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i7pg. succèdeut à ce tumulte belliqueux. Joubert a reçu une balle qui l'a atteint au cœur. On l'a vu tomber de cheval; sa voix s'est ranimée pour prononcer ces mots : Marchez toujours. Déjà le héros n'est plus. Les soldats consternés aperçoivent Moreau, et Moreau sera encore une fois leur général. L'action est si vivement engagée, que les combinaisons militaires semblent suspendues des deux côtés. La plus grande chaleur du combat est auprès du poste de Novi, que les Français défendent avec toute leur bravoure, qu'ils abandonnent, qu'ils reprennent, et d'où le général Moreau se retire enfin après avoir essuyé et fait souffrir aux ennemis une perte énorme, après avoir eu un cheval tué sous lui et ses habits criblés de balles. Mais en se retirant il a été forcé de se séparer des corps que commandent les généraux Pérignon, Grouchi et Colli. Souwarow se jette avec impétuosité sur Novi, où ces corps se sont réfugiés. Il en fait enfoncer les portes à coups de canon. Il fait une multitude de prisonniers, parmi lesquels sont les trois généraux que je viens de nommer, et qui n'ont cessé de se battre que lorsque leur sang est presque épuisé par leurs blessures. Malheureusement la bravoure du héros tartare, surtout à la fin du combat* ressemblait à la rage. 1799. Sa victoire fut souillée par le massacre d'un grand nombre de Français qui rendaient les armes. Jamais Bonaparte n'avait cédé à cette indigne furie. Cettebataille, unedesplusmeurtrièresquise soit donnée depuis l'invention de la poudre, et où la perte des Français fut évaluée à près de vingt-cinq mille hommes par les alliés, qui avouèrent de leur côté plus de quinze mille hommes tués ou blessés, ne valut à ces derniers que la conquête des forteresses du Piémont qui leur résistaient encore. Il leur fallut, pour se rendre maîtres de Coni, remporter sur le général Championnet une nouvelle victoire, qui fut vivement disputée; tout le territoire de Gênes fut conservé.

J'ai dit enfin la dernière défaite des Fran- Baume de çais. La fortune change, l'esprit de discorde qui vient toujours arrêter les coalitions triomphantes s'est répandu sur les alliés. Souwarow, vainqueur dans tant de journées mémorables, est comblé d'honneurs ; la reconnaissance de son souverain ne lui laisse rien à envier. Mais le cabinet de Vienne, soit par quelque jalousie , soit par esprit de domination, trace, pour la fin de cette campagne, des plans qui ne s'accordent plus avec les opérations de Souwa

row. Il n'est plus maître de chercher lui-même le fruit qu'il peut tirer de ses victoires. On dispose de son armée, il faut qu'il abandonne l'Italie aux deux généraux autrichiens Kray et Mélas, qui l'ont aidé à la conquérir, et qu'il se rende en Suisse, où déjà un corps d'armée russe est venu fortifier l'archiduc Charles. Mais ce prince victorieux va-t-il servir sous les ordres du héros russe qui vient d'éclipser sa gloire ? Soit que la jalousie fût allumée entre les deux généraux, soit qu'elle n'existât qu'entre les deux cabinets, on vit avec étonnement l'archiduc Charles quitter Zurich avec l'élite de son armée pour aller à la rencontre du général français Muller, qui faisait une fausse attaque sur Philisbourg, tandis que Souwarow, désespéré de quitter l'Italie, s'avançait vers Zurich à marches forcées, à travers les montagnes, les rochers et les précipices. Ainsi il se trouva un intervalle de près de troissemaines où les armées victorieuses des alliés n'eurent plus de centre nide point d'appui. Ce mouvement n'échappa point à un général aussi vigilant et aussi intrépide que Masséna. L'armée battue à Stockach, et qui s'était retirée sur la Suisse, lui avait été confiée; il avait disputé ardemment à l'archiduc Charles, vainqueur, chaque pouce de terrain 1799. sur le territoire helvétique, et après dix combats il avait à peine reculé de dix lieues. Il se garda bien de troubler les opérations discordantesde la ligue en annonçant trop tôt l'intention d'en profiter. Il a rassemblé ses forces; il se dispose à reprendre dans Un seul jour tout le terrain qu'il n'a cédé qu'en quatre mois de combats. Il a chargé le général Lecourbe de s'opposer à la marche de Souwarow. La plupart des mémoires militaires s'accordent à donner les plus grands* éloges à la conduite du général russe au moment où la victoire s'apprête à abandonner ses drapeaux. On rapporte que, se disposant à attaquer un poste de Français qui défendait le Saint-Gothard, et voyant ses soldats interdits à l'aspect de ces cimes encore chargées de glaces et de neiges, il ranima leur courage par un trait qui caractérise à la fois lui et son armée. Il s'arrête, se jette ou tombe par hasard dans un fossé plein de fange, et dit en se relevant à ses soldats: « Voilà comme vous serez tous si vous laissez « échapper la victoire. »

Souwarow avait déjà emporté le poste du mont Saint-Gothard et plusieurs autres non moins importans. Il n'était plus qu'à peu de 1799. distance de l'armée de son compatriote Rorsakow, qui venait former une aile de l'armée de l'archiduc Charles. Souwarow devait en prendre le commandement, et déjà il se flattait, après avoir chassé les Français de la Suisse, de pénétrer en France par la Franche-Corn té, et il espérait terminer la campagne avec Paris; lorsque Masséna commença l'opération la plus importante et la plus heureuse de toute la campagne. Le 23 septembre i799, il avait fait une attaque générale contre tous les postes de l'armée des alliés. Par ses habiles manœuvres, il avait entièrement séparé le corps autrichien commandé par le général Hotze; et surtout il lui avait rendu impossible toute jonction avec Souwarow. Hotze, au désespoir, imite le dévouement du général Joubert, et, comme lui, est tué au commencement de l'action, en chargeant à la tête de ses grenadiers. Toute l'aile qu'il commandait est battue, dispersée, erre dans les montagnes sans pouvoir se rejoindre au centre de l'armée. L'effort des Français se porte ensuite sur l'armée russe, commandée par le prince Korsakow ; le pont de Bellickon, couvert des plus formidables batteries, est.emporté. Bientôt après, on force le camp de Wettingen, où

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