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homme abusé. Le jugement se ressentit de cette disposition de leur esprit : ils prononcèrent que Brottier, Duverne, la Villeurnois et Poli étaient coupables; mais qu'ayant égard aux circonstances atténuantes , et touchés de la franchise que les prévenus avaient mise dans leurs aveux, ils commuaient la peine de mort en celle de réclusion , savoir: Brottier et Duverne pour dix années, Poli pour cinq, et la Villeurnois pour une. Tous les autres prévenus furent acquittés.

L'opinion publique vit dans ce jugement un nouvel effet de sa toute-puissance. Les républicains révolutionnaires l'apprirent en frém issant de rage; ils comparaient la modération des peines infligées à des royalistes convaincus, avec la sévérité inexorable des jugemens qui avaient condamné à mort les chefs de l'émeute du camp de Grenelle. Ils affectaient d'oublier que l'entreprise commencée et le flagrant délit mettaient une grande différence entre les deux affaires. Quant au Directoire, il ne se livra point aux éclats de colère qu'on avait lieu de craindre , soit qu'il se réservât de punir comme il lui conviendrait ces faibles conspirateurs, soit plutôt parce qu'il attendait d'importantes révélaiioris pro

1796. mises par l'un d'eux. D'après ce que j'ai dit - '. 'de Duverne-du-Presle, on juge bien que c'est lui qui allait écrire et dénoncer sous la diclée des Directeurs.

Cette déclaration n'a que trop d'importance historique, puisque seule elle servit de manifeste au Directoire dans la journée du i£ fructidor. Cependant il me suffira de l'insérer dans une-note *. Je ne sais si la trahison de Duverne-du-Presle précéda la conspiration 1796. dont il parut complice, et s'il faut le regarder »..

* « Je ne me dissimule point, en commençant cet écrit, citoyens Directeurs, que c'est l'acte de ma condamnation que je mets entre vos mains. Mais quoique je sois loin d'être insensible à mon intérêt personnel, je me suis tellement persuadé que c'est un tout autre motif qui m'a déterminé à une démarche bien difficile à mésinterpréter, que je n'hésiterais point à l'entreprendre , lors même que je n'aurais pas, pour me rassurer, l'engagement que vous avez pris avec moi.

« Beaucoup de tentatives ont été faites depuis la révolution pour relever le trône : toutes ont échoué; mais la plupart ont coûté la vie à un grand nombre d'hommes de l'un et de l'autre parti. Rien n'a décou• ragé les royalistes, et il y a eu jusqu'à présent tant de raisons de justifier leurs espérances, qu'on ne doit pas être étonné qu'à côté d'une conspiration éteinte, il s'en relève une nouvelle-d'autant plus dangereuse, qu'à ses propres ressources elle ajoute l'expérience des fautes qui ont entraîné la ruine des autres.

« II peut s'en former quelqu'une qui réunisse assez

de moyens pou^oser attaquer le gouvernement à force ouverte ; alors le sang français coulerait encore à flots. C'est pour empêcher le retour de ces scènes de désolation que j'ai formé le projet de faire connaître tous les fils de la conspiration à la tête de laquelle je me trouve; je trahis la cause de la royauté, je le sais , mais je crois servir ceux des Français qui la désirent, en détruisant les fondemens de leurs chimériques espérances.

« II y a bientôt deux ans que je me suis chargé des intérêts du Roi à Paris. Dès cette époque, je sentis,. que les royalistes n'auraient une véritable consistance que lorsque , réunis autour d'un centre commun , ils agiraient ensemble. Je fis tous mes efforts pour ramener à ce centre d'unité tous les chefs de la Vendée et de la Bretagne, elles agens répartis dans les départemens, lesquels tendaient à la même fin par des moyens contradictoires.

« J'allai dans la Bretagne, dans la Vendée, en Suisse, où réside un ministre anglais chargé spécialement de seconder les royalistes : j'allai à l'armée de Condé; je vis le Roi : enfin , je viens de faire un voyage en Angleterre , dans lequel je me suis expliqué avec le comte d'Artois et les ministres anglais. Il ne fallait pas moins que toutes ces courses pour faire renoncer chacun de ceux auprès de qui elles étaient dirigées, au plan particulier qu'il avait adopté, et pour faire ajourner les divisions qui existaient. Je crois

1796. comme le perfide instigateur du complot, on même comme un espion placé depuis longque je n'aurais jamais eu de. succès durables dans la Vendée: aussi ai-je été loin de regarder comme un événement malheureux la soumission des insurgés. Elle nous servait, en nous donnant la facilité de développer entièrement un plan plus sage, par cette seule raison qu'il embrassait toute la France, et qu'il excluait tout autre mouvement partiel que celui qui nous aurait rendus maîtres de Paris , en renversant le gouvernement.

« Voici le plan approuvé par le prétendant, qui seul en a connu la totalité ; le ministre anglais et les princes français ont adopté ce qu'on leur a montré de ce plan: on a cherché à faire marcher de concert les mesures politiques et les mesures militaires.

« La France était divisée en deux agences : l'une, qui comprend les provinces de Franche-Comté , Lyonnais, Forêt, Auvergne et tout le Midi, confiée à M. de Précy ; l'autre. qui s'étend sur le nord de la France, dirigée par les agens de Paris : ces deux agences unies par une correspondance active et régulière, de manière qu'aucun mouvement ne soit entrepris par l'une , sans savoir si l'autre est en état de la seconder. / « Les deux agences auront une correspondance

directe avec le Roi et avec les ministres britanniques, pour les secours que les agens emploieront indépendamment des instructions données par les Anglais. Le second objet de la correspondance anglaise sera de leur donner les connaissances qui tendent au service tcmpsauprèsdesprinces. Ici toute espèce de fait 1 796 ou de notion me manque, mais je ne puis con

de la cause , mais jamais celles dont le résultai pourrait être de leur faciliter la prise de quelqu'une de nos places maritimes; le Roi et son conseil n'ayant jamais cessé de penser que les services des Anglais sont des services perfides qui n'ont pour but que la ruine de la France.

« Les ageiis municipaux subdiviseront l'étendue dont la direction leur est donnée, en autant de corn- . mandemens militaires qu'ils le jugeront convenable: ils soumettront leur travail au Roi, et lui proposeront les personnes qu'ils croiront pouvoir remplir avec intelligence et fidélité les places de commandans en chef des divers arrondissemens; les commandans recevront leurs pouvoirs du Roi, mais ils ne correspondront directement qu'avec les agens supérieurs.

« Les agens principaux, et surtout ceux de Paris , n'épargneront rien pour ramener au parti du Roi les membres des- autorités constituées. Ils peuvent promettre à tout individu les avantages personnels que son importance peut le mettre en droit de désirer, sans exception de personne, pas même des membres de la Convention qui ont voté la mort de Louis XVI; mais ils ne prendront jamais aucun engagement qui pourrait laisser croire que l'intention du Roi est de rétablir la monarchie sur des bases nouvelles. Le Roi fera tout pour réformer les abus qui s'étaient introduits dans l'ancien régime, mais rien ne pourra le Jécider à changer la constitution de l'État. Dans le

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