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1799. point de tyrannie; la constitution ou la mortl On traverse la salle, on assiége la tribune et le fauteuil du président. Le nom de Bonaparte n'est plus prononcé qu'avec imprécation, le député Grandmaison parvient à se faire entendre : « Dans le moment, dit-il, où la vici( lence militaire veut nous imposer le plus « infame parjure, vous n'avez qu'une mesure « à prendre, c'est de renouveler le serment « de fidélité à la constitution : ceux! quis'y re« fuseront se dénonceront eux-mêmes comme « desennemis dela patrie, comme des traîtres, « comme les nouveaux sujets du tyran qui « s'annonce ». La proposition est accueillie avec enthousiasme; ceux même des députés que Bonaparte a fait entrer dans sa conspiration affectent encore du zèle pour cette constitution dont tout à l'heure ils ne laisseront pas subsister le moindre débris; ils paraissent heureux d'en être quittes pour un serment. On a voulu que chaque député montât successivement à la tribune, et cet appel nominal consume deux heures. Deux heures! les premiers Jacobins en auraient autrement calculé le prix. Les députés voudraient se mettre en communication avec le Directoire; maisquelle est leur stupeur lorsqu'ils apprennent que le Directoire n'existe plus, et que dès la veille '799' Syeyès, Roger-Ducos et Barras avaient donne leur démission!

Enfin le secrétaire du Directoire exécutif, Lagarde, annonce que Gohier a suivi cet exemple, et que Moulins ayant été mis en surveillance par ordre du général Bonaparte, il ne se trouve plus de Directoire. « Un Di« recteur arrêté, et les autres en fuite ou en « pleine trahison ! Quelle violence! s'écrie« t-on de tous côtés. Sachons trouver des gar« diensplus fidèles et plus courageux de notre « sainte constitution. » On propose àl'instant de former les listes décuples pour la création d'un nouveau Directoire ; autre opération qui va consumer un temps précieux : mais on ne manque pas de l'interrompre de temps en temps par des vociférations contre le dictateur.

Un mouvement si vif dans le Conseil des Cinq-Cents venait de réagir sur celui des Anciens; l'opposition, qui la veille s'y était à peine laissé entrevoir, se montrait plus audacieuse et plus forte. Un député nommé Alphonse lui prétait un appui d'autant plus respecté qu'il avait souvent combattu des mesures révolutionnaires .

Ces fâcheuses nouvelles avaient été promptement transmises à Bonaparte et à Syeyès; ce dernier se tenait à la grille du château de SaintCloud, danssavoiture, soit pour être plus prêt à fuirsil'événement se montrait contraire, soit pour être plus à portée de donner ses ordres à ses partisans ou ses conseils au général. Bonaparte vient faire tête à l'orage; il se présente d'abord au Conseil des Anciens, et le trouve agité; une partie de son état-major l'a suivi à la barre. Voici le discours qu'il tient :

« Vous êtes sur un volcan; la République « n'a plus de gouvernement; le Directoire est « dissous; les factions s'agitent; l'heure de « prendre un parti est arrivée. Vous avez ap« pelé mon bras et celui de mes compagnons « d'armes au secours de votre sagesse; mais « les instans sont précieux, il faut se pronon« cer.Je sais que l'on parle de César, de Crom« well, comme si l'époque actuelle pouvait se « comparer aux temps passés. Non, je ne veux « que le salut de la République, et appuyer « les décisions que vous allez prendre.... Et « vous, grenadiers, dont j'aperçois les bon« nets aux portes de cette salle, dites-le, vous « ai-je jamais trompés ? ai je jamais trahi mes « promesses, lorsque dans les camps, au milieu

« des privations, je vous promettais la vic-
« toire, l'abondance, et lorsqu'à votre tête
« je vous conduisais de succès en succès?Dites-
« le maintenant, était-ce pour mes intérêts ou
« pour ceux de la République ? »
Cette apostrophe aux grenadiers devait ir-
riter tous ceux des Anciens qui tenaient à l'in-
dépendance sénatoriale ; elle dénotait sans
doute quelque trouble dans l'âme du générai,
dont les paroles, quoique véhémentes et for-
tement articulées, avaient été mal suivies,
mal liées. Quoi qu'il en soit, les grenadiers y
répondirent en agitant leurs bonnets, et cette
démonstration vint fortifier à la fois le général
et ses partisans. Cependant un député de
l'opposition, Linglet, se leva, et dit d'une voix

forte : « Général, nous applaudissons à ce que

« vous dites; jurez donc avec nous obéissance « à la constitution de l'an III, qui peut seule « maintenir la République ». Le général sentit combien il s'avilirait par une dissimulation maladroite. « La constitution de l'an III, re« prit-il d'une voix élevée, la constitution « de l'an III! est-ce à vous de l'invoquer ? Vous « l'avez violée au 18 fructidor, quand le gou« vernement a attenté à l'indépendance du « Corps-Législatif; vous l'avez violée au 3o

1799. 1799.

« prairial an vII, quand le Corps-Législatif a
« attenté à l'indépendance du gouvernement ;
« vous l'avez violée le 22 floréal, quand, par
« un décret sacrilége, le gouvernement et le
« Corps-Législatif ont attenté à la souverai-
« neté du peuple, en cassant les élections faites
« par lui. La constitution violée, il faut un
« nouveau pacte, de nouvelles garanties. »
Le général eut à subir encore d'autres in-
terpellations, il y répondit en exprimant l'in-
tention de faire cesser des mesures de terreur

que l'on croyait des remèdes à l'anarchie, et

qui n'en étaient que les alimens. Il fit des allusions directes à la scène tumultueuse du Conseil des Cinq-Cents. Enfin, dans cette épreuve oratoire, nouvelle et difficile pour un soldat, il montra le talent de produire des pensées sortes, mais mon celui de les lier. Pendant qu'on délibérait ainsi aux Ancicns, le tumulte et la rage avaient redoublé au Conseil des Cinq-Cents. Les députés, après avoir flotté entre plusieurs mesures, commençaient à se prononcer pour la plus

, énergique et la plus audacieuse ; le fatal

décret de mise hors la loi était invoqué contre Bonaparte, et c'était son frère à qui l'on ordonnait de le prononcer.

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