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il entraînait avec lui MM. Fargues, Cornet, 1799Lemercier, Cornudet, etc., tous membres du Conseil des Anciens.

J'ai déjà parlé de la loi des otages et de L»» des

J r ° . otages et de

celle de l'emprunt forcé; il importe de faire rempr«nt forconnaître leurs effroyables et absurdes dispositions. La loi des otages déclarait les parens d'emigrés et les ci-devant nobles, à l'exception de ceux qui avaient rempli des fonctions à la nomination du peuple, en état de guerre intestine avec le gouvernement : elle les rendait, sous le nom d'otages, personnellement responsables de tous les attentats contrerévolutionnaires. Ils devaient être arrêtés partout où éclaterait un trouble civil, et déportés s'il se commettait un meurtre sur la personne des républicains, soit soldats, soit fonctionnaires publics. Chacun d'eux était condamné à une amende de cinq cents francs pour toute espècede délit contre-révolutionnaire. On voit que cette loi des otages n'était autre chose que la loi des suspects développée et, rendue plus odieuse encore; il était impossible qu'elle n'appelât point, au bout d'un certain intervalle, le règne des échafauds. Ainsi la terreur reparaissait avec tout ce qu'elle avait eu de plus sinistre. Les nouveaux représentans du

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peuple n'avaient su que copier leurs devanciers d'exécrable mémoire ; la révolution semblait condamnée à rouler dans le cercle monotone de ses vieilles et désastreuses inepties. L'imprudence de cette loi égalait son atrocité ; elle forçait tous les royalistes, tous les nobles même les plus timides, même

, les plus enclins aux calculs de la peur et

de l'égoïsme, à venir se ranger sous l'étendard des lys relevé dans la Bretagne, constamment arboré dans l'Anjou et le Poitou, et qui déjà flottait dans la Normandie, la Touraine et même l'Orléanais. Dans les provinces du midi les royalistes ne pouvaient non plus manquer ni de refuge ni de ralliement; il est constant aujourd'hui que sans la journée du 18 brumaire la guerre civile, sous la forme redoutable de la chouanerie, allait couvrir tout le midi, et que bientôt elle eût étendu ses ramifications jusque dans l'ouest et le nord, plus soumis ou plus résignés à la révolution; cette guerre était unevoie ouverte, mais une horrible voie, pour le retour à la légitimité. Un tel dénoûment n'aurait pu s'opérer que par des commotions épouvantables. Deux millions d'hommes déjà moissonnés dans les troubles de l'ouest, annon

t

çaient ce qu'aurait coûté cette horrible lutte si elle se fût prolongée quelques années enCOre. j2

La loi de l'emprunt forcé se peignait par son nom même. Un emprunt forcé ! cette alliarce de mots ne s'était jamais offerte qu'à l'esprit de quelques brigands qui voulaient pallier ou plutôt égayer leurs vols. Un emprunt ! et l'on sortait d'une banqueroute, et l'État confessait un déficit qui, après avoir été de 55,ooo,ooo trois mois auparavant, était maintenant déclaré de 12o,ooo,ooo par le gouvernement lui-même. A ce titre d'emprunt forcé il fallait joindre encore le titre d'emprunt progressif les proportions enétaient énormes pour toutes les fortunes qu'on supposait élevées : on ne les estimait d'après aucun renseignement positif; tout était laissé à l'arbitraire des administrations, et celles-ci n'avaient que la voie des délations pour établir leurs taxes. Les nouvelles fortunes, celles qui naissaient de la révolution même, étaient atteintes avec une rigueur aussi impitoyable que les fortunes anciennes, possédées en général par les ennemis de cette révolution. Le gouvernement faisait ainsi la guerre à ses propres partisans : l'effet d'une telle loi n'avait point

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1799. tardé à se faire sentir ; le numéraire était caché avec le même soin que lorsqu'il étaiben présence des assignats ; le crédit public était tombé dans un si horrible avilissement, que le tiers consolidé, ce malheureux reste échappé à la plus infâme banqueroute, n'avait plus cours qu'à 7 ou 8 pour cent de sa valeur.

D'après ce tableau général des esprits, on ne s'étonnera plus qu'aucun des Directeurs n'eût osé considérer Bonaparte comme un transfuge de l'armée de l'Orient, ni lui reprocher d'avoir violé les lois sanitaires du pays. Une mesure sévère prise contre le conquérant de l'Italie et de l'Egypte aurait excité une réprobation générale, et décidé une catastrophe violente. Son rôle était de voir venir à lui les chefs des différons partis, et de les tromper, non par des engagemens positifs, mais par des paroles insidieuses.

Jusque-là toutesles conspirationsavaient été faites à haute voix, à la tribune même desclubset des assemblées; il en fallait une d'un nouveau genre pour abuser tant d'hommes versés dans la tactique révolutionnaire. Bonaparte convenait parfaitement à ce rôle: né du sang italien, dans une île où se conservaient encore les mœursitaliennesdu quinzième siècle, façonné aux stratagèmes militaires, aux expédiens de 1799la politique, il avait une supériorité marquée sur tous les Français, et peut-être sur tous les hommes, dans l'art de la dissimulation. Il eut soin de se prodiguer peu, d'éviter les acclamations publiques, et de se dérober au triomphe qui lui aurait été décerné au spectacle. Cet homme, qui venait de ressusciter en quelque sorte la puissance des soudans de l'Egypte, habitait un fort modeste appartement dans la rue Chantereine ; sortait peu, et toujours avec l'uniforme de membre de l'Institut; recevait avec même cordialité les savans, les artistes, les ministres, les généraux et les Directeurs: les maux de la patrie semblaient l'avoir plongé dans une mélancolie profonde. En vain les deux directeurs Gohier et Moulins s'empressaient-ils, soit officieusement, soit pour rabaisser son orgueil, de lui vanter le triomphe décisif de Masséna à Zurich , et les nouvelles victoires du général Brune sur le duc d'York ; Bonaparte affectait de ne pouvoir se consoler de l'Italie perdue. Toutefois il éloignait avec soin toute proposition d'un commandement qui l'eût éloigné de la capitale. Il fut question, parmi les Directeurs, de faire à son ambition trop pressentie

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