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pagnes si dangereuses. Un fait bien singulier i799. c'est que le généralissime de la chouanerie, M. de Puisaye, n'obtint jamais aucune considération dans une armée qui recut toujours ses lois; il n'était considéré que pour l'argent qu'à chacun de ses voyages il apportait de l'Angleterre. Les autres chefs le regardaient plutôt comme l'agent de cette puissance, que comme un Français dévoué à son roi. Les nouveaux progrès de la chouanerie durent surtout être imputés à la nouvelle persécution que La Réveillère-Lépeaux suscita contre les prêtres. Dans le mois de mars '799 la chouanerie, outce son premier théâtre, qui comprenait déjà sept ou huit départemens, sut rouvrir ses communications avec la Vendée, et la République vit avec étonnement que ce volcan n'était pas encore éteint. MM. d'Autichamp, Sapinaud, Suzannet rendirent de la gloire à ces noms si fameux de Cholet, de Montaigu, des Herbiers; bientôt, dans le Poitou et dans l'Anjou, l'orage s'étendit jusque sur des campagnes que les grandes victoires des Vendéens avaient laissées immobiles; il menaçait la Touraine. Scépeaux, d'Andigné, Bourmont, Frotté, Lemercier, Georges-Cadoudal, qui venaient de prendre

1799- leurs instructions en Angleterre auprès du comte d'Artois, passaient perpétuellement de la Bretagne dans le Maine et dans la BasseNormandie. Chacun de ces chefs avait souvent sous ses ordres jusqu'à deux ou trois mille hommes, et les excellons tireurs rangés sous leurs lois ne craignaient plus de se mesurer en combat réglé avec les troupes républicaines; les avantages restaient balancés, mais les royalistes savaient mieux profiter de ceux qu'ils obtenaient. Godet de Châtillon fut le plus heureux'de ces généraux; après avoir remporté, à la tête de deux mille Chouans, un avantage sur un corps républicain, il en obtint un prix inespéré. Il put entrer dans cette ville de Nantes qui, cinq ans auparavant, avait résisté à l'armée la plus nombreuse et la plus brillante de la Vendée et aux héroïques efforts de Cathelineau et de Charette; il est vrai qu'il put seulement traverser cette ville, et que les Nantais y revinrent avant la nuit; mais un succès de ce genre avait eu un puissant effet sur l'imagination des royalistes, et avait causé une grande consternation parmi les républicains. Un autre chef des Chouans, Bourmont, vengeait de son côté, dans cette ville du Mans, le désastre le plus horrible qu'eut éprouve 1799. l'armée royale et catholique.

Saint-Brieux, la Roche-Sauveur tombaient au pouvoir des deux chefs de Chouans Le Mercier et Saint-Régent. Frotté obtenait aussi des avantages considérables dans la BasseNormandie. Il est à remarquer que la République apprenait coup sur coup des nouvelles aussi humiliantes dans le moment même où les victoires du général Masséna et du général Brune venaient-d'arrêter la nouvelle coalition dans ses triomphes, comme si sa destinée eût été de ne point périr par la guerre, mais par l'anarchie.

Je reviens aux faits militaires. La bataille Bataille de de Cassano et celle de la Trébia avaient dé- Août. cidé pour les Français la perte de toute l'Italie, à l'exception du seul territoire de Gênes. Le général Joubert, militaire plein de bravoure et de loyauté, maître de toutes ses passions, excepté de son courage dans un jour de combat, avait été nommé pour remplacer le général Moreau dans le commandement de l'armée d'Italie. Dans le court intervalle où le Directoirel'avait laissé sans emploi, il avait préparé et dirigé lajournée du 3o prairial , la moins fameuse et la moins décisive de

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1799.

toutes lesjournées révolutionnaires; son âme, inaccessible à la vengeance, ne lui eût pas

permis de donner des suites cruelles à une

victoire de ce genre. Un sentiment plus doux

l'avait occupé : il venait d'épouser la fille de M. de Sémonville ; et comme s'il n'eût pas eu

encore assez de gloire à offrir à sa jeune épouse, il avait volé aux plaines d'Italie, et il avait trouvé l'armée presque dans le même lieu où Bonaparte avait commencé sa conquête. J'ai dit qu'il avait conçu de concert avec Syeyès le projet de délivrer la République de l'anarchie. Il lui fallait une gloire nouvelle et l'éclat de grands services rendus pour commander en arbitre à des partis furieux. Joubert va combattre. Une guerre défensive lui paraît insupportable pour des Français ; elle l'est surtout pour lui-même. Il est parvenu à réunir trente-six mille hommes, mais dont le plus grand nombre n'est point encore éprouvé par laguerre. Il a sous ses ordres des généraux estimés. Moreau est parmi eux, et semble toujours, en servant sa patrie, aussi heureux d'obéir que de commander. Ils confèrent ensemble sans rivalité. Ils savent que Souwa

row va recevoir un renfort de vingt mille

hommes. C'est l'armée du général Kray qui

revient de Mantoue, qu'une capitulation, 179,5. sujet d'uu long murmure parmi les militaires français, lui avait livrée beaucoup plus tôt qu'il ne pouvait l'espérer. Le général Joubert se décide à prévenir, s'il en est temps encore, cette importante jonction, qui portera l'armée des alliés à plus de soixante mille hommes. Mais, malgré la promptitude de ses mouveincns, il est trompé dans son espérance. A peine s'est-il emparé des hauteurs de Novi, dans l'intention d'offrir la bataille, qu'il s'aperçoit, à la confiance des ennemis, que la jonction s'est déjà opérée ; et c'est le général Kray lui-même qui commence l'attaque contre l'aile gauche de l'armée française. Joubert sent toutes les difficultés de sa position; il n'a plus de confiance que dans l'héroïsme de son armée; il croit que l'excès du péril lui permet de se conduire en soldat ; il marche à la tête d'une colonne d'infanterie. Il a tellement habitué l'armée à l'excès de son intrépidité, qu'elle ne songe pas même à le contenir. Les sermens de vaincre ou de mourir, les cris de vive la République, les chants .d'une joie martiale retentissent sur son passage et se mêlent au sifflement des balles.. . . Mais un morne silence, et bientôt les cris du désespoir

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