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1799- Abercrombie, qui depuis se distingua dans une expédition contre l'Egypte, et y mourut, commeGastou-de-FoixetGustave, auseindela victoire, dirigeait les opérations. Après deux actions générales qui avaient été à l'avantage des Anglo-Russes, le général Brune rassembla toutes ses forces pour une bataille décisive. Elle s'engagea à Berghen. Le 20 septembre, vingt-cinq mille Français et Bataves y battirent complétement quarante mille Anglais et Russes. On peut juger de l'étendue de cette victoire par la capitulation que signa un mois après le duc d'York, qui avait été chassé sans relâche jusqu'au fond de la Nord-Hollande. 1l s'engagea à évacuer en totalité tous les forts qui pouvaient lui rester dans la République Batave ; à rétablir celui du Helder, et enfin à rendre, sans compensation, dix mille prisonniers français et bataves détenus en Angleterre.

Si de tels succès ne causèrent point en France toute la joie qu'ils semblaient devoir exciter, il faut bien moins en accuser la nation que les maux intérieurs auxquels elle était en proie, et dont elle n'osait plus espérer le remède. L'anarchie, accrue par les revers, ne pouvait plus se guérir par les victoires. La

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guerre civile organisée dans plus de vingt départemens; des révoltes qui s'annonçaient dans plusieurs; le brigandage qui se répandait dans presque tous; le vol et l'assassinat commis avec impunité sur un grand nombre de routes; deux lois terribles, celle des otages et celle de l'emprunt forcé, qui appelaient plus de maux qu'elles n'en pouvaient prévenir; un désordre de finances tel qu'aucune nation n'en avait jamais supporté; une succession de banqueroutes partielles qui prolongeaient l'opprobre de la banqueroute générale; le trésor public pillé sur tous les chemins, dans les maisons même des receveurs, et dont le vide ne pouvait se remplir, même par les plus violentes exactions; un Directoire manquant tout à la fois de force, de concorde et de volonté ; deux Conseils divisés, dont chaque jour et chaque événement nouveau faisait et défaisait la majorite ; les Jacobins toujours prêts à ressaisir leur règne terrible; les royalistes recourant sans scrupule à tous les moyens que pouvait leur fournir la vengeance; les paisibles amis des lois réduits à garder entre ces partis la honteuse neutralité de la faiblesse: tel était l'était de la France, lorsqu'on apprit que Bonaparte avait débarqué à Fréjus!

1799.

Dans l'exposé que je vais faire des causes et de la marche progressive d'un événement qui fut la dernière journée de la révolution, je prie qu'on me pardonne de revenir sur plusieurs faits déjà indiqués ; je dois m'attacher à ceux qui peuvent servir de lien à des événemens compliqués, dont le théâtre va

· rie sans cesse. Il m'importait d'en frapper l'es

Retour de

Bonaparte, ef

fet qu'il produit.

prit à différentes reprises pour obtenir un
centre d'unité ; je prie en outre qu'on me
pardonne la familiarité des détails où je vais
entrer. La grandeur de l'événement s'annonce
par ses résultats; mais, si l'événement a de
petits mobiles, pourquoilestaire ?Nous allons
trouver beaucoup de petites fraudes dans une
conspiration conduite par un homme d'un
génie supérieur. Un historien italien, tel que
Machiavel ou Davila, serait charmé d'avoir à
exposer ces ruses de la politique; pour moi je
le fais avec regret, mais avec fidélité.
La victoire d'Aboukir avait fourni à ce
général le prétexte dont il était avide pour
retourner en France, et déjà il avait pris ses
mesures pour qu'une relation magnifique de
cette journée précédât le bruit de son retour ;
c'était avec le plus profond mystère qu'il
avait quitté une armée déportée, en quelque

sorte, à cause de lui seul. Quelques généraux ou officiers, qui vivaient dans sa plus étroite intimité, et quelques savans étaient ses seuls compagnons de voyage. En partant, il avait laissé le commandement au général Kléber; sa dernière proclamation à ses soldats leur annonçait qu'il venait chercher pour eux le secours d'un puissant armement. Il mit à la voile le 22 septembre avec les frégates la Muiron et la Carrère, et deux petits bâtimens. Les Anglais dominaient tellement sur cette mer , leurs croisières y étaient si nombreuses, et Sidney Smith qui les commandait était si vigilant dans sa haine nationale, que Bonaparte n'avait jamais mis sa fortune à une plus grande épreuve. Les vents secondèrent un homme qui comptait sur le destin , et dont la Providence voulait se servir. La traversée fut parfaitement heureuse; on n'eut à éviter la rencontre d'aucun

vaisseau anglais. Le 9 octobre, les frégates

· mouillèrent dans le golfe de Fréjus. Au nom de Bonaparte une ivresse générale se manifeste; avec lui on est déjà sûr de ressaisir la victoire, et, ce qui touche beaucoup plus tous les cœurs, d'être délivré de l'anarchie. Ne

vous attendez pas qu'il recule l'exécution de

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1799 ses grands desseins, en se conformant à la loi si -jénérale et si absolue de la quarantaine. Les acclamations redoublent sur son passage; tout une population qui se précipite sur ses pas semble lui défe'rer la dictature. L'espèce de miracle qui l'a fait passera travers les croisières anglaises donne à l'enthousiasme la force d'une superstition. C'est à Lyon surtout que cestransportséclatentsans mesure; cette ville, après avoir été la plus glorieuse et la plus déplorable victime de la terreur, achevait de mourir sous les coups de l'anarchie ; elle comprenait qu'un grand général d'un caractère absolu portait du moins l'ordre avec lui. Dès que la dépêche télégraphique qui annonçait l'arrivée de Bonaparte à Fréjus fut connue, Paris, qui, depuis le 18 fructidor, opprimé par d'ineptes tyrans, craignait de tomber sous des tyrans plus ignobles et plus odieux encore, n'eut plus d'autre pensée que de chercher le repos sous l'abri de la gloire. Les âmes étaient tellement froissées, qu'on pensait au salut plus qu'à la liberté.

Mais voyons quelles étaient les dispositions des dépositaires du pouvoir, et commençons par les PenLirques.

Barras était le seul qui, dans la journée du

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