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rage et leur discipline. Quand on apprit à Milan les combats désavantageux de Scbérer et la retraite qui en était la suite, il y eut un mouvement général pour marcher vers les frontières menacées; mais le Directoire français, dans son despotisme capricieux, avait ordonné le désarmement des citoyens cisalpins ; ils ne pouvaient plus rien pour leur propre défense. Les membres du gouvernement disposaient tout pour leur départ. On s'accablait de reproches; on ne prenaitaucune mesure. Le général Schérer, instruit de ce désordre, partit pour le réprimer, et profita d'une si triste occasion pour quitter une armée à laquelle il était devenu odieux. 11 en remit le commandement au général Moreau, et partit pour Milan. Son arrivée inattendue dans cette ville fut considérée comme une fuite ; et tous ceux qui avaient donné quelques gages de leur attachement aux Français entendirent ce signal.

Le général Moreau se trouvait dans une position bien plus terrible que celle où l'avait laissé, deux ans auparavant, sur les bords du Danube, la défaite et la fuite du général Jourdan. Son armée, à cette première époque, était enflammée par six victoires consécutives; tandis que celle qui passait sous ses 1799lois, après avoir été battue par les Autrichiens, avait à se défendre maintenant contre les Autrichiens et les Russes réunis. Pour la

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seconde fois, Mpreau avait à réparer des fautes qui n'étaient pas les siennes. Si sa gloire était intacte sous le rapport militaire, elle était couverte d'une ombre fâcheuse sous le rapport politique, et cette pensée importune pouvait lui faire perdre un des grands mobiles de la victoire, la confiance en soi-même. Les fautes commises par le Directoire de France en Italie étaient d'une nature irréparable. C'étaient précisément celles que deux fois Bonaparte avait si puissamment évitées, en refusant de marcher sur Rome, et de s'avancer dans la dangereuse botte de l'Italie. L'armée française, quoique encore assez nombreuse, était partagée en misérables pelotons qui, excepté sur un seul point, ne présentaient plus forme d'une armée; et presque partout elle avait à lutter contre les fureurs ardentes et légitimes des Italiens. Que de soins divers Moreau n'avaitil pas à prendre pour conduire la retraite! d'un côté il lui importait d'attendre l'armée du général Macdonald, qui, sur le bruit des revers éprouvés près de Vérone, allait com

1799.

mencer une retraite que l'ennemi pouvait si facilement intercepter. D'un autre côté Moreau devait appuyer l'armée qui sous les ordres du général Masséna, et maintenant sous ceux du général Lecourbe, était entrée dans

, le pays des Grisons. Cette armée établissait

une communication entre celle de Suisse et celle d'Italie. Se rapprocher de Macdonald c'était sacrifier Lecourbe, et réciproquement en se rapprochant de ce dernier on compromettait cruellement Macdonald. Voici bientôt de nouveaux dangers qui se déclarent. L'archiduc Charles avait senti l'importance de rompre la communication entre les armées françaises d'Italie et de Suisse. Il venait de porter sur le pays des Grisons des forces très supérieures à celles du général Lecourbe, et il allait être secondé par le désespoir et la fureur des Grisons, qui avaient montré contre l'invasion française et la constitution helvétique à peu près autant d'horreur que les petits cantons. Le problème qu'avait à résoudre Moreau était de trouver un point d'appui quelconque en Italie. S'il le cherchait à Turin, il répétait la faute du maréchal Marsin, qui se laissa forcer d'une manière si désastreuse dans les lignes de cette ville par le

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prince Eugène. L'événement va montrer que 1799Moreau , malgré les rigueurs de la fortune, dut ajouter de nouveaux titres à sa grande renommée.

Ce fut par une bataille qu'il voulut rendre Batail'e

1 ïï Cassano.

sa retraite imposante; il résolut de l'engager sur les bords de l'Adda à Cassano, lieu célèbre par une victoire que le prince de Vendôme avait remportée sur le prince Eugène. Il se trouvait précisément que la position des deux armées était la même; mais celle de Vendôme était à peu près égale à l'armée ennemie , taudis que Moreau avait à se défendre contre des forces triples , et contre ces troupes russes que Frédéric lui-même n'avait jamais pu faire reculer. Souwarow, qui commandait en chef, avait fait jeter un pont sur l'Adda. La promptitude avec laquelle les ingénieurs y parvinrent fut la cause de son succès. La division du général Victor d'un côté, et de l'autre celle du général Serrurier, avaient remporté de brillans avantages sur les Impériaux, lorsque les Russes, débouchant par le pont qui venait d'être achevé, séparèrent ces deux divisions. Celle de Victor put opérer sa retraite, niais celle de Ser

1799. rurier se trouva engagée de manière à subir l'effort d'une grande moitié de l'armée ennemie; après une belle résistance, elle fut obligée demettre bas lesarmes.Souwarowvintensuite attaquer le pont de Cassano avec une telle rapidité, que les Français n'eurent pas le temps d'y mettre le feu. Moreau aurait pu soutenir le combat plus long-temps; mais il ne'l'avait engagé que pour assurer sa retraite; il la fit sur Alexandrie, et ne fut plus que faiblement inquiété. Son armée, réduite à vingt mille hommes, était embarrassée par une multitude d'Italiens fugitifs, et cependant elle ne rompit pas un moment le frein de la discipline. Moreau, pour déterminer sa marche ultérieure, attendait la nouvelle des évé1iemens militaires dans le pays des Grisons et dans l'Engadine; ces événemens n'étaient pas favorables. Le général Lecourbe, vivement pressé par les Autrichiens, ne conservait presque rien dans ce pays. D'un autre côté, que deviendrait l'armée de Macdonald? elle était tantôt un sujet de sollicitude et tantôt un sujet d'espoir pour Moreau. Vingt mille hommes qu'il pouvait recevoir de ce côté lui permettraient de ba

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