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dont la bonne foi ne pouvait être soupçonnée, il exigea avec hauteur des gages qu'on ne pouvait lui donner sans blesser la constitution ; l'alienbill ou suspension de l'habeas corpus est une loi d'exception toujours odieuse au peuple anglais ; son application à des réfugiés qu'on avait accueillis avec empressement pendant la guerre, et qu'on avait si cruellement abandonnés à la paix, était une mesure déloyale et impopulaire que les ministres n'auraient osé se permettre. Cette condescendance aurait choqué la fierté nationale, et trop enflé l'orgueil du premier Consul : celui-ci , en l'exigeant, tomba dans le piége que lui tendait son ennemi.

La note officielle dont nous venons de parler, fut le dernier acte de la mission de M. Otto, nommé à l'ambassade de France près les États-Unis : cette note fut laissée sans réponse officielle de la part du ministèreanglais, quise contenta d'annoncer qu'il ferait donner à Paris , des explications satisfaisantes.

Les choses en demeurèrent à ce point, et par conséquentau désavantage du gouverne

ment français ; ses réclamations ne firent qu'affermir le gouvernement britannique dans son système de temporisation ; cependant, l'envoi des deux ambassadeurs, le général Andréossi à Londres et lord Withworth à Paris , donna quelque consistance aux espérances des amis de la paix. Rien ne fut négligé des deux côtés

, quant aux témoignages publics de considération personnelle. Mais pendant qu'on se prodiguait ces assurances du désir de maintenir la bonne harmonie , l'indiscrétion des écrivains de parti trahissait aux yeux de l'Europe altentive le silence des deux cabinets, leur méfiance réciproque, et leur crainte d'en venir à des explications plus franches.

Quoique les délais fixés par le traité fussent 'expirés depuis long-temps , les ordres expédiés pour l'évacuation de l'Égypte n'étaient point encore exécutés; de nouvelles dispositions faites à Malte par les Anglais , depuis le débarquement des troupes napolitaines, décelaient l'intention de conserver ce poste important.

De sinistres présages ne tardèrent pas

à reparaître; les journaux anglais, à l'occasion des affaires de Suisse et des débats qui eurent lieu dans le parlement à ce sujet (nous en avons parlé dans le Chapitre précédent), discuterent sans ménagement la situation de chacune des puissances continentales par rapport à la France, et sonnèrent le tocsin politique avec une fureur que semblait ret doubler l'arrivée des' ambassadeurs dans les deux résidences. Ils ne s'attachaient pas seulement à relever les griefs et les envahissemens au dehors , ils s'efforçaient d'agiter l'intérieur, et de montrer, au gré de leurs souhaits, la guerre imminente et déjà résolue par Bonaparte; ils représentaient, comme des apprêts d'armemens, les voyages qu'il venait de faire en Picardie et en Normandie, accompagné du savant et industrieux ministre Chaptal, pour ranimer par sa présence et ses encouragemens le commerce national.

Cette fois le premier Consul s'expliqua durement sur les prétentions de l'Angleterre.

« De toutes les puissances de l'Europe (disait - il dans un article fort étendu, inséré au Moniteur), la seule qui n'ait » pas le droit d'invoquer à l'égard de la Suisse » le traité de Lunéville, c'est l'Angleterre, » puisqu'elle seule a refusé de reconnaître » la république Helvétique ; elle a également » méconnu la république Italienne, la répu» blique Ligurienne, et le roi de Toscane. Le >> gouvernement anglais ne se plaint point, » et ne peut se plaindre de ce qui arrive dans » des pays dont il ne reconnaît pas l'exis» tence politique, et avec lesquels il n'en» tretient point de relations publiques. »

Traitant ensuite des affaires d'Allemagne, en affectant de s'adresser à la faction des écrivains périodiques dont toutes les lignes sont des lignes de sang, il faisait l'apologie « de la conduite forte et généreuse qui avait » mérité à la Russie et à la France les remer» cîmens de tous les peuples, de toutes les » villes, de tous les princes d'Allemagne, » pour le règlement des indemnités.

» Les libellistes anglais, disait-on, pré

» tendent que la volonté exprimée par le roi » d'Angleterre comme électeur d'Hanovre » n'est pas celle de la nation...... Mais quel ») autre titre aurait donc une puissance insu»laire pour se mêler des affaires de l'Alle» magne ? Elle qui, seule, méconnaît les » droits des nations indépendantes sur les » mers, prétendrait-elle régler les intérêts de » la Russie, de l'Autriche, de la Prusse, de » la Suède, du Danemarck, des maisons de » Wurtemberg , de Baden, de Hesse-Cas» sel, etc. ? Les relations de la France et de » l'Angleterre sont le traité d'Amiens, tout » le traité d'Amiens, rien que le traité d'A» miens. » Ce même article, ou plutôt ce manifeste, retraçait les malheurs dont les précédentes coalitions avaient été la source ; il rappelait les revers de l'Autriche, la ruine de ses finances, consommée par

le remboursement des subsides exigé par

l'Angleterre ; les troupes russes compromises et abandonnées dans les marais de la Hollande; le royaume de Naples deux fois conquis par les Français; l'électeur de Bavière chassé de

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