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« triomphantes armées? Ne pourraient-elles 1797

« pas nous reprocher comme un crime, de

>.( voir avec indifférence ou avec pusillani

« mité la contre-révolution qui s'approche?

« Montrez enfin par des actes vigoureux que

« les contre - révolutionnaires ont en vain

« placé sur vous leur espoir; sachez vous dé

« tacher des traîtres qui vous sollicitent à la

« plus infâme défection , ou ne vous étonnez

« pas d'événemens qu'il n'aura pas été en

« notre pouvoir de détourner. »

Tel était l'esprit de ce message ou plutôt de ce manifeste de guerre.

Si le Directoire avait suspendu le mouvement du général Hoche, c'était surtout parce qu'il craignait la susceptibilité jalouse de Bonaparte , qui n'aurait pas souffert un autre arbitre des destinées de la République. Depuis long-temps le triumvirat conspirateur se traînaitauxpiedsdu vainqueur de l'Italie, pour implorer et le secours de son bras, et celui de trois millions jugés nécessaires au mouvement prémédité. Il se rendait auprès de lui le délateur des deux Conseils, envenimait des paroles qui déjà avaient été insupportables à son orgueil ou même importunes pour sa conscience , faisait un long commentaire sur un

'977. discours du député Dumolard, qui s'était indigné à la tribune du partage des Etats venitiens : enfin, il irritait la jalousie de Bonaparte contre le général Pichegru, devenu l'espoir et l'idole des royalistes.

Bonaparte, qui méditait la destruction complète de Venise, pour racheter Mantoue , s'était vivement offensé, comme je l'ai déjà dit, du soulèvement de l'opinion royaliste contre les préliminaires de Léoben; mais il était rare que chez lui la colère fit taire la politique. Si ce soldat ambitieux détestait la légitimité, il aimaitlamonarchie, même sous la forme la plus absolue. Il savait que plusieurs députés j plus gouvernés par la prudence que par un profond sentiment de justice , avaient blâmé la sortie de Dumolard qui les brouillait avec le moins républicain des généraux. Il entretenait une correspondance intime avec Carnot, et souriait de pitié quand les autres Directeurs donnaient à un homme chargé de tels souvenirs, le titre de royaliste.

Recommencer, après une carrière si remplie de merveilles, le rôle fâcheux qu'il avait joué à Paris à la journée du i3 vendémiaire; rappeler sur lui les malédictions de la capitale ; s'éloigner pour jamais des royalistes dont il aurait un jour besoin ; enfin, rendre au Directoire qu'il n'aimait pas, et qu'il avait lieu de craindre, une puissance que le mépris publicabrogeait tous les jours : c'était reculer dans tous ses plans, c'était manquer le moment où il pourrait agir en dictateur pour se montrer ensuite en roi. Dans cette perplexité, Bonaparte, l'homme du monde qui aimait le moins les termes moyens, en choisit un fort peu sûr pour sa politique, et peu honorable pour son caractère. Il refusa de marcher en personne sur Paris; et, sous divers prétextes, il éluda la demande de trois millions qui lui , était faite par le Directoire. Mais il envoya à sa place à Paris le général Augereau , celui qui convenait le plus aux desseins du Directoire par son incapacité politique , par sa violence soldatesque et son républicanisme ignorant : de plus, Bonaparte commit la faute d'armer le Directoire conspirateur et son lieutenant Augereau d'une proclamation qui leur assurait la victoire. Il choisit l'anniversaire du 14 juillet pour donner l'essor à sa

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colère contre les royalistes. Voici les pro

pos qu'il faisait répandre dans les rangs par ses affidés, et que j'extrais de ses Mé

1797. 1797.

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moires : « Quoi ! disaient-ils, ce sont ceux « qui se disent nos représentans qui se « font les panégyristes de nos ennemis ! Les « Venitiens ont versé le sang français, et, « au lieu de le venger, c'est nous encore « qu'on accuse, non de l'avoir versé, mais « d'avoir excité des vengeances ! Ignorent« ils donc que nous sommes ici cent mille « baïonnettes, autant de témoins irrécusables ? « Ces ennemis de la République n'ont pu ni « vaincre, ni acheter notre général ; ils le « voudraient assassiner juridiquement, mais « ils ne réussiront pas : il faudrait avant tout, « pour l'atteindre, qu'ils marchassent sur nos « cadavres. »

Bientôt le général parut, et fit publier l'ordre du jour suivant : « Soldats, c'est aujourd'hui « l'anniversaire du 14 juillet. Vous voyez de« vant vous les noms de nos compagnons d'ar« mesmortsau champd'honneurpourlaliberté « de la patrie; ils vous ont donné l'exemple ; « vous vous devez tout entiers à la Républi« que; vous vous devez tout entiers au bon« heur de trente millions de Français ; vous « vous devez tout entiers à la gloire de ce « nom, qui a reçu un nouvel éclat par vos vic« toires.

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« Soldats, je sais que vous êtes profondé« ment affectés des malheurs qui menacent « la patrie. Mais la patrie ne peut courir des « dangers réels. Les mêmes hommes qui l'ont « fait triompher de l'Europe coalisée, sont « là. Des montagnes nous séparent de la « France. Vous les franchiriez avec la rapi« dité de l'aigle, s'il le fallait, pour mainte« tenir la constitution , défendre la liberté, « protéger le gouvernement et les républi« cains. Soldats, le gouvernement veille sur « le dépôt des lois qui lui est confié. Les « royalistes, dès l'instant qu'ils se montre« ront, auront vécu. Soyez sans inquiétude, « et jurons par les mânes des héros qui sont « morts à côté de nous pour la liberté, ju« rons sur nos drapeaux, guerre aux enne« mis de la République et de la constitution « de l'an III. »

Les principaux lieutenans de Bonaparte étaient trop habiles courtisans pour ne pas l'imiter dans son fougueux accès de républicanisme ; ce fut à qui foudroierait la réunion de Clichy. Bonaparte put s'apercevoir, au ton violent de ces ordres du jour, qu'ils n'avaient pas été dictés par le seul désir de lui com

plaire, et que plusieurs officiers se ressen

I 797.

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