant une tendance infiniment plus funeste, puisqu'on paraissait avoir pour but de soulever ce pays contre lui et son gouvernement. Il se plaignit de la protection donnée à Georges et à d'autres individus de la même espèce, à qui l'on permettait, au lieu de les envoyer au Canada, comme on le lui avait promis plusieurs fois, de rester en Angleterre, bien pensionnés, et commettant sans cesse toutes sortes de crimes, tant sur les côtes de

France que dans l'intérieur. Pour le prouver, il m'apprit qu'on avait arrêté, peu de jours auparavant, en Normandie , deux hommes que l'on amenait à Paris, et qui n'étaient rien moins que des assassins gagés, employés par l'évêque d'Arras, le baron de Rolle, Georges et Dutheil, ainsi que cela serait pleinement démontré dans un tribunal, et connu du monde entier. - Il avoua que le ressentiment qu'il éprouvait contre l'Angleterre croissait d'un jour à l'autre , parce que chaque vent qui soufflait de l'Angleterre (j'emploie autant que je le puis ses propres idées et ses expressions) n'apportait qu'inimitié et haine contre lui.

Ne devait-il pas désirer d'entretenir la paix ? la chose était évidente : en effet, qu'on montrât ce qu'il aurait à gagner en entrant en guerre avec l’Angleterre; une descente était le seul moyen offensif qu'il cût, et il était déterminé à le tenter en se mettant à la tête de l'expédition. Mais comment pouvait-on supposer qu'après s'être élevé à la hauteur à laquelle il se trouvait, il voulût risquer sa vie et sa réputation dans une entreprise aussi hasardeuse, à moins qu'il n'y fût contraint parla nécessité ; lorsqu'il était probable que lui et la plus grande partie de l'expédition irait se perdre au fond de la mer ? Il parla long-temps sur ces risques, sans jamais affecter de diminuer le danger; il convint même qu'il y aurait mille à parier

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