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lait frapper, par quelques uns de ses propres ministres. Cochon-l'Apparent, malgré son

« même, interrogé sur la question de savoir s'il voulait l'an prochain garantir de l'échafaud le Directoire, a répondu franchement : Non. Le Directoire Ile peut donc plus compter encore que sur la minorité des Conseils. S'il est obligé d'en venir à une attaque, elle tournera au profit des terroriste s. Pour éviter cette attaque, et ramener le Directoire, il • faut donc former une majorité républicaine dans « les Conseils ; pour celui des Cinq-Cents, cela dépend « tout-à-fait de vous. Ralliez-vous avec vos amis à la « minorité, à Debry, Chazal, Chénier, etc.Vous êtes « dans une fausse position, vous donnez la majorité « tantôt à un parti, tantôt à l'autre ; fixez cette majorité du côté du Directoire ! »

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Je leur répondis : « Je ne peux pas contester qu'il « n'y ait un parti royaliste dans les Conseils, mais je « suis loin de croire qu'il y soit en majorité, et vous « ne pouvez sérieusement le penser vous-mêmes ; car « dans ce cas comment espéreriez-vous qu'on parvînt « à y former une majorité républicaine ?Si l'on com« pare nos discours actuels à ceux de 1793 ou même « de l'an III, on trouve qu'en effet nous avons changé « de langage. Mais les temps sont aussi changés, et « toutes les habitudes révolutionnaires doivent céder « peu à peu au régime constitutionnel. La nature des « choses et l'opinion nous le commandent. Lorsque le « Corps-Législatif s'y soumet par honneur et par de« voir, le Directoire s'obstine à rester stationnaire. Il

vote régicide, et malgré le piége qu'ilavait fait tendre à d'imprudens royalistes, lui était sus

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ne veut pns avancer avec nous, et nous ne pouvons pas reculer vers lui. C'est cette mésintelligence qui fait toute l'importance du parti royaliste. Si le peuple le craint plus que le retour de la terreur, il n'en est pas ainsi des propriétaires. Voilà ce qui donne à la France une couleur de royalisme, que réellement elle n'a pas. Il faut, pour attacher la nation à la République, qu'elle se présente avec les formes d'un gouvernement régulier. Nous ne voulons point de clergé, mais nous ne voulons pas persécuter les prêtres ni tourmenter les consciences. Nous ne voulons point rappeler les émigrés qui ont armé l'Europe contre leur patrie, mais nous ne voulons pas prolonger l'injuste proscription des fabricans, ouvriers et cultivateurs, que la terreur a chassés des départemens du Midi, du Rhin et de Lyon. Nous ne nous opposons point aux victoires des armées , mais nous désirons savoir où s'arrêteront les conquêtes, et nous ne pouvons consentir à la continuation d'une guerre dont on n'aperçoit ni le terme ni le but. Si nous nous traînions dans cet état de division intestine jusqu'aux prochaines élections, il est certain qu'elles seraient mauvaises. Mais si les hommes qui sont faits pour s'entendre voulaient se réunir de bonne foi, les royalistes seraient conspués. Le Directoire a tort de s'alarmer d'avance de « la sortie du dernier tiers des Conventionnels, car

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#
A

1797.

pect, parce qu'il avait été nommé avec éloge par le crédule la Villeurnois. Le ministre

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s'il en est beaucoup de fidèles à la République, il y en a aussi que la haine aveugle assez sur leurs pro« pres intérêts, pour les jeter du côté du royalisme. J'ai plus de confiance en Portalis, Siméon, TronçonDucoudray, Emmery, etc., qu'en Henri Larivière, Delahaye et même Boissi d'Anglas, etc. Les Conventionnels ne peuvent pas toujours régner exclusivement, et il faut bien se préparer à voir le gouvernement passer dans d'autres mains. S'il y a cent quatre-vingt-dix députés qui ont trahila République, qu'on m'en donne la preuve, je me charge de les accuser, et je m'engage à les faire arrêter séance tenante. La peur est un mauvais conseiller, il y en a encore plus à Clichy qu'au petit Luxembourg. Les choses ne me paraissent pas désespérées, mais il faut y apporter un prompt remède. Si le Directoire veut adopter un plan de conduite concerté avec les Constitutionnels, je lui réponds d'une immense majorité dans les Conseils. Je ne me jetterai point avec lui dans une nouvelle révolution , j'aime mieux être victime de mon respect pour la constitution.

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Je ne me dissimule point les dangers de ma propre

situation, cependant je la trouve la seule honorable. Le Directoire peut décimer la représentation nationale, mais il portera un coup mortel à la République « et à lui-même. »

« Mais enfin, dit madame de Staël, si la majorité de la guerre Petiet était aussi recommandable 11797, par ses principes d'honneur et de modération que par ses talens administratifs ; on portait, et ajuste titre, le même jugement sur le ministre de l'intérieur Bénezech: ces deux derniers étaient honorés par la majorité des deux Conseils; jamais ils ne se fussent rendus les instrumens d'une journée de proscription; toutefois il n'était pas facile aux directeurs Barras, Rewbell et La Réveillère-Lépeaux, de renvoyersansprétexte deux ministresdontl'un avait contribué à la conception des plans et des mesures auxquelles on devait un si merveilleux enchaînement de victoires, et dont l'autre avait sauvé Paris des horreurs d'une longue famine, enaffranchissantletrésorpublicd'une dépense énorme et insensée. Il fallait de plus ne pas laisser soupçonner à Barthélemy et à Carnot le motif réel qui faisait vouloir cette destitution; on prétend que Barras, versé par une longue

-c des Conseils transfere ses séances hors de Paris , que « ferez-vous?

— « Je suivrai la majorité.

— « Et si la majorité arbore le drapeau blanc?

— « 3e me réunirai aux députés fidèles.

— « Tls ne vous recevront plus. • — « Je saurai mourir. »

1797- pratique dans tous les expédiens du machiavélisme révolutionnaire, fut chargé de tromper ses deux collègues Carnot et Barthélemy; il feignit pendant plusieurs jours d'être à peu près décidé de faire pencher la balance en leur faveur. Le piége étant ainsi dressé, on proposa, dans une séance du Directoire, de passer en revue les différens ministres, et de décider au scrutin ceux qu'il conviendrait de garder ou de renvoyer. « Barras va nous donner la « majorité, se disaient tout bas Carnot et Bar thé« lemy, et nous allons éloigner les amis trop in« times de nos deux adversaires. » II fut procédé au scrutin avec un assentiment unanime; mais le scrutin dévoila la perfidie de Barras. Les trois ministres qui tenaient au parti modéré furent destitués à une majorité de trois voix. On éloigna également Truguet, ministre de la marine, et Charles Lacroix, ministre des affaires étrangères; Merlin fut conservé au ministère de la justice, M. de Talleyrand fut nommé ministre des affaires étrangères , le général Hoche à la guerre, François de Neufchâteau à. l'intérieur, et Lenoir-Larochje à la police. Ces choix étaient habilement combinés, parce qu'aucun des nouveaux ministres n'inspirait d'alarmes, ni par son caractère ni par

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