Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

1798.

qui console un peu notre orgueil de l'Egypte
perdue. Dans cet Institut figurait un poète,
M. Parceval Grandmaison, qui vient récem-
ment de s'illustrer par un poëme épique,
auquel il ne me convient pas d'assigner un
rang entre toutes les productions de ce genre,
mais que l'on considérera toujours comme
l'un des ouvrages les plus brillans de notre
poésie. Le général assistait souvent aux séances
de l'Institut d'Égypte; il y faisait briller la
variété de ses connaissances et la fécondité
de ses ressources. Les savans avaient plus à se
louer que les généraux eux-mêmes de la facilité
de ses manières; son empressement à recher-
cher le suffrage de tout le public savant ou
lettré était tel, que toutes ses dépêches por-
taient ce titre : Bonaparte, membre de l'Insti-
tut, et général de l'armée d'Orient.
Dans toute colonie qu'établiront des Fran-
çais, le superflu se montrera bientôt à côté
du nécessaire. Le Caire eut son théâtre et son
Tivoli; c'était le nom que portait à Paris

l'un de ces jardins publics dont j'ai décrit

ailleurs les plaisirs.
Ce luxe, cette activité, tant d'inventions

bienfaisantes ou frivoles, ne furent qu'un

moment interrompus par une révolte qui éclata au mois d'octobre dans la ville du 1798. Caire. On peut la regarder comme l'un des résultats de la bataille navale d'Aboutir. Un peuple fataliste avait dû considérer un tel événement comme un arrêt du ciel, qui condamnait les nouveaux conquérans. La PorteOttomane, à laquelle Bonaparte avait fait des soumissions dérisoires, en s'emparant de l'une de ses plus belles provinces, cédait à un juste ressentiment et suivait la loi des Anglais victorieux; elle préparait deux expéditions pour soumettre l'Egypte; déb'vrée par les Français eux-mêmes de l'usurpation des Mamelucks, il ne iui restait plus qu'à se délivrer de celle des Français, et l'Egypte commencerait alors à lui appartenir véritablement.

Déjà les émissaires de ce gouvernement Révolte du

. , , , i Caire.

avaient traverse les uns la mer, et les autres l'isthme de Suez, pour exciter le fanatisme musulman dans la ville du Caire. Malgré la vigilance de la police française, la conspiration fut couverte d'un secret tel qu'on le connaît seulement dans les Etats despotiques: on choisit pour éclater le moment où le général allait faire uue expédition dans la Syrie.

1798. If importait à la Porte-Ottomane que cette expédition fût prévenue. Les shérifs et les imans n'avaient jamais montré au général une soumission plus respectueuse que la veille même de la révolte. Des rassemblemens se formèrent dans plusieurs quartiers de la ville, et surtout à la grande mosquée, l'une des plus vastes et des plus célèbres de l'Orient. Le général Dupuis, commandant de la place, est assassiné avec plusieurs dragons qui faisaient son escorte.1 La sédition dévient générale; partout on égorge les Français isolés. Les Arabes se montrent aux portes de la ville; les toits des maisons, formés en terrasses, fournissent des moyens de communication aux rebelles; le palais de l'Institut est particulièrement menacé, les savans s'arment pour leur défense; des soldats, que Bonaparte avait envoyés à leur secours, les protégent en faisant un feu continuel. Partout on se rallie au bruit de la générale, on couvre la marche par plusieurs pièces de canon. Les rebelles sont tellement étourdis par les balles, par la mitraille, qu'ils viennent aveuglément se précipiter dans la plus dangereuse retraite, la grande mosquée : ils s'apprêtent à y soutenir un siége, mais ils n'en ont pas les moyens ; 1798. l'artillerie les y foudroie, la grande mosquée est incendiée. Les séditieux, dont le nombre s'est éclairci, posent les armes; ils implorent à genoux la clémence de Bonaparte : quelques chefs seulement sont conduits au supplice, le pardon est accordé à toute cette multitude. Bonaparte, rempli d'un nouveau projet de conquête, s'éloigne avec sécurité d'une ville inquiète et populeuse, et il y établit un tel ordre, qu'un seul bataillon suffit pour en répondre. Ibrahim - Bey s'était retiré avec dix mille , Expédition Mamelucks auprès du pacha d'Acre, l'un des"o" hommes les plus sanguinaires dont parlent les fastes de l'Orient. Bonaparte avait fait de vains efforts pour séduire cet atroce et fanatique vieillard, qui se glorifiait d'avoir mérité le surnom de Boucher; la place qu'il occupait lui donnait une importance qui flattait son ambition. C'était dans la ville assez puissamment fortifiée de Saint-Jean-d'Acre, que devaient se réunir les forces ottomanes et anglaises dirigées contre les conquérans de l'Egypte ; trois mois paraissaient encore né- v cessaires pour compléter cette expédition, et la mettre en mouvement. Bonaparte ré

1798.

solut de prévenir cette attaque par l'offensive la plus impétueuse. S'il obtenait que DjezzarPacha, intimidé par de premières défaites, lui laissât un libre passage à travers la Syrie, plus de terme à la course du nouvel.Alexandre. Il savait dans quel dénûment de forces militaires il trouverait l'Asie. Son armée pouvait se grossir des Druses, des Maronites, demi-chrétiens répandus dans la Syrie, qu'une oppression héréditaire et atroce n'avait pu faire plier sous l'islamisme. Le général ne comptait pas moins, pour ses progrès ultérieurs, sur la puissance de ses négociations que sur celle de ses armes. S'il craignait peu l'empire ottoman, dont l'Asie dépeuplée atteste la décadence et la stupidité, il redoutait encore moins l'empire de Perse ravagé par un siècle entier de guerres civiles. Quelle facilité ne trouverait-il pas à faire passer sous ses étendards des princes ou des gouverneurs qui auraient besoin de lui soit pour opprimer leurs vieux ennemis, soit pour se soustraire à leurs coups. Déjà il avait envoyé un négociateur auprès du shah de Perse.Un prétexte assez plausible pouvait concilier à ses armes les Musulmans de cette contrée. Bonaparte répandrait sur toute sa route le bruit qu'il ne

[ocr errors]
« ZurückWeiter »