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'797- si glorieusement acquise demeurât à la famille Caraman.

Effet pro- Mais de tous les orateurs celui qui excita diTeon^T de le P'us de tempêtes, ce fut Camille Jordan da7!"senr Jo£ dans son rapport sur le culte. Ce jeune déenite. puté s'annonçait avec une rare maturité de talent. Les malheurs de Lyon, sa patrie, la part qu'il avait eue à l'héroïque défense de cette ville , avaient beaucoup accru l'énergie de son âme; mais ce qui dominait en lui, c'était un fonds de bienveillance qui prétait à ses discours un charme persuatif. Nous l'avons vu dans les jours de la restauration, et lorsqu'il touchait à une mort prématurée, prendre pour la cause de la liberté des ombrages irréfléchis. Peut-on présumer que dans la jeunesse il fut insensible à cette passion? Mais la liberté sans la religion ne lui paraissait qu'une désastreuse chimère. Il avait conçu le projet d'attaquer dans toutes ses bases ce système de persécution qu'on avait fait sortir de la tolérance philosophique : pour penser en homme d'état, il ne craignait point de penser en chrétien. Organe d'une commission qui voulait renverser tout une législation barbare, il eut à retracer l'histoire de tous ces décrets qui commencèrent par la vente des

biens du clergé, pour finir par le culte de la 1797raison. Il parlait devant une partie de ceux qui les avaient rendus, et il paya le tribut d'une pitié et d'une admiration courageuse à la mémoire de tous les prêtres martyrs. 1l regretta tant de solennités augustes et touchantes, dont l'abolition laissait un vide affreux et dans le corps social et dans la vie de l'homme. Le serment exigé pour la constitution civile du clergé était devenu la plus complète absurdité , depuis que l'on ne reconnaissait plus de clergé, ni d'église, ni de culte. Dans le trop petit nombre de mois où la Convention commençait à faire quelques pas rétrogrades vers le bien, on avait supprimé le serment; mais on l'avait remplacé par une déclaration imposée à tous ces ministres du culte, et ils étaient tenus de reconnaître que toutes les institutions doivent émaner de la souveraineté du peuple, et de jurer haine à la royauté. Les prêtres se refusaient, pour la plupart, à une déclaration condamnée parleurs supérieurs, et qui répugnait a leur conscience; la persécution s'armait contre eux d'un nouveau refus, qui semblait provenir d'une haine invétérée contre la République. Camille Jordan voulait les af

i/97- franchir de cette déclaration; il ne concevait pas qu'en faisant de la religion une affaire privée et complétement indifférente à l'État, on pût encore considérer les prêtres comme fonctionnaires publics. Il lui tardait cependant que la religion fût dégagée d'une existence équivoque , et en quelque sorte clandestine; il ne pouvait souffrir que la République, après avoir ravi au clergé une dotation magnifique, le laissât livré aux horreurs de l'indigence. Sans insister encore sur ces vœux, l'orateur appuyait d'une éloquence pleine de douceur et de raison, les réclamations pressantes et continues du peuple des campagnes , qui redemandait les cloches comme un signal dela prière et de ses plus louchantes réunions. Ce rapport était écrit avec tant de force et de netteté, que les vieux Conventionnels en l'écoutant ne montrèrent d'abord qu'une fureur concentrée; mais le chapitre des cloches excita leur hilarité sinistre; ils crurent saisir une occasion favorable pour étouffer sous le ridicule «ne des productions législatives les plus distinguées qui eussent relevé l'honneur de la tribune française. Ce rapport fut voué pour long-temps à ces turlupinades révolutionnaires qui n'avalent jamais manqué d'être l'indice d'une proscription prochaine. L'arrière-ban des philosophes prit parti contre un discours" où la philosophie du dix-huitième siècle était représentée comme l'imprudente mère de la révolution. M. Royer-Collard prononça sur le même sujet, mais sans attirer autant d'aiiathèmes , un discours où commençait à briller un talent qui devait après un long intervalle reparaître a la tribune avec plus d'éclat et surtout avec plus de force.

Taudis que le Directoire méditait un coup d'état qui allait soumettre au glaive du soldat ££ ]a constitution dont il était le gardien, unesuêl femme illustre s'engageait imprudemment dans une médiation entre deux partis irréconciliables :c'était la fille de M. Nedker, c'était l'épouse de l'ambassadeur de Suède. J'ignore quelles instructions le duc de Sudermanie, régent de ce royaume, avait données au baron de Staël; mais il est certain que ce Suédois, d'un caractère aimable et peut-être trop facile , montrait pour le Directoire une déférence fort empressée. Déjà même à l'époque du i3 vendémiaire il avait manifesté avec un éclat indiscret, et presque puéril, son inte

»797. rêt pour la Convention menacée : sa femme alors était loin de partager son zèle pour une telle cause. Après la victoire, et lorsqu'on parlait de proscrire, elle fut accusée à la tribune d'avoir dirigé le mouvement des sections de Paris. Ce genre de reproche était peu mérité. Quoique madame de Staël se fût assez fortement prononcée contre les décrets qui allaient prolonger le règne des Conventionnels, elle avait beaucoup dissuadé les chefs des sections de tenter le sort des armes. Une sollicitude du même genre l'avait sans doute émue à l'approche du conflit inégal qui allait s'engager. Son salon fut ouvert aux hommes les plus habitués à se combattre violemment à la tribune; elle espérait les calmer en les subjugant par son éloquence. Ses ouvrages, où règne un mouvement si vif avec des pensées si fortes, ne donneraient qu'une idée incomplète de sa conversation. C'était un continuel prodige d'esprit, de véhémence et de grâces. Le feu, la douceur et la beauté de ses yeux servaient pour elle de supple'ment à la beauté. On ne pouvait l'accuser ni de fausseté ni d'artifice; qu'elle s'abandonnât à de vives saillies ou à des éclats subits d'élo-

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