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toire; les Anglais regrettèrent vivement le 1798. capitaine Westcott; leur perte fut de neuf cents hommes. Le