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Korsakow s'était retiré, et où il avait cru ar- 1799rêter l'impétuosité des Français en formant un bataillon carré de quinze mille hommes. L'artillerie renverse, comme à Fontenoy, cette colonne. Les rangs sont éclaircis et ne peuvent se reformer. Les Russes se pressent les uns sur les autres : leur immobilité les laisse sans défense contre la baïonnette des soldats français. Enfin on les pousse jusque dans les faubourgs de Zurich : on les y poursuit. Déjà la ville est sommée de se rendre; le commandant s'y refuse. La nuit s'avance: si elle suspend le combat, c'est pour le rendre encore plus terrible. Le lendemain, les Russes se rallient et rassemblent leurs bataillons derrière Zurich. Dès le crépuscule, l'action se rengage. Les Français ont dû le succès de la veille à leur discipline; Masséna permet tout aujourd'hui à leur impétuosité. Le prix de la gloire entre tous les braves est à qui entrera le premier dans Zurich. Le général Oudinot l'obtient. Il fait enfoncer la porte de Bade. D'autres pénètrent d'un côté opposé. La ville est emportée, les Russes sont poursuivis de rue en rue; leur résistance rend plus acharnés les soldats français. Au milieu des horreurs inséparables de cette multitude de combats

1799. dans une ville prise d'assaut, peu d'habitans de Zurich perdirent la vie. Mais la fatalité la plus cruelle, ou l'aveugle férocité d'un soldat, priva cette ville du pasteur le plus propre, par ses vertus, par son zèle ardent et par le feu de son imagination , à consoler la Suisse dans ces jours malheureux.

Quand chaque habitant, glacé de terreur, se tenait renfermé dans sa maison, le célèbre Lavater sortit de la sienne. Il regardait comme un devoir de son saint ministère de chercher à adoucir les vainqueurs, de sauver où les citoyens ou les guerriers qui pouvaient être menacés. Tout devait lui faire espérer le succès de cette courageuse mission : une figure imposante que la vieillesse avait rendue encore plus auguste, et qui annonçait les inspirations du génie, ajoutait à l'effet de ses discours éloquens. Il était au milieu d'un groupe de vainqueurs et de vaincus ; son bras s'étendait sur les derniers, comme pour les protéger; il offrait aux premiers quelques rafraîchissemens, lorsqu'un coup, porté par je ne sais quel barbare, priva l'humanité de ce pasteur vertueux. Toute l'armée gémit de ce malheur. Il ne paraît pas que la victoire ait été souillée par un grand nombre de meurtres de ce genre.

Quel fut le désespoir de Souwarow en ap- 1799. prenant un désastre qu'il était si loin de prévoir ! Au lieu de trouver une armée qui, depuis le commencement de la campagne, n'avait obtenu que des succès, et à la tête de laquelle il s'était flatté de traverser la Suisse et de marcher en conquérant sur Paris, il faut qu'il dispose sa propre retraite et qu'il fuie sans avoir été vaincu. Il ne peut s'y résoudre; il s'emporte, il menace ; il ordonne au malheureux Rorsakow de tenter encore avec les débris de son armée un nouveau combat; Korsakow obéit; il est vaincu une seconde fois. Masséna se porte avec rapidité vers l'aile que commande le général Lecourbe, et qui va poursuivre Souwar6"w. Déjà l'on se flatte à Paris de voir arriver prisonnier le héros russe qui s'est rendu l'Annibal de la nouvelle! République; mais ni son courage ni ses talens militaires ne l'ont abandonné dans cette situation presque désespérée : il combat à chaque poste; il se défend sur chaque montagne ; souvent il est obligé d'abandonner son artillerie} quelquefois il ne peut secourir des corps qui sont assaillis par des forces supérieures. Enfin il revoit l'Italie, le théâtre de sa gloire, où il ne ramène que treize mille combattans iodi

1799- gnéscomme lui. Le ressentiment de Sou warow contre les inepties ou les perfidies du cabinet autrichien fut bientôt partagé par son maître, et devint aussi fatal à la coalition que ces nouveaux revers.

Le résultat de ces différentes batailles fui, suivant le rapport du général Masséna, environ dix-huit mille prisonniers, dont huit mille blessés, plus de cent pièces de canon, treize drapeaux, quatre généraux prisonniers, cinq tués, la reprise du Saint-Gothard, de Glaris et des vallées qui y débouchent. La perte totale des ennemis s'éleva à plus de trente mille hommes.

Défaites des Presque dans le même temps la coalition e".1"éprouva dans la Hollande une défaite humiliante pour les Anglais et les Russes, qui avaient été ses principaux moteurs. Le cabinet de Londres avait tout espéré de l'invasion de ce pays. Jamais un armement plus formidable ne s'était préparé dans les ports britanniques; mais le commandement en avait encore été confié au duc d'York, qui malgré ses nombreux revers était encore chéri de l'armée anglaise. Les Français, dont les forces étaient partagées par tant de périls divers, n'avaient pu laisser dans la République Bal ave qu'un corps de troupes peu nombreux., com- 1799 mandé par le général Brune. Celui-ci avait de plus sous ses ordres les troupes bataves, dont le général Daendels avait le commandement particulier.

Dans les derniers jours du mois d'août 1799, la flotte britannique, au nombre de cent cinquante voiles, parut devant la rade du Texel. Vingt mille hommes débarquèrent à la pointe du Helder. Ils se rendirent maîtres des batteries. Ce premier succès leur en valut un autre plus facile encore, et beaucoup plus important. Ils s'emparèrent, sans tirer un coup de canon, de toute la flotte batavequi était dans' le Texel.

Les Anglais, appuyés par une division de Russes débarqués dans la Nord-Hollande, réussirent d'abord dans toutes leurs entreprises, mais lentement, et avec plus de diflicul té qu'ils ne l'avaient calculé. L'armée de terre des Hollandais, animée par le patriotisme du général Daendels, disputa le terrain, et apprit au duc d'York qu'il lui faudrait bien des victoires pour s'ouvrir le chemin d'Amsterdam. Ce prince avait évité jusque-là les fautes qui lui avaient occasionné de sanglans revers dans la Flandre maritime. Un militaire distingué, le général

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