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la fédération, ouvrir la route militaire entre la France et le Milanais, et faire de la masse entière des Alpes Pennines et Rhétiennes l'inébranlable appui de sa double base d'opérations vers l'Italie et vers l'Allemagne.

Telles étaient au sein de la paix les vues de ce redoutable conquérant, qu'aucune considération ne put jamais déterminer à céder de plein gré un avantage acquis; aussi l'évacuation immédiate de la Suisse, consentie par le traité de Lunéville , ne fut-elle point effectuée. La présence des troupes françaises n'arrêta pourtant point l'empressement des dépositaires du pouvoir à faire, sous la tutelle de la France, un premier acte d'indépendance; dès le mois de septembre 1801, une diète générale fut convoquée à Berne pour délibérer sur la forme de gouvernement à adopter.

L'un des premiers objets discutés dans cette diète, où les partisans du fédéralisme absolu se trouvaient en majorité, fut le droit revendiqué avec beaucoup d'instances par les cantons démocratiques, d'être rétablis dans la jouissance de leurs anciens priviléges. Cette

concession, qui était un premier pas vers la constitution fédérale, fut assez facilement accordée; une nouvelle forme de gouvernement fut établie sur la même base. L'adıninistration des affaires publiques fut confiée à un sénat et à une commission exécutive, dans laquelle on admit plusieurs magistrats qui avaient été déplacés lors du renversement de l'ancien gouvernement

par le directoire. La présidence de la commission fut dévolue à Aloys Reding, l'un des plus ardens partisans du fédéralisme.

Ce début seul fut considéré par les hommes attachés aux nouveaux intérêts comme une victoire des oligarques. Le parti qui avait favorisé la révolution avec l'appui des Français, prévoyant une réaction inévitable si le système de l'ancienne fédération venait à prévaloir , mettait ses dernières espérances vers le premier Consul.

L'imminence de cette réaction modéra les prétentions des plus chauds partisans de la révolution; on pouvait remarquer dans leurs publications, dans leurs adresses, que pour

capter la faveur du gouvernement français par une servile imitation, ils inclinaient vers le système que le général Bonaparte avait établi en France, en conservant les formes extérieures de la république.

« La liberté et la prospérité de l'Helvétie, » lui disaient-ils, ne peuvent s'établir et se » développer qu'à l'abri des formes monar» chiques; les anciens gouvernemens de la » Suisse avaient pu convenir à un peuple » de pasteurs, d'agriculteurs, d'hommes sim» ples et sans besoins ; mais ce pays ayant » suivi les progrès de la civilisation euro» péenne, l'introduction des arts, des manu. » factures, du luxe, d'une foule de besoins » factices, rendait nécessaire un gouverne» ment fort, central, en rapport avec les » autres gouvernemens européens, capable » au besoin de se faire respecter par l'étran»ger, et de concourir à achever la civilisa» tion des peuples de la Suisse. Si le fédéra.») lisme reparaît avec tout le cortege de ses » anciennes formes , il faudra renoncer aux » routes, aux canaux, à l'exploitation des

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»'mines, aux établissemens d'instruction et » d'humanité qui exigent des forces collec» tives dirigées par une seule main. Les con» stitutions à établir pour chaque canton se» raient autant de sujets de discorde, et pro» voqueraient des troubles civils et reli» gieux. Il nous faudrait appeler l'étranger » pour apaiser nos querelles, et malheur » au peuple qui a recours à l'étranger pour > arranger ses affaires intérieures ! Tantôt » les partisans de la France, tantôt les adhé» rens de l'Autriche, et toujours des ministres » étrangers seront nos maîtres sous le titre » de médiateurs, et la Suisse finira par subir » le sort de la Pologne.

Les fédéralistes, au contraire, soutenaient que

la force de la Suisse consistait dans cette diversité de formes à laquelle on imputait sa faiblesse ; ils rappelaient la paisible prospérité dont elle avait joui sous le régime de ses anciennes lois ; ils nommaient destruction ce que les unitaires appelaient réforme

; ils observaient, dans l'intérêt même de la France, que l'unité du gouvernement serait

un moyen de se soustraire à son influence. « Ce gouvernement, disaient-ils, entretien» dra des agens dans les cours : mieux in: » struit, sans doute, des mouvemens qui » s'opéreront dans les cabinets, il se déci» dera plus promptement, et ouvrira le pays » à l'ennemi avant que les Français aient pu » le devancer. Les cantons fédérés , au con» traire, délibéreront plus lentement, et » leur hésitation ou la divergence de leurs » résolutions serviront mieux la politique » de la France. »

Des hommes sages qui n'adoptaient, entre les motifs allégués par les partis extrêmes, que ceux que la saine raison pouvait approuver, faisaient remarquer que

remarquer que de nouveaux intérêts étaient nés de la révolution ; que l'abolition des priviléges et de l'hérédité était devenue nécessaire ; que la révolution avait fait disparaître les principales différences entre les cantons , et donné plus de consistance à l'ensemble de la nation ; qu'on pourrait conserver quelques principes de fédéralisme, mais qu'il fallait les rattacher plus fortement

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