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l] nous ont-ils pas préservé des folies qu'imposaient à la France les vieux amants de la vieille révolution? La paix de l'Europe, la force de gouvernement a été maintenue par les hommes d'État que la Restauration a formés; ceuxci n'avaient pas cette étrange nouveauté d'affaires qui a compromis si souvent la sécurité du pays. Si l'on trouve, dans cette nouvelle édition, quelques changements, c'est que les révélations des faits sont successivement arrivées ; mais l'auteur reste dans ses principes; il n'en abdique aucun. Un temps viendra où il faudra bien admettre que les folies de la Constituante, ses théories de liberté, ont annulé la France au dehors pour un siècle; quand cette vérité sera bien démontrée, il se formera naturellement, parmi les jeunes hommes d'intelligence et d'avenir, une école véritablement gouvernementale. C'est elle qui aura la tâche de sauver notre pays en le ramenant aux vrais principes de force, de devoir et d'autorité. J'ai dû compléter cet ouvrage par un précis sur la marche des idées politiques, de la philosophie et de la littérature pendant la Restauration ; j'ai toujours pensé que les grands changements se préparaient par les idées avant de s'accomplir par les faits; une révolution est toujours devancée par les enseignements et les livres avant de s'accomplir par les actes; les doctrines ont été, pendant quinze ans, contre la Restauration; elle est tombée, cela devait être. Aujourd'hui qu'il n'est plus de préjugés contre elle, l'impartialité commence. J'ai laissé une large part à la diplomatie dans ce livre ; c'est de cette partie des affaires que la génération présente est surtout mal informée; l'école diplomatique de la Resll] tauration, depuis M. de Talleyrand jusqu'à M. de Polignac lui-même, est marquée d'une grande et large empreinte ; il est curieux de voir qu'il n'y a pas eu une seule lâcheté pendant cette longue période, et qu'après avoir reçu la France deux fois envahie, les Bourbons l'ont rendue dans une position indépendante, forte et honorable. On ne s'étonnera donc pas qu'un peu de justice ait été rendue aux hommes politiques de cette époque. Les partis ont tant de poëtes et d'orateurs qu'il m'a paru essentiel que le pouvoir ait enfin l'aumône d'une histoire impartiale. Cette histoire est maintenant réduite aux proportions dans lesquelles je désire qu'elle reste; je me suis éclairé de tous les faits; j'ai consulté toutes les sources; j'ai mis mon devoir à recueillir tous les documents, à corriger les erreurs, à développer les parties imparfaites. L'histoire n'arrive à quelque perfection qu'à travers les enquêtes. Interprète habituel des vieilles chroniques, j'ai cherché à porter dans les temps modernes ce caractère de bonne foi naïve des moines de Saint-Denis ; eux aussi s'enquéraient partout. Ici, quand le beffroi sonnait la guerre; là, quand les vieux saints avaient parlé aux antiques légendes ; puis, quand les bouchers s'étaient battus aux halles de Paris, au temps où les Bourguignons et les Armagnacs avaient arboré leurs couleurs. L'histoire moderne impose les mêmes devoirs. Nous vivons au milieu des contemporains et des acteurs du drame ; quelques-uns sont morts depuis la dernière édition de ce livre ; la belle vie de M. de Martignac s'est éteinte, épuisée au milieu des émotions publiques; M. de La Ferronnays est allé joindre son noble ami le duc de Richelieu ; une mort prompte l'a saisi au milieu de Rome, l'exil de lV toutes les âmes éprouvées; M. de Rayneval, jeune encore, s'est immolé au service public dans cette ambassade de Madrid où je le vis si profondément affecté des excès d'une révolution qui brisait la diplomatie de Louis XIV ; le chef même de l'école politique, M. de Talleyrand n'est plus. A chaque cercueil sa justice; à chaque vie politique son illustration et sa force. J'ai jugé avec calme l'Europe comme la France; j'ai dû hautement reconnaître et proclamer les illustrations, les capacités des hommes qui dirigent les cabinets; et ne le faut-il pas aujourd'hui, plus que jamais, lorsqu'on vient de traiter le prince de Metternich d'homme d'État médiocre, et M. de Talleyrand de tête complétement incapable? Et qui, juste ciel! jette ces injures? une coterie d'hommes qui n'a jamais touché le pouvoir sans le compromettre et le perdre. Ces pauvres brouillons s'imaginent qu'avec les vieilleries de drapeau révolutionnaire, de Constitution et de Marseillaise on fait les affaires d'un peuple, et qu'on peut diriger avec des phrases la politique générale des cabinets.

