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dant la garnison hollandaise , instruits du dessein des Anglais, se bornèrent à constater ce manque de foi, sous la forme d'une capitulation. Cependant, d'après de nouveaux ordres expédiés de Londres le 30 novembre, la remise du Cap fut effectuée. Mais une vio: Jation si manifeste ne pouvait être palliée ; c'était une sorte d'hostilité. Les papiers français ne manquèrent pas de publier cette étrange capitulation , sans ajouter aucune autre reflexion que celle-ci : Une capitulation en temps de paix !!!......"

Sur d'autres points encore, mêmes délais, mêmes entraves, même infidélité. L'île de Gorée , située sur les côtes d'Afrique, et dont la possession importe aux projets de colonisation de la France dans ces contrées, devait lui être restituée. Le général français Blanchot, arrivé au Sénégal le 30 octobre 1802, informia le colonel anglais Fraser, commandant à Gotée , des ordres des deux gouvernemens pour la remise de ce poste ; il le pressa vivement d'en fixer l'époque la plus prochaine , et n'en reçut, sous divers

prétextes , que des réponses évasives : aucun bâtiment anglais n'avait été destiné à l'embarquement de la garnison et des provisions; le commandant français offrait de se charger de ce transport jusqu'à Sierra Leone ; mais le colonel Fraser n'était point autorisé à faire cette évacuation sous aucun autre pavillon que le pavillon britannique; il attendait des transports de Sierra Leone

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il ne pouvait effectuer son départ avant l'arrivée du com modore Caldowel, chargé de l'inspection annuelle des établissemens anglais sur cette côte; il dut ensuite attendre les bâtimens qui lui étaient annoncés d'Angleterre. Trois mois s'écoulèrent ainsi sans que le général français pût parvenir à remplir sa mission.

L'activité du premier Consul, le zèle et l'habileté de son ministre pour réaliser les concessions obtenues par le traité d'Amiens, échouaient devant ce système ; les discours prononcés dans les chambres du parlement, par les plus fougueux orateurs, restaient sans réplique. Fox seul avait osé s'élever contre eux. La hardiesse avec laquelle on soulevait,

aux yeux de l'Europe, le voile dont Bonaparte couvrait, disait-on , ses projets pour asservir le continent, irritait de plus en plus le premier Consul; le ministère anglais, n'ayant plus assez de force pour maintenir l'ouvrage de la paix , se laissait à dessein entraîner vers la guerre, qui de jour en jour devenait plus populaire.

Lord Pelham , l'un des ministres, répondant, dans la chambre des pairs, à l'une des plus vives attaques de lord Grenville, avait laissé échapper ces paroles : « Lord Grenville a tort de dire

que

les » ministres veulent s'en rapporter au temps >> seulement. Notre intention est de profiter » de toutes les occasions favorables qui pour» raient survenir sur le continent, pour con. » tribuer à la sureté de notre pays. »

Ces paroles furent relevées en France; on affecta il'y trouver l'aveu et la preuve des intrigues extérieures et intérieures, objets de tant de plaintes : « Des nuées d'agens se, » crets, dirigés par les Drake , les Wickam, » inondaient, disait-on, l'Italie ; on avait

» essayé de troubler la Hollande , la Suisse » et l'Allemagne ; on avait tenté d'exciter » une sédition à Naples; on cherchait à » alarmer le Pape; enfin, on semait la dis>> 'corde entre tous les membres de la famille » occidentale » (expression favorite du premier Consul, par laquelle il annonçait assez clairement et le devoir qu'il disait lui être imposé, et le droit qu'il s'arrogeait de les réunir sous son protectorat).

Cet altier protecteur ne se bornait pas à d'oiseuses réclamations : ses démarches, ses intrigues, n'étaient pas moins actives que celles de l'Angleterre ; il réveillait dans les cours du nord le souvenir des insultes faites à leurs pavillons; il relevait les injures prodiguées par des orateurs et des écrivains anglais contre la Prusse et la Russie ; il cher. chait aussi à embarrasser le gouvernement anglais , en séparant la cause du peuple de celle de la faction de la guerre ; il excitait le mécontentement des partisans de la réforme parlementaire ; et l'on ne manqua pas d'im

, puter à ses instigations les conjurations du

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colonel Despard , et tous les mouvemens populaires fomentés par des associations secrètes.

Un sujet plus grave de mésintelligence, et dont le cabinet anglais s'empara pour justifier sa réluctance à exécuter la principale clause du traité d'Amiens , fut la manifestation indirecte des desseins du premier Consul sur l'Égyple. Malgré la funeste issue de cette expédition , l'armée française avait laissé dans l'Orient de glorieux souvenirs : l'éclat de la victoire, celui des arts et des sciences ramenés à leur berceau ; la douceur et les avantages des institutions civiles de l’Europe ; les perfectionnemens de l'industrie avaient influé sur l'esprit des peuples, et leur auraient fait oublier les rigueurs de la conquête et les calamités de la guerre. Il paraît certain que la colonie française avait déjà de nombreux partisans en Égypte , lorsqu'elle en fut arrachée par le sort des combats. Le fondateur qui l'avait abandonnée pour tenter une plus haute fortune , ne renonçait pas à la rétablir ; de tous ses projets

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