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1797. voici la cause. Danslapénurie du trésor public ,' les triumvirs conspirateurs étaient obligés de

« les doigts pour lui donner sa bénédiction. Le vicaire « de Jésus était un rival dangereux pour lui, qui vou« lait être aussi chef de secte. Une nuit, Réveil« lère forma le projet de devenir un grand homme. « II ne faut point résister aux inspirations d'en haut. « Mais comment parvenir à un but si louable? Réveil« lère imagina de se jeter parmi les théophilanthropes.

« On pouvait regarder cette route pour arriver au « temple de mémoire comme nouvelle, quoique déji <5. un peu frayée; mais on sait que , quoique Newton « n'ait pas conçu la première idée de la gravitation « universelle, il n'en est pas moins regardé, avec rai« son , comme le véritable auteur du système de l'at« traction, parce que c'est lui qui en a trouvé les « lois et fixé les rapports.

« Réveillère donc, qui ne croit point en Dieu, et « qui passe sa vie à tourmenter les hommes , s'enrôla « parmi ceux qui se disaient les adorateurs de l'Être « Suprême et les bienfaiteurs de l'humanité; et rêvant « déjà qu'il est le fondateur d'une autre religion, un « autre Mahomet, il se met aussi à faire son Alcoran. « Cet ouvrage, pour lequel il mit son génie à la tor— « ture pendant plusieurs mois, parce qu'il n'avait pas, « comme son précurseur, un pigeon qui vînt lui bé« quêter l'oreille, donne précisément la mesure de sa « capacité. Il lut son chef-d'œuvre à l'Institut natio« nal, qui s'abstint de rire à cause de la dignité du « personnage , et chacun se pinça pour s'empêcher de

mendier des secours auprès des généraux ; ils n'osaient d'ailleurs, sous les yeux de deux

« dormir; maison ne s'extasia point, comme on aurait
« dû le faire, sur cet écrit trop profond pour être à
« la portée des membres de l'Institut. On ne lui én fit
« point de complimens, et les journaux oublièrent
« d'en parler. Réveillère fut piqué au vif, et c'est
« particulièrement depuis cette époque qu'il devint
« pointilleux, acariâtre , entrepreneur de nouvelles
« révolutions; et que ne pouvant être Mahomet, il
« voulut être Séide. -
« Le culte catholique devint surtout l'objet de sa
« colèré théophilanthropique, et tous ceux qui sou-
« riaient au nom de théophilanthropie, tous ceux qui
« pensaient des théophilanthropes ce que Cicéron pen-
« sait des aruspices, étaient regardés par La Réveil-
« lère comme papimanes. J'avais le malheur de ne
« point admirer les dogmes de la nouvelle secte, et
« cependant je ne m'en moquais pas non plus.... Ré-
« veillère, qui croit que tout ce qui n'est pas théo-
« philanthrope est nécessairement catholique, et digne
« d'être crucifié, voyait en moi un grand ami de la
« cour de Rome. J'avais beaucoup loué Bonaparte d'a-
« voir dédaigné la vaine gloire de marcher sur cette
« ville, pour combattre un ennemi plus dangereux 2
« dont la défaite entraînait la chute de Rome et de
« toute l'Italie. Le théophilanthrope voulait au con-
« traire qu'on fût d'abord au Capitole chanter un
« hymne sur la cendre des Gracques; et l'enlèvement
« de la bonne-vierge de bois vermoulu qui était à Lo-

1797.

1797- de leurs collègues, toucher d'une manière ou clandestine ou violente à des fonds qui avaient une destination publique. Hoche, emporté soit par la fougue de son caractère, soit par son ambition , soit enfin par son inimitié personnelle contre le général Pichegru , qu'il voulait faire regarder, depuis la reprise des lignes de Weissembourg, comme l'usurpateur d'une gloire qui lui était due, Hoche n'avait que trop secondé les coupables intentions des triumvirs, et déjà la caisse de son armée avait servi aux desseins du Directoire.

i « rette, lui paraissait une victoire bien plus impor

« tante que l'enlèvement des drapeaux du bataillon « de Vienne.

« J'aurais renié cent fois par jour Jésus et le Pape , « que je n'aurais jamais pu ôter du cerveau de Réveil« lère que j'étais catholique, apostolique , et surtout « romain. Les grands hommes ont quelquefois des -> maladies morales dont il est bien difficile de les « guérir. Pascal se croyait toujours plongé dans une « rivière jusqu'au nombril ; Réveillère se croyait tou« jours dans une cruche d'eau bénite. Excusons cette « faiblesse en considération des mémorables services « qu'il a rendus à son pays. C'est un de nos sauveurs; « et chacun , en voyant cet agneau sans tache, doit « s'écrier avec le prédicateur italien: JEcco il vero « Polichinello.1 »

Lorsqu'à la tribune, quelques députés, occu- 1797. pes des finances, et bien instruits peut-être de l'intelligence de Hoche avec les triumvirs, accusèrent son administration, il se répandit en imprécations contre le club de Clichy , et tous les corps de son armée furent fidèles à servir la colère du général. L'armée vit pleuvoir des ordres du jour où le sabre usurpait tous les droits de la toge : le style de ces proclamations était excessivement militaire, et abject à force d'emportement; les menaces ne tardèrent pas à se réaliser. De concert avec le triumvirat, Hoche fit marcher vers • Paris un corps de douze mille hommes ( artillerie , infanterie et cavalerie ) qu'il prétendait destiné à une nouvelle expédition sur l'Irlande. Le bruit de cette marche vint bientôt aux oreilles des députés; la constitution interdisait tout mouvement de troupes sur Paris dans un rayon déterminé, et elle punissait de dix années de gène le général qui se permettrait un tel attentat sur.l'indépendance du Corps-Législatif. Déjà Je corps détaché de l'armée de Sambre-et-Meuse avait dépassé de plusieurs lieues le cercle constitutionnel : les orateurs s'exprimèrent avec un courage qui fit impression sur ]e Directoire.

1797- On demanda et on obtint des ordres pour changer la direction de ce corps de troupes; mais le Directoire se vengea d'un retard que lui-même avait jugé nécessaire, par un message dont l'insolence annonçait la résolution d'engager le combat, etla certitude de vaincre. Il ne craignait pas de montrer les formidables appuis auxquels son imprévoyante et stupide colère allait recourir. Il jetait sur le bureau des Cinq-Cents un paquet de proclamations, d'adresses et d'ordres du jour envoyés des deux armées d'Italie et de Sambre-et-Meuse. La seule armée du Rhin, conduite par le général Moreau, s'était abstenue, par un honorable scrupule, de dicter ainsi ses lois à la puissance législative. « Voyez , disait la majorité « directoriale, voyez à quoi vous exposent « tant de discours violens, tant de proposi« lions infames où le royalisme exhale ses « espérances et ses fureurs : voy.ez jusqu'à K quel point ils ont excité l'indignation des « généraux défenseurs de la République. 1l « nous a fallu des efforts inouïs pour empê« cher des éclats plus directs et plus effectifs « de cette indignation; mais conserverons« nous long-temps le pouvoir d'arrêter le « mouvement si noble et si unanime de nos

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