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1799. Les sentimens politiques de Bernadette n'étaient pas faciles à saisir; il est probable qu'ils avaient un peu varié suivant les vues de son ambition. A l'armée, les divisions qu'il commandait affectaient une certaine indépendance dans leurs propos, et semblaient n'être pas fâchées d'un certain renom de royalisme et d'aristocratie. Ce général avait des talens supérieurs, que la fortune n'avait point encore assez mis en évidence; aussi témoignait-il envers ses émules de gloire de l'inquiétude et de la jalousie. On l'avait nommé ministre de la guerre vers l'époque des grands désastres. Syeyès l'ayant jugé indocile à ses desseins, et peut-être favorable à ses ennemi j, avait su réconduire du ministère. Bernadette n'avait pas pardonné cette offense ; peu content du rôle qu'il avait joué sous Bonaparte à l'armée d'Italie , il se sentait ami de l'égalité tant que Bonaparte dominerait.

L'influence du parti jacobin avait fait renvoyer depuis peu M. de Talleyrand du ministère ; jamais il n'avait cessé d'être un royaliste aux yeux de ce parti : il faut convenir cependant qu'à cette époque son royalisme était assez bien'déguisé. Les clameurs des clubs l'inquiétaient dans sa retraite, et l'on ne se

persuadait pas qu'elle pût être exempte de toute
intrigue. Comme il avait conçu la première
idée de l'expédition d'Égypte et qu'il avait pro-
mis de l'appuyer par une ambassade à Constan-
tinople, mission qu'il s'était bien gardé de
remplir, il pouvait craindre le ressentiment
du général qui revenait triomphant de son
exil ; mais Bonaparte était sans colère contre
les hommes habiles dont il pouvait se servir :
la plus parfaite intelligence s'établit entre eux.
Madame de Staël était alors absente de Paris ;
elle n'y revint que pour voir le triomphe de
Bonaparte, et son chagrin fut égal à la joie de
M. de Talleyrand.
· Les généraux Jourdan et Augereau avaient
maintenant leurs postes de retraite au Conseil
des Cinq-Cents : l'un et l'autre y exerçaient
beaucoup d'empire, mais à des titres dif-
férens. Les revers de Jourdan n'avaient pu
faire oublier en lui le vainqueur de Vatignies,
de Fleurus et de la Chartreuse. Il parlait peu
dans les affaires de parti, et se réservait les
vues d'administration. C'était lui qui avait fait
passer la loi de conscription qui fondait le
régime militaire de la France; cette loi dont
Bonaparte depuis fit un si impitoyable usage.
Augereau venait de signaler son pouvoir et

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1799. sa vengeance en aidant à renverse,;, dans la journée du 3o prairial, deux de ces Directeurs qu'il avait fait triompher au 18 fructidor. Augereau et Jourdan croyaient encore à la destinée éternelle de la République.

Le ministre de la justice, Cambacérès, homme d'esprit, jurisconsulte distingué et, quand il l'osait, homme d'état judicieux, avait rétréci ses talens par toutes les petites ruses de la circonspection; la terreur et l'anarchie comprimaient son caractère : il se montrait un tout autre homme , lorsqu'il avait dans le calme à développer des idées d'ordre public. J'ai parlé tout à l'heure du secours inespéré que Fouché avait donné aux amis de l'ordre contre les partisans de l'anarchie. Rien ne lui était maintenant plus insupportable que sa réputation de vieux Jacobin. A peine avait il touché le pouvoir, que sa haine pour le despotisme était fort amollie. Doué d'une sagacité peu commune, il ne lui fut pas difficile de distinguer entre Bonaparte, Syevès et Barras, à qui devait rester le pouvoir; il se donna tout au premier, même avant d'en être recherché, et ses services furent d'autant plus appréciés que Bonaparte le? avait moins demandés. On voyait figurer dans les emplois muni

cipaux et administratifs Réal et beaucoup d'au-
tres fiers républicains, très résignés à suppor-
ter un maître qui les comblerait de biens et
d'honneurs. -
Tel était l'esprit des hommes qui occupaient
alors les plus hauts emplois de la République.
Examinons maintenant l'esprit des deux Con-
seils. Celui des Cinq-Cents était vivement
agité des passions et surtout des terreurs
révolutionnaires. Cependant les membres
de la Convention n'y figuraient plus qu'en
petit nombre. Les principaux orateurs, dont
la France apprenait les noms, n'avaient pas
figuré dans les scènes sanglantes, ou n'y
avaient joué qu'un rôle obscur et secondaire.
Parmi les plus fougueux, on citait MM. Briot,
Destrem, Grandmaison; ils n'eurent pas le
temps d'acquérir de la célébrité, et ne durent
pas le regretter. Leurs propositions étaient
assez violentes pour que Chénier eût passé
du parti des modérés. Lucien Bonaparte,
après avoir montré un peu d'emportement,
s'était rallié à ce dernier parti, et il avait
aidé puissamment à cette journée qui avait
renversé deux des Directeurs, auxquels il re-
prochait le brillant exil de son frère en Égypte.
Le nom qu'il portait ajoutait un grand effet à

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ses discours; sans être encore un orateur consommé, il s'exprimait avec feu, grâce et facilité. MM. Daunou, Cabanis, Émile Gaudin et Boulay de la Meurthe, figuraient aussi parmi cette nouvelle espèce de modérés ; ils étaient dans une minorité à peu près constante. Le Conseil des Anciens cherchait, même après avoir fait des concessions fâcheuses, à former une digue au torrent révolutionnaire qui allait recommencer son cours. L'orateur le plus puissant dans ce Conseil était M. Régnier, qui, membre de l'Assemblée con

stituante, avait d'abord suivi avec plus de

courage que d'éclat la ligne honorable tracée par MM. Mounier et Malouet. Rentré dans les assemblées délibérantes après un assez long intervalle, il n'y avait montré d'abord qu'une circonspection timide ; mais il sut, comme je l'ai dit, s'en écarter au 19 fructidor, pour s'élever avec force contre la proscription de ses collègues. Son nom était devenu odieux aux Jacobins; ses périls l'avertissaient de prendre une marche hardie et décidée. Voué à l'étude des lois, dans laquelle il était profondément versé, il sut, aux approches du 18 brumaire, se faire homme d'état et jouer

- un rôle actif dans une conspiration salutaire :

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