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de Babœuf. Augereau, nommé gouverneur 1797 de Paris et de la dix-septième division militaire , appelait, sans beaucoup de mystère , de nouveaux régimens autour de la capitale. Ces mouveniens d'armes, défendus par la constitution, étaient-ils dénoncés à la tribune, les Directeurs se faisaient un jeu d'inventer des prétextes dérisoires ou de nier l'évidence. Ce qui les servit le mieux, ce fut la perfidie du général Augereau , qui déclara répondre, sur sa tête et sur sou honneur, de la sûreté des deux Conseils. Plus on le connaissait emporté, plus on fut disposé à croire à sa franchise. Mais les illusions duraient peu. Toujours il perçait quelque chose des sombres projets du Directoire. Des avis mystérieux et trop certains étaient donnés aux députés qui avaient le plus à craindre ses ressentimens ; nul ne voulut fuir avant l'événement, ni balbutier à la tribune un triste désaveu d'opinions loyales.

Les triumvirs ne voulaient point de sang cette fois. Roberspierre avait trop décrié les échafauds, pour que ceux qui ressuscitaient son despotisme pussent recourir au même genre de cruautés. Une déportation à Cayenne trau

1797. quillisait la conscience philanthropique de La Réveillère-Lépeaux. Soumettre des hommes d'un âge avancé d'abord à une détention rigoureuse, puis à un ignominieux voyage à Rochefort, puis à une navigation assez sem, blable à celle d'un bâtiment négrier, puis les exposer au désert brûlant et pestilentiel de Sinnamari, puis remettre entre leurs mains des instrumens aratoires, qui sous un tel climat ne sont maniés que par les nègres, c'était pour les trois Directeurs savourer à longs traits les plaisirs de la vengeance, et se ménager encore un moyen de vanter leur modération. Avec quelle tranquillité n'apprendraient-ils pas la mort successive de leurs victimes sous un autre hémisphère! Ainsi rassurés sur les effets d'une proscription qu'ils auraient presque nommée paternelle, ils n'hésitaient plus à y comprendre tous ceux des députés qu'ils pouvaient craindre. Leurs deux collègues Barthélemy et Carnot figuraient en tête de la liste fatale; ni les vertus de l'un, ni les crimes politiques de l'autre ne pouyaient leur servir de rempart. Ainsi le Directoire , dans sa brutale colère, apprenait à tout factieux que les Directeurs eux-mêmes pouvaient

être décimés.'Cinq Conventionnels, coupables 1797du vote régicide, furent transformés en royalistes sous l'encre rouge des triumvirs. A l'exemple des Marc-Antoine, des Octave, des Lépide, ils se faisaient des concessions et sacrifiaient leurs anciens amis à la haine ou aux soupçons de l'un d'eux. Ni Thibaudeau, ni le ministre Cochon-l'Apparent ne trouvait grâce à leurs yeux. Leur liste ressemblait à celle de ces jugemens du tribunal révolutionnaire qui rendaient complices d'une même conspiration des hommes non seulement étrangers les uns aux autres, mais séparés par une haine cruelle. Quelle joie pour leur vengeance de procéder ensuite à la proscription de tous les écrivains qui les avaient voués soit au ridicule, soit à la haine publique; de briser quarante-deux presses de journaux, et d'envoyer à Sinnamari, sous le nom de journalistes, des hommes qui tenaient un rang honorable dans la littérature, ou qui en faisaient l'espoir.

La Réveillère-Lépeaux, lui qui, mis hors la loi après le 3i mai, aurait dû montrer le plus d'horreur pour les proscriptions arbitraires, y poussait le plus ardemment ; il se croyait uu grand homme d'état > parce qu'il se sentait

1797. cruel. Il ne put résister au plaisir d'annoncer les vengeances avant l'événement. Comme président du Directoire, il recevait en audience solennelle les députés de la République cisalpine; il imagina de dénoncer à ces étrangers, misérablement tributaires de la France, les Français les plus considérés par leurs taie us ou leurs vertus. Le discours de ce président ressemblait à ces ordres du jour soldatesques où la majorité des deux Conseils était

, couverte d'outrages et d'imprécations. Ces deux

Conseils avaient confié la surveillance de leurs dangers à deux commissions d'inspecteurs de la salle, et Pichegru en faisait partie. La plupart de ceux qui se croyaient menacés se rendaient à cette commission. Le nombre de ceux qui délibéraient gênait toute délibération et ne permettait plus de mesures secrètes. 11 y fui souvent question, et surtout dans les derniers jours, de saisir l'offensive. On parla même, mais tout bas, de faire une attaque nocturne sur le Luxembourg; mais quels instrumens employer pour une telle expédition? quelques gardes nationaux, sans ralliement, sans armes; quelques royalistes épars. Les scrupules constitutionnels de la plupart des députés n'auraient pas même per

nfis d'appeler des Vendéens ou des Chouans 1797. comme auxiliaires. Quinze cents grenadiers, qui faisaient la garde des deux Conseils, inspiraient une trop juste défiance; le calme de Pichegru était imposant dans ces circonstances solennelles et lugubres. L'espoir de son parti ne reposait plus que sur l'autorité de son nom, et sur les grands souvenirs qu'il rappelait aux compagnons de ses victoires : il se présentait à la place d'une armée. Aussi arrivait-il le premier à la coin- . mission des inspecteurs, et s'imposait-il le plus souvent le devoir d'y passer la nuit entière. « Le Directoire, lui dit le député Thi« baudeau, vous accuse de trahison. Qn parle « d'une correspondance avec le prince de « Condé. — Demain, répondit le général avec « la plus parfaite sérénité, je monterai à la tri« bune, et mes premiers mots feront tomber » » cette calomnie. » C'était dans la nuit même du i7 au i8 fructidor que Pichegru tenait ce' » langage.

Les troupes qu'avait appelées Augereau n'étaient point encore entrées dans Paris. On prétend que Pichegru et le général Villot, son ami, insistaient encore pour marcher sur le Luxembourg; et qu'à l'aide de trois

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