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quence, elle semblait maîtrisée par la force 1797de ses impressions. Eh bien! avec des dons si divers et si éblouissans, elle n'arriva qu'à rendre plus vives les haines qu'elle voulait éteindre. Ce qui fit surtout son mauvais succès,c'est que sa médiation devint bientôt suspecte de partialité pour le Directoire. Sans doute, en appelant autour d'elle et dans un cercle brillant des Conventionnels qui se présentaient encore sinon avec la férocité révolutionnaire, du moins avec la rudesse des clubs, elle avait espéré leur inspirer la politesse des manières, la délicatesse des mœurs, les ramener à des sentimens plus humains ou les y retenir avec plus d'attrait, mais elle fit peu de conversions remarquables; elle seule était à son aise au milieu d'un cercle embarrassé et discordant. Tandis qu'elle s'obstinait à une conciliation chimérique ,' tandis que pour en aplanir les difficultés elle faisait quelque sacrifice des droits du plus faible aux brutales exigences du plus fort, les révolutionnaires s'étonnaient d'être défendus par elle, et les royalistes se plaignaient d'en être abandonnés. La scène devenait plus orageuse, lorsqu'un esprit aussi peu façonné

1797- que Legemlre, ou un esprit amer et hautain tel que Chénier s'emparait de quelque concessions faites par madame de Staël à leur parti. Ils s'en prévalaient avec si peu de ménagement et y joignaient de si rudes commentaires, qu'ils provoquaient chez les hommes les plus pacifiques des répliques emportées. On sortait avec fureur de ces entretiens concilians; chacun avait cru lire dans les yeux de son voisin l'arrêt de sa proscription prochaine.

L'ambition de madame de Staël était alors de faire nommer au ministère des affaires étrangères l'un de ses plus anciens amis, M. de Talleyrand. Elle avait eu recours à la voix et au puissant crédit de Chénier pour le faire rayer de la liste des émigrés; mais il n'y avait qu'un caractère ardent comme celui du madame de Staël qui pût entreprendre de 'faire confier par le Directoire un portefeuille à un émigré, à un homme d'un grand nom, à un ancienévêque. Jeparleici d'un personnage illustre qui a rendu les services les plus signalés à la restauration de la monarchie française, et je le rencontre dans une direction qui ne fait pressentir en rien ses heureux et puissans efforts dans les années 1814 et 1815. Je dirai seulement, comme sans doute il le dira luimême dans ses mémoires, qu'il prenait mal son temps pour être ministre. Mais madame de Staël s'imaginait qu'un tel choix serait agréable au parti modéré, et pourrait calmer les défiances envers le Directoire. D'un autre côté elle s'efforçait de persuader à Barras, né gentilhomme, et qui n'avait nul dédain philosophique pour un tel avantage, combien il lui convenait d'appelerautour de lui un homme d'une haute illustration. Bonaparte était aussi né dans cette caste proscrite, et qui pouvait songer maintenant à le lui reprocher?Madame de Staël rêvait à une triple alliance de Barras, de Bonaparte et de Talleyrand; et quelle gloire pour elle si elle était le génie secret dont ces trois hommes recevaient l'impulsion! Elle ne savait pas encore combien il était difficile de dominer Bonaparte et même M. de Talley

rand. Quoi qu'il en soit, Barras et bientôt

après Rewbell et La Réveillère crurent devoir acheter l'appui d'une personne aussi distinguée que madame de Staël, par l'élévation de son ami. M. Benjamin Constant, autre ami de madame de Staël, avait préparé le succès de cette transaction par une brochure qui révé

1797.

'797. lait en lui le talent de l'ironie, et dont tous les traits portaient sur le parti moderé. *

* Voici sur ce sujet un passage assez curieux et assez important des Mémoires de Thibaudeau. Il faut le lire avec quelque défiance , soit parce qu'un ressentiment assez vif s'y laisse sentir, soit parce qu'il arrive assez souvent que celui qui rapporte une conversation , où il a figuré se réserve d'y jouer le plus beau rôle.

« La diversité desopinions, qui dansles temps calmes fait le charme de la société, et qui dans les temps de révolution la rend insupportable, m'avait un peu éloigné de madame de Staël ; elle me rechercha lorsqu'elle sut que la commission à laquelle le Conseil avait renvoyé le dernier message du Directoire, m'avait nommé rapporteur. Elle m'écrivit qu'elle désirait me voir pour un service important que je pouvais lui rendre. J'allai chez elle; elle me parla d'une pétition de M. Duportail, qui avait. été renvoyée à une commission dont j'étais membre.. Il demandait une exception aux lois sur les émigres. Madame de Staël prenait un vif intérêt à cette pétition; mais je m'aperçus bientôt que ce n'était là qu'un prétexte; en effet, après quelques circonlocutions , elle amena la conversation sur les dangers qui menacaient la liberté , et me dit que j'étais l'homme qui pouvait dans ce moment rendre le plus de services à la République , et qu'elle m'engageai-t instamment à avoir une entrevue avec Benjamin Constant. Il y a des antipathies qu'on ne peut expliquer; j'en avais une .déclarée contre lui, et je lui trouvais un ton

Le triumvirat directorial se sentait gêne 1797 pour le coup d'état révolutionnaire qu'il vou

dogmatique et tranchant. Talleyrand m'apparaissait

derrière le rideau, mettant en avant les machines. Je

n'avais nulle confiance dans le républicanisme dont il

faisait parade , et je me sentais un grand dégoût pour

ses intrigues. Cependant, comme cette avant-garde

du Directoire avait de l'esprit et du talent, et que

les circonstances étaient imminentes, je pensai qu'il

pourrait être utile de savoir Ce qu'on voulait dans

l'un des camps ennemis dont nous étions entourés ; je

surmontai ma répugnance, et j'acceptai un dîner

chez madame de Staël avec Benjamin Constant. Il eut

lieu le 26 thermidor; nous n'étions que tous trois; ils

me dirent: « La majorité du Corps-Législatif est roya

« liste, il y a cent quatre-vingt-dix députés qui ont

« contracté l'engagement de rétablir le prétendant

« sur le trône ; la majorité du Conseil des Anciens

« veut transférer le Corps-Législatif à Rouen , à cause

« de sa proximité du théâtre de la chouannerie , mais

« le Directoire ne quittera point Paris, et il y restera

« cent trente députés fidèles. Le Directoire doit être

« désormais le seul point de ralliement des républi

« cains. Ce sont les attaques des royalistes qui ont

« inspiré de la frayeur au Directoire , et la frayeur a

« amené ces mesures hostiles. On ne peut pas dans

« l'état actuel des choses attendre à l'année prochaine ,

« le nouveau tiers sera encore pire que le dernier

« nommé ; il n'y aura plus de Conventionnels , et la

« contre-révolution se fera -toute seule. Portalis lui

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