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1797 conspiration de la France entière contre le gouvernement qui lui était imposé ; mais les armées n'y entraient pas encore. Personne n'avait assez prévu le danger de les affronter; la plupart des choix étaient tombés sur des hommes naturellement modérés, mais qui, • n'ayant point encore paru dans des assemblées délibérantes, pouvaient y payer le tribut de l'inexpérience. Parmi le peuple le plus mobile, le plus ouvert et le plus franc, rien de si difficile à se communiquer que l'esprit de mesure et la patience. Le sort ou l'adresse de trois Directeurs, qui de la pentarchie avaient formé un véritable triumvirat, fit sortir du Directoire un membre de la minorité qui inclinait vers des mesures modérées : c'était Le Tourneur, ami de Carmot. On pouvait le remplacer par un homme plus prononcé ; mais le triumvirat subsistait , et sa violence pouvait être irritée par le choix d'un collègue qui n'avait rien · de commun avec ses sentimens et son origine. Sous la présidence du général Pichegru, dont le nom remplissait le Conseil des CinqCents d'un éclat nouveau, et qui semblait un puissant bouclier contre les projets révolutionnaires, il fut procédé au choix d'un nou- 1797veau Directeur; les deux Conseils nommèrent M. Barthélemy, ambassadeur de France en Suisse.

C'était à lui que l'on devait le traité de paix avec la Prusse. Neveu du savant et élégant auteur des P^oyages d!Anacharsis , comme son oncle il s'était long-temps entretenu avec les sages de l'antiquité ; et la sérénité de son âme, l'aménité de ses manières semblaient un doux fruit de ce commerce. On eût dit que le ciel avait pris plaisir à exempter jusque-là ce seul Français des maux qui étaient notre partage. Toutes les phases de la révolution l'avaient laissé immobile dans le poste d'un envoyé qui parle et s'occupe encore de paix, quand tout ne respire que les armes. L'asile de la Suisse était précieux pour lui, parce qu'il pouvait en faire goûter les douceurs à un grand nombre de proscrits. Tous les émigrés avaient eu à se louer de ses bons offices. Quelle douleur pour lui d'en être arraché ! La paix, lui disait-on, la paix va régner parmi nous: il arrive, et tous les cris de la discorde retentissent à ses oreilles; ses vertus le rendent un objet de haine concentrée pour trois de

i797. ses collègues, et c'est Carnot qui lui sert d'appui.

Pour concerter leur marche, les nouveaux députés se réunissaient souvent dans une maison de campagne à Clichy. lh admettaient à cette conférence tous ceux de leurs collègues qui ne se montraient point les complaisansdu Directoire, et il fallait bien que leurs principes ne fussent point d'une nature violente, puisque M. Boissi-d'Anglas assistait souvent à cette réunion. Un fait certain, c'est que leur ligue n'avait encore pour objet constant que la réforme des lois révolutionnaires; l'opposition qui les avait précédées avait décrié ces lois, et même en avait fait tomber quelques unes en •> désuétude; mais l'entreprise de les abolir ne demandait pas moins de sagesse que de vigueur. On remarquait, dans ces réunions, que ceux des députés qui dissimulaient le moins leurs sentimens royalistes se groupaient autour de Pichegru. Ce général trouvait au Conseil des Cinq-Cents un rival ou plutôt un ennemi dans le général Jourdan, dont les républicains paraissaient faire leur appui. La société de Clichy fut bientôt dénoncée comme une réunion de contre-révolutionnaires fougueux, qui, par les assassinats du Midi, avaient 1797préludé à des violences dont tous les républicains. , dont leurs propres collègues et même les Directeurs seraient bientôt victimes. Le peuple n'en fut point ému, mais ces cris répétés dans les journaux républicains, et confirmés par des missives secrètes du Directoire, retentissaient bientôt dans les armées. Par l'effet de l'armistice de Léoben, elles étaient inactives. Les chefs attendaient à la paix la récompense de leurs exploits, les officiers et sous-officiers craignaient d'être compris dans Ja réforme. Les soldats s'entretenaient d'un milliard qu'un décret de la Convention leur avait promis à la paix générale, et déjà se voyaient propriétaires de champs qu'ils tiendraient dela République. Les loisirs des camps étaient agités et ne ressemblaient que trop au tumulte des clubs; c'était surtout dans les repas de corps qu'on éclatait contre les deux Conseils. On y assaillait la société de Clichy tantôt de quolibets militaires, tantôt d'imprécations auxquelles des sabres levés donnaient un terrible effet. Deux hommes tels que le général Bonaparte et le général Hoche, qui ne lui cédait guère en ambition , ne s'étudiaient pas beaucoup,

1797.

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comme on peut le croire, à graver dans le cœur des soldats une profonde vénération pour les assemblées délibérantes; tous les magistrats civils, quel que fût ou leur républicanisme ou leur puissance, étaient eux-mêmes livrés aux sarcasmes de ces hommes ardens, enivrés de leur gloire, qui n'avaient vu au-dedans que crimes, que massacres, tandis qu'audehors ils avaient rappelé par leurs succès les plus glorieuses époques de l'histoire. Cependant le triumvirat directorial était décidé, même avant d'engager le combat contre les

deux Conseils, à tirer des armées ses moyens .

de victoire. Les gardiens d'une constitu

tion républicaine ouvraient ainsi les voies à ce régime militaire qui ne veut que promptitude et qu'obéissance passive. Dans leur haine imprévoyante ils n'envisageaient que le triomphe d'un jour. Rewbell se chargeait de tenir tête aux généraux, qu'il ferait servir à ses desseins : c'était sur les artifices

de cet esprit étroit et opiniâtre qu'allait re- .

poser toute la durée du régime civil en France. Le Directoire, qui portait toutes ses pensées vers un nouveau supplément de révolution, se plaisait a être attaqué, et rien ne lui était plus importun que la modération

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