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fit inviter lord Withworth à se rendre aux Tuileries , l'accueillit gracieusement, et lui dit : « Qu'après la conférence qui avait eu » lieu entre M. de Talleyrand et lui , il se » croyait obligé de lui faire connaître ses » sentimens de la manière la plus claire et » la plus authentique, afin de le mettre à » portée de les communiquer à son souve» rain ; qu'il sentait qu'il le ferait beaucoup » mieux

par
lui-même

que par aucun interjj médiaire. »

Quoique les détails de cette conférence, qui ne furent connus que par la publication de la correspondance officielle de lord Withworth , aient été en partie démentis dans les excellentes observations de M.de Talleyrand, sur le manifeste du roi d'Angleterre, dont nous parlerons plus tard, on ne peut s'empêcher d'y ajouter foi, et de considérer le compte rendu par l'ambassadeur anglais, comme l'un des documens les plus précieux pour l'histoire : on y reconnaît le génie de Bonaparte , le tour de sa conversation, ses expressions habituelles l'impéluosité de

ses indiscrétions , et la couleur des circon. stances.

Dans cet entretien hors de toutes les formes usitées, le premier Consul aborda tout à coup, avec une brusque franchise, les questions les plus délicates. « Le traité d'Amiens, » au lieu d'être suivi des effets naturels de » la paix, n'avait produit , disait-il , qu'une » jalousie, une méfiance toujours croissante; » et cette méfiance était aujourd'hui telle» ment manifestée , qu'elle avait amené les » choses à un point où il fallait nécessaire» ment en finir. » (Nous fixons ici l'attention de nos lecteurs sur les traits principaux ; leur curiosité sera mieux satisfaite par la dépêche de lord Withworth au lord Hawkesbury, qu'ils trouveront aux pièces justificatives.)

« Aucune considération sur la terre ne » pourrait le faire acquiescer à ce que les Anglais gardassent Malte ; et s'il fallait

op» ter entre ces deux alternatives , il aimerait » mieux les voir en possession du faubourg » Saint-Antoine que de Malte......

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» Il avouait que le ressentiment qu'il » éprouvait contre l'Angleterre croissait d'un » jour à l'autre , parce que chaque vent qui » soufllait de l'Angleterre n'apportait qn'ini» milié et haine contre lui..... » Ne devait-il

pas

désirer la paix? qu'avait» il à gagner en entrant en guerre avec l’An» gleterre ? Une descente étant le seul moyen » offensif, il était déterminé à le tenter , en » se mettant à la tête de l'expédition; mais » comment pouvait-on supposer qu'après » s'être élevé si haut, il voulût risquer sa » vie et sa réputation dans une entreprise » aussi hasardeuse , à moins qu'il n'y fût » contraint par la nécessité? Il était proba» ble que lui et la plus grande partie de l'ex

pédition iraient se perdre au fond de la » mer; il n'en était pas moins décidé à ten» ter cette entreprise, si la guerre devait être » la conséquence de la discussion actuelle. »

L'abondance des idées et la rapidité de son discours, laissaient à peine au flegmatique ambassadeur le temps de répliquer ; il ne manqua point , comme il l'avait fait avec

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M. de Talleyrand , d'insister sur la sensation qu'avait produite en Angleterre le rapport du colonel Sebastiani ; il était naturel que les arrière-pensées de la France sur l'Égypte éveillassent l'inquiétude du gouvernement anglais, et commandassent la plus grande vigilance.

Le premier Consul nia qu'il eût eu la plus légère intention de s'emparer de l'Égypte par la force : « Les quatre mille Anglais laissés » en garnison à Alexandrie , au lieu d'être » un moyen de protéger l'Égypte, ne faisaient » que fournir un prétexte pour l'envahir; » il ne le ferait pas , quelque désir qu'il eût » de posséder ce pays comme colonie , parce » qu'il ne croyait pas qu'il valût la peine de » courir les risques d'une guerre dans la» quelle il serait peut-être possible qu'il fût » regardé comme agresseur, et qui l'expose» rait à perdre plus qu'il ne pourrait gagner, » puisque tôt ou tard l'Égypte appartiendrait » à la France, soit par la chute de l'empire » turc, soit par quelque arrangement avec >> la Porte. »

L'ambassadeur recueillait avec avidité ces menaces indiscrètes, l'énumération des forces des deux contrées, et le dénombrement des corps de l'armée française bientôt portée au complet de 480,000 hommes, prêts à tenter les entreprises les plus désespérées : « Deux puissances de cette force, disait » le Consul , pourraient , en s'entendant » bien , gouverner le monde ; mais elles » pourraient aussi le bouleverser dans leur » lutte. »

Après avoir récapitulé ses griefs et cherché à prouver que, dans l'état actuel de l'Europe , l'Angleterre ne pouvait se flatter de former une nouvelle coalition, il exprima en ces termes son ultimatum : « Le » moment est venu de décider la grande » question de la paix ou de la guerre; pour » conserver la paix, il faut remplir tout le »> traité d'Amiens , resserrer dans des bornes » étroites , et borner aux papiers anglais le » système de diffamation ; enfin , retirer la » protection accordée ouvertement aux plus » cruels ennemis du chef du gouvernement

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