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1799. fait précipiter. On n'avait pas vu sans terreur la nomination de Fouché au ministère de la police; chacun se rappelait et son vote régicide et les sanglantes missions dans lesquelles il avait accompagné Collot-d'Herbois. Par je ne sais quel effort de caractère, ou par une heureuse impulsion du remords, il se montra dans ces circonstances terribles, et resta pour tout le reste de sa vie politique un ennemi aussi courageux qu'adroit de l'anarchie, et même des principes violens.

Le directeur Syeyès n'avait qu'un seul moyen de manifester son opposition contre les Jacobins. Il était président du Directoire. Chaque fois qu'en cette qualité il avait à parler au nom du gouvernement, il prêtait à tous ses collègues les propres sentimens dont il était animé contre les promoteurs de l'anarchie. Ses discours étaient véhémens , et quoiqu'ils ne fussent suivis d'aucune résolution, ils supposaient toujours en lui la faculté d'en prendre une décisive.

Le nouveau ministre de la police, Fouché , le seconda beaucoup mieux que les Directeurs, ses collègues. Il osa faire fermer le club des Jacobins, qui avait été transféré de la salle du Manége à la rue du Bac. Il avait à craindre d'être désavoué par le Directoire et , 79g, par le Conseil des Cinq-Cents, dont la plupart des chefs avaient fait une intime alliance avec les Jacobins. Il prit cette mesure avec une telle vivacité, qu'on le crut puissant en le voyant confiant et courageux. Les Directeurs, après le succès, lui pardonnèrent de leur avoir offert les moyens de n'être plus esclaves d'au parti. On déclama contre lui au Conseil des CinqCents; mais on n'osa le condamner dans le jour même, et le'lendemain il fit prendre une plus haute opinion des ressources qu'il s'était assurées pour soutenir une mesure aussi ferme.

Le Conseil des Anciens laissait quelque espoir aux amis de l'ordre. Les plus distingués de ses membres exprimaient une profonde aversion pour les remèdes violens et sanguinaires qu'on voulait appliquer aux maux de la patrie, et ils en avaient fait rejeter plusieurs. Cependant leurs efforts et ceux de plusieurs orateurs du Conseil des Cinq-Cents ne purent empêcher deux lois qui avaient une sinistre analogie avec les mesures révolutionnaires les /

plus détestées; l'une était la loi des otages, et l'autre un emprunt forcé et progressif. La guerre civile, qui s'annonçait dans plusieurs

1790- départemens, et qui se faisait craindre dans beaucoup d'autres, la détresse du trésor public, avaient appelé ces deux lois, dont l'effet était d'aggraver l'un et l'autre de ces fléaux. Je vais indiquer, dans un tableau rapide, ce que la France avait à craindre de ces provinces révoltées.

Les royalistes bretons se montraient alors plus redoutables peut-être pour la république que n'avaient pu l'être les royalistes du Maine et de l'Anjou, dans le cours le plus éclatant de leurs triomphes. La forte et mystérieuse organisation qu'ils avaient donnée à des bandes long-temps indisciplinées les rendait singulièrement propres à étendre leurs conquêtes et à grossir leur armée, si ce n'était dans les villes, au moins dans les campagnes. Leurs exploits avaient long - temps consisté dans une foule de petits engagemens et d'embuscades nocturnes, qu'il est impossible de faire entrer dans l'histoire. Il y a trente-trois ans qu'ils prirent les armes, et ils les portèrent pendant huit ans presque sans aucun intervalle, et c'est seulement dans cette année 1826 que les Lettres sur la Chouancrie, publiées par M. de Scépeaux, viennent nous fournir des documens positifs sur leur origine et sur leurs premières expéditions. Le tableau historique 1790 qu'il a donné n'est encore que commencé, et ne peut nous mener jusqu'à l'époque où les évéuemens m'ont conduit. Il me fournit seulement l'occasion de rectifier une erreur longtemps accréditée, et que j'ai moi - même consignée dans cette Histoire. Le nom de Chouans, si généralement donné aux royalistes bretons, ne vient pas, comme on l'a cru, du mot de chat-huant, par allusion à leurs entreprises nocturnes. Trois frères du nom de Chouan, paysans pleins de valeur, donnèrent leur nom à cette formidable confe'dération du royalisme armé; ils furent les auxiliaires des Vendéens après que ceux-ci eurent passé la Loire. Des nobles et surtout des émigrés ne tardèrent pas à se réunir à des paysans intrépides et surtout furieux, qui rendaient trop fidèlement massacre pour massacre. Un fait remarquable, c'est que les grands désastres des royalistes, soit après la déroute du Mans et de Savenay, soit après les fatales journées de Quiberon, soit après la mort de Stofflet et de Charette, furent l'époque des plus grands et des plus terribles efforts de la chouanerie. Le général Hoche, malgré des mesures pleines de vigueur et de

1799. dextérité, n'avait pu calmer qu'un moment des troubles plus inquiétans à eux seuls que tous les apprêts de la ligue des rois. C'était à l'argent du fisc que les chouans faisaient partout la guerre; ils l'interceptaient sur toutes les routes, n'entraient dans aucune bourgade ou dans aucune ville, sans se rendre maîtres des caisses publiques. Les acquéreurs des domaines nationaux, les magistrats républicains et surtout les anciens membres des Comités révolutionnaires avaient toujours à craindre leurs visites féroces ou vindicatives. Parmi ces paysans, cependant, plusieurs, et c'étaient les plus braves (c'étaient surtout les frères Chouan ), surent toujours s'abstenir de ces actes de cruauté; les nobles chefs vendéens que ces paysans avaient recueillis après leurs désastres, s'étudièrent là, comme dans leur pairie, à diminuer les horreurs d'une guerre civile si ardente et si prolongée. Les Chouans avaient leurs signaux, leur correspondance. Toutes les paroisses étaient formées militairement. Le paysan ne conduisait pas sa charrue sans avoir son fusil à son côté, et souvent le sillon qu'il traçait était arrosé du sang de quelque malheureux républicain qui s'était imprudemment engagé dans des cam

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