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i796. tenue par la terreur, venait d'être illustrée plutôt qu'affermie par la gloire des armes. Une constitution gué le canon du i3 vendémiaire avait déjà mutilée à sa naissance, comptait quinze mois d'une existence assez paisible. Quinze mois! On admirait cette longévité; l'œuvre de l'Assemblée Constituante ne s'était traînée jusqu'au i o août qu'au milieu des affronts; et, quant à la Constitution de 1793, on n'avait pas même essayé de faire marcher le monstre. Un besoin commun de repos et la nécessité de se défendre contre les héritiers peu nombreux, mais opiniâtres, deMarat et de Roberspierre, avaient été le plus fort ciment de la tranquillité intérieure dans les deux Conseils; les débats n'avaient eu que peu de violence; et, après avoir été opprimé de l'intérêt trop dramatique des trois premières Assemblées , on avait le bonheur de trouver celles-ci quelquefois ennuyeuses. La conduite de la minorité, qui inclinait vers les opinions royalistes, avait été un chef-d'œuvre de patience et d'adresse. Les chefs de cette minorité avaient senti qu'il fallait attendre non en silence, mais sans tumulte, l'époque où un nouveau tiers allait remplacer l'un des deux tiers conventionnels. On était sûr de l'élection , car l'opinion royaliste étendait ses conquêtes; on de- 1796. vait craindre, par trop d'impatience, d'exciter les ombrages du Directoire et de la.majorité. · La plupart des Conventionnels n'avaient État des perdu ni les habitudes, ni le ton, ni l'esprit † de la terrible montagne. Tallien, qu'ils dé- §. •# testaient, faisait tout pour recouvrer leur fa-" veur. Ils parlaient de la Constitution avec froideur et mépris. Chacune de leurs paroles faisait connaître combien leur était importune cette barrière opposée à leurs violences. . Ils frémissaient de rage en voyant que leurs dénonciations n'étaient plus suivies d'arrêts de mort; ils s'ennuyaient de parler toujours de terreur sans la produire. D'autres Conventionmels, qui n'avaient pas une même origine, et qui, dans un long combat et de longs malheurs, s'étaient fait une habitude de maudire la montagne, n'en vivaient plus très éloignés. Ceux-ci respectaient et aimaient la Constitution, mais ils veillaient avec prédilection à la défense des lois révolutionnaires dans lesquelles ils voyaient les plus solides remparts de la république : Louvet et Chénier étaient - les principaux organes de ce parti. Louvet, qui dans la Convention s'était

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montré un courageux antagoniste de Ro-
berspierre, portait plus de sincérité que
de réflexion dans son républicanisme ; après
la honteuse et coupable défection de Ver-
gniaud, de Guadet et de quelques autres
Girondins, il avait persisté à s'abstenir du
vote régicide. Lui qui, dans un roman li-
cencieux, avait peint, caressé, propagé la
corruption d'un siècle frivole , il voulait
maintenant se monter au niveau des plus
austères personnages de l'antiquité. Qu'ar-
riva-t-il d'un tel dessein conçu par un esprit
d'une telle légèreté? C'est que Louvet, dans
la seconde partie de sa carrière politique,
c'est-à-dire sous le Directoire, ne fut plus qu'un
esprit défiant, tracassier et vulgaire. A force
de voir partout des royalistes, il contribua
beaucoup à en augmenter le nombre.
On pouvait s'étonner que Marie-Joseph Ché-
nier, quoique jeune encore, n'eût joué qu'un
rôle secondaire dans la révolution. Le début
de sa carrière littéraire avait été plus orageux
que brillant. Dans la franchise de son orgueil,
il avait montré des prétentions pour cette su-
prématie dont Voltaire avait laissé l'héritage
vacant, Sa célèbre tragédie de Charles IX,
écrite avec plus de correction et de goût que

d e vigueur et de verve, avait obtenu un succès 1796. de parti, mais elle avait provoqué des critiques amères; il en eut le cœur ulcéré, et sa haine pour les rois, les prêtres et les grands ne connut plus de frein. Il prit une telle part à la journée du i0 août qu'il fut trouvé digne d'entrer dans la Convention. Quoique d'un caractère irascible et violent, il prit le parti de la neutralité entre les Girondins et leurs ennemis. On ne sait quelle passion ou quel calcul put lui suggérer un vote régicide; il en porta bientôt la peine; car la Convention lui décerna le rôle de panégyriste de Marat, et il le remplit. On lui commanda des discours ou des hymnes pour les fêtes hideuses de la révolution , il les fit avec docilité, mais vraisemblablement avec ennui, car on n'y trouve aucune étincelle de talent. Au théâtre, il donnait à ses tragédies une teinte uniforme d'un républicanisme philosophique, qui n'avait été celui d'aucune époque de l'antiquité; . cependant on pouvait à divers traits reconnaître en lui l'intention d'arrêter l'instinct sanguinaire et barbare de ses collègues; son style acquérait plus d'éclat et de fermeté. Plusieurs scènes de sa tragédie d'Henri P^III peuvent soutenir le parallèle avec celles qui

1796. ont élevé si haut la gloire de notre théâtre. Le choix qu'il fit de Timoléon pour sujet de l'une de ses tragédies fut malheureux. On lui reprocha d'avoir voulu intéresser pour un fratricide républicain, dans le moment où son frère était dénoncé aux bourreaux comme royaliste; cependant ce fut cette même tragédie qui, attirant sur lui le courroux de Roberspierre et des autres décemvirs, le priva des moyens qui pouvaient lui rester encore de soustraire son frère à leurs coups. La représentation de cette pièce fut interdite avec un éclat qui annonçait la proscription prochaine de l'auteur. André Chénier fut conduit à l'échafaud, comme nous l'avons vu, deux jours avant la mort du tyran que son frère venait d'offenser. Peu de temps après le 9 thermidor, quoique Marie-Joseph Chénier eût concouru avec assez de zèle aux suites heureuses de cette journée, un écrivain royaliste lui appli. qua ce mot terrible : « Caïn, qu'as-tu fait de « ton frère ? » Cette accusation injuste perça . le cœur de Chénier, et le soin de repousser cette calomnie fut un nouvel aiguillon pour son talent. Il eut recours aux armes de la satire, et sut en user avec goût, avec esprit, et même avec une teinte d'originalité qu'on

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