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L A R EST A U R A TIO N

DE LA BRANCHE AINÉE DES BOURBONS.

CHAPITRE PREMIER.

TENTATIVES DES ROYALISTES POUR PRÉPARER LA RESTAURATION.

(PREMIÈRE PÉRIoDE.)

L'émigration. — La coalition. — La Vendée. - Les Princes dans l'émigration. — Les Royalistes après le 9 thermidor. — Quiberon et l'Ile-Dieu. Les agents à l'intérieur. — Avénement de Louis XVIII et de son conseil. — Offres faites à Pichegru. — Négociations avec Barras. — Les Royalistes au 18 brumaire. — Famille royale à Mittau. — Georges, Pichegru et Moreau. — Louis XVIII pendant l'Empire. — Hartwell.

1789-1812,

LA tempête qui avait emporté la Maison de Bourbon, ou, pour parler plus exactement, la monarchie de Louis XVI, avait son origine dans l'école du XVIII° siècle, dans ces idées qui s'étaient répandues parmi toutes les classes de la société depuis la Régence. La partiedramatique et sanglante de la Révolution française ne fut, à vrai dire, que la réalisation des systèmes du baron d'Holbach, d'Helvétius, de Rousseau, le sensualisme dans la vie, l'athéisme dans la morale, la souveraineté du peuple dans le gouvernement. On ne joue pas en vain avec des idées de feu : le peuple les prit au sérieux; il se fit donc une révolution dans le gouvernement et

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dans la propriété. Le chef de la Maison de Bourbon, Louis XVI, monta sur l'échafaud; les autres princes errèrent en exilés, et, tant le sentiment du droit est puissant, depuis le jour où ils quittèrent la terre de France ils ne cessèrent d'attendre et d'espérer une restauration. Le 16 juillet 1789, aux lueurs de la Bastille en flammes, le . comte d'Artois émigra; le prince de Condé le suivit : c'était une vieille habitude de la noblesse, depuis la Réforme et la Fronde. Ce fut du Piémont, où les Princes se réfugièrent, qu'ils firent le premier appel à la noblesse française. Quelques gentilshommes vinrent les joindre, car l'émigration n'était pas encore une mode. Dans ces petites réunions d'émigrés, on exprimait le désir et la volonté d'une restauration. « Le peuple français était étranger à la rébellion de quelques factieux, il allait se hâter de relever le trône de ses rois. La noblesse de l'Europe était une. C'était la cause de tous les princes, de tous les gentilshommes qu'on allait défendre. On devait marcher à la tête de la noblesse de toutes les nations pour délivrer le Monarque infortuné. » La fuite de LouisXVI,l'arrivée de MoNSIEUR (comte de Provence) à Bruxelles déterminèrent ce mouvement de l'émigration. C'était alors un point d'honneur parmi la noblesse de quitter ses châteauxetd'aller rejoindre les Princes et l'armée de Condé. Ungentilhomme n'avait pas de belles manières, lorsque le soir, à l'Opéra, il ne donnait pas rendez-vous à Coblentz. Ceux d'entre eux qui restaient en France étaient taxés de lâcheté. Les nobles dames envoyaient des quenouilles aux gentilshommes qui préféraient à cette prise d'armes sur le Rhin le service du Roi et la défense de sa personne. Ce rassemblement s'accrut de tous les officiers qui n'avaient pas voulu prêter serment à la Constitution de 1791. Bientôt Coblentz devint une cour brillante, une espèce de Versailles, avec ses plaisirs, ses dissipations, ses folles joies, ses fausses espérances. Au nom de qui agissait M. le prince de Condé? au nom de la noblesse. Elle voulait rentrer dans ses droits, ses priviléges honorifiques et réels; elle revendiquait la féodalité elle-même. Ce fut alors que s'introduisit dans le camp de M. le prince de Condé

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