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ne disait pas sa pensée; sa contenance trahis-
sait son secret. .
S'il est vrai que Barras fit avec si peu de
précaution et une si misérable indolence une
ouverture de cette sorte, on peut conjecturer
qu'il n'avait voulu que pénétrer les desseins
de Bonaparte, et le forcer à se déclarer en
lui causant de la surprise et de la colère. Le
nom du général Hédouville s'était sans doute
placé comme au hasard sur les lèvres du Di-

recteur. L'emploi de président de la Répu

blique, ou en d'autres termes la dictature,
était-elle indirectement offerte à Bonaparte,
ou Barras se la réservait-il ? L'entretien fut
coupé si brusquement, qu'on ne peut résoudre
cette question.
Bonaparte rentré chez lui y trouva Tal-
ieyrand, Fouché, Rœderer et Réal; de ces
quatre personnages trois vivaient dans l'inti-
mité du Directeur. Quoique Bonaparte son-
geât à en faire les appuis de sa conspiration,
il crut devoir user de réserve avec eux, et leur
raconta naïvement (je copie son expression)
ce que Barras venait de lui dire; chacun d'eux
jugeaquele Directeuravait été fortgauche dans
sa dissimulation. Le soir, Barras reçut par eux
l'avis de l'effet assez fâcheux qu'il avait produit

1799.

1799. sur l'esprit de Bonaparte. Le lendemain Barras vint, à huit heures du matin; trouver Bonaparte qui était encore au lit; et cette fois, pour réparer l'effet d'une feinte maladroite, ou peutêtre pour arriver plus sûrement à ses fins, il parut s'abandonner complétement au général, et protesta qu'il voulait être son second dans tout ce qu'il pourrait entreprendre. Bonaparte, plus que jamais résolu de garder son secret tout entier, parodia sans affectation le langage qu'il avait entendu la veille ; il répondit qu'z'Z ne voulait rien, qu'il était fatigué, indisposé; qu'il ne pouvait s'accoutumer à Thumidité de l'atmosphère de la capitale, en sortant du climat sec des sables de l'Arabie. Après un tel assaut de franchise, le Directeur et le général cessèrent de se rechercher.

Trois jours avant l'événement, Bonaparte vient concerter les mesures avec le directeur Syeyès; une seule entrevue leur suffit pour convenir de tout. Les chefs du Conseil des Anciens prendront l'initiative de la révolution nouvelle, et tâcheront de donner une forme légale à une révolte militaire. Rien ne

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trahit des alarmes chez tous ceux que cette révolution menace: il est vrai que Bonaparte ne perd pas un moment pour leur donner des

témoignages d'une insidieuse cordialilé. Se 1799trouve-t-il en présence d'hommes tels que Chénier et Daunou, il ne leur cache pas qu'il aspire au rôle de Washington, mais en le partageant avec Syeyès. Le jour le plus beau ,de sa vie, ajoute-t-il, sera celui où il sortira du pouvoir. Devant Rœderer ou Boulay de la Meurthe, il trouve le rôle de Cromwell ignoble, parce que c'est celui d'un imposteur, d'un tartufe". Devant tous les amis de Syeyès, il rend hommage à ce génie profond devant lequel Mirabeau se prosternait; pour lui, il ne veut que courir aux armées, il n'entend rien aux combinaisons législatives. Devant tous les partisans des doctrines du Manège, il s'exprime en des termes qui rappellent assez bien ceux de cet ordre du jour par lequel il donna le signal de la journée du i8 fructidor; il se justifie devant eux de voir des hommes tels que Talleyrand et Rœderer; c'est pour mieux pénétrer leurs secrets. Le 7 novembre il annonce qu'il passera le lendemain une revue générale de la garnison de Paris; au sortir de cette revue il partira pour la frontière : ce prétexte lui sert pour recevoir à diverses heures de la nuit les généraux sur lesquels il peulcompter. Chacun

1799- d'eux est averti pour une heure differente; il reçoit l'assurance de leur dévouaient sans leur faire part de ses desseins. Que fera-t-il de Barras? il n'en veut ni pour victime ni pour complice; déjà il lui a enlevé ses partisans , ses amis; en l'isolant, il le renverse. Mais comment tromper la surveillance des deux Directeurs qui restent fidèles à la cause du Manége et du Conseil des Cinq-Cents. Bonaparte choisit le genre d'expédient le plus propre à faire tomber tous les soupçons; il écrit un billet amical àGohier, président du Directoire, et s'engage lui-même à dîner chez lui avec sa famille pour le lendemain, i8 brumaire. Une démarche si ouverte préparait le succès d'une autre ruse plus propre à ses desseins. Le même soir, madame Bonaparte invita Gohier et sa femme à déjeuner, pour huit heures du matin, sous prétexte de l'entretenir de choses très intéressantes. Pour cette fois Gohier conçut quelque alarme, et n'envoya au rendez-vous que sa femme. La pensée du général était sans doute de faire au Directeur des offres très brillantes de fortune, et s'il le trouvait inébranlable, de le tenir en chartre privée.

Syeyès, de son côté, montrait la même force de dissimulation.Afin de rendre moins sus- 1799pecte sa sortie du Luxembourg au signal convenu, il prenait depuis plusieurs jours des leçons d'équitation dans la cour de ce palais, et supportait fort patiemment les risées que se permettait le directeur Barras sur l'allure de cet écuyer novice. Cependant le Conseil des Anciens avait été . # convoqué pour une heure qui annonçait des † . mesures extraordinaires ; c'était à sept heures 17o9 du matin. Les conjurés s'y étaient rendus avec diligence; les autres s'arrachaient avec peine aux douceurs du sommeil. Régnier s'était chargé d'ouvrir l'attaque; il était forcé de s'énoncer dans des termes fort obscurs, car il ne fallait pas laisser connaître, et peut-être lui-même ne connaissait-il pas toute l'étendue du plan qu'on se proposait de suivre; mais il parla de dangers imminens, d'une conspiration découverte, de la nécessité de se rallier contre les progrès de l'anarchie, contre le terrorisme renaissant, et de prendre des mesures énergiques pour rendre à nos armées toute leur gloire et pour rentrer dans toutes les conquêtes. Le nom de Bonaparte, prononcé avec assurance, avec emphase, était pour les députés non initiés la seule clef de

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