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toires de la sédition. J'ai dit plus haut que les 1799Jacobins,lorsque après le i8 fructidor ils soutinrent une lutte contre le Directoire, prompt à les accuser et timide à les punir, avaient professé sans pudeur les principes d'une folle démocratie , mais qu'ils s'étaient abstenus de répéter les maximes sanguinaires dont plusieurs d'entre eux avaient fait de si cruelles applications; et que, s'ils n'osaient plaindre les victimes du i8 fructidor, au moins ils en avaient condamné les principes. Mais, dans une secte politique qui tire toute sa force des passions de la m ultitude, les promesses de modération, lors même qu'elles ne sont pas hypocrites, sont bientôt démenties:l'horreur du crimeest bien faible dans une société où la tiédeur est le plus grand des crimes. Les Jacobins reparaissaient protégés par des circonstances fort semblables àcelles qui leur avaient valu de si épouvantables succès. Le prétexte de Ja vengeance avait manqué à la plupart des supplices et des massacres qui avaient signalé leur premier règne; que ne devait-on pas craindre d'eux lorsqu'ils avaient vu frapper un si grand nombre de leurs compagnons dans l'ouest et dans le midi, et lorsqu'ils mettaient au nombre de leurs martyrs ceux mêmes que le Di

1799. rectoire avait fait condamner dans le flagrant délit de la sédition I Gracchus Babœuf, dont ils honoraient la mémoire, avait poussé son audace extravagante jusqu'à invoquer des lois agraires. A son exemple, quelques uns des Jacobins appelaient le partage des biens, et ce vœu n'était condamné par les autres que comme un principe exagéré. Un grand nombre de membres du Conseil des Cinq-Cents assistaient à ces absurdes délibérations, et regardaient cet enthousiasme comme le seul moyen de salut public dans les dangers de la patrie. Ils se flattaient de diriger ce torrent, mais ils ne faisaient rien qui n'ajoutât à. la violence et à la rapidité de son cours. C'était un moment d'alarme dans tout Paris que celui où les Jacobins sortaient de la vaste salle du Manège, qui suffisait à peine au nombreux concours de leurs agrégés. Ils se répandaient dans le jardin des Tuileries, et l'épouvante croissait en raison de leur joie. Les chants belliqueux n'étaient dans leur bouche que des chants de mort. Tous les symptômes d'une seconde terreur apparaissaient. Eloignés depuis long-temps des affaires publiques, la plupart des citoyens sages et éclairés dissertaient sur la possibilité d'un nouveau règne de sang, comme s'il se fût agi de l'un de 1799. ces événemens que les efforts humains ne peuvent détourner. Quelquefois on justifiait son inertie par des motifs de sécurité assez plausibles : «On ne peut, disait-on, éprouver « deux fois un fléau aussi terrible ; la puissance « des assignats manque aux Jacobins , le « peuple est détrompé sur eux, l'armée les « repousse».

Il est vrai qu'on ne voyait plus la multitude de la capitale enivrée, comme dans les années de i792 et de 1798, du fanatisme révolutionnaire. Elle recevait toutes les promesses des Jacobins sans joie, sans illusion, mais elle écoutait sans horreur les menaces qu'ils faisaient à leurs ennemis. Elle se tenait loin du combat, et ne se fut présentée qu'au moment des dépouilles. Son apathie faisait le désespoir des Jacobins, qui d'ailleurs cherchaient en vain parmi eux des chefs capables de l'agiter violemment. Leur ascendant se faisait plus sentir aux dépositaires de l'autorité. Deux des nouveaux Directeurs , Gohier et Moulins, paraissaient s'appuyer sur ce parti, ou du moins montraient une grande crainte de l'offenser. Un troisième, Barras, qui ne s'était conservé au Directoire que par l'aban

1799. don qu'il avait fait de ses collègues, craignait de réveiller le sou venir des griefs qui lui étaient communs avec eux. Il paraissait réchercher l'alliance des Jacobins, qui gardaient avec lui une fierté gage de leur ressentiment. La conduite que tint le directeur Syeyès dans des circonstances aussi difficiles est une honorable partie de sa carrière politique. Secondé d'un seul de ses collègues, Roger-Ducos, sans puissance réelle, puisqu'il n'entraînait ni la majorité du Directoire, ni celle du Conseil, qui avait l'initiative des lois, il servit de ralliement à tous ceux qu'épouvantait le nouveau règne des Jacobins ; son nom était une autorité. Ses premiers écrits, son long silence, le dédain qu'il avait annoncé pour des constitutions imparfaites, tout faisait croire que dans le moment même où il s'élevait avec fermeté contre les entreprises des démocrates, il était prêt à présenter un système entier de lois qui donnerait enfin de la fixité à une république toujours ébranïée. Malgré le profond mystère de ses méditations, on soupçonnait qu'il voulait établir une aristocratie vigoureuse combinée avec quelques élémens de la monarchie. Les projets qu'on lui supposait éveillaient tous les esprits. A aucune époque de la révo

lution,on ne vit plus d'intrigues ni plus de i?99plans divers. La constitution, qu'on paraissait encore invoquer, n'inspirait plus de confiance à personne. Aucun parti ne se présentait pour la protéger: toute la question était de savoir si elle périrait par le feu des séditions, ou si elle serait écartée sans violence pour faire place à un autre système. Hors du pouvoir, et dans le pouvoir même, chacun croyait avoir le secret, ou cherchait à se donner l'importance d'une grande intrigue. Il y avait peu de réunions où l'on ne discutât \ les moyens de changer le gouvernement de. \ la République. Il se formait par degrés une \ confédération anti-jacobine, et l'on y voyait entrer des hommes qui, ayant long-temps montré du penchant pour les principes démocratiques , ne voulaient plus les suivre dans leurs conséquences les plus extravagantes. On se disait confidentiellement que tel ou tel générai adhérait à cette ligue, et s'en déclarerait le chef dans une occasion importante. Surtout on paraissait se promettre les secours du général Joubert. La consternation fut extrême lorsqu'on apprit que ce jeune héros avait péri dans une bataille, que peut-être l'ardeur d'exécuter de grands projets lui avait

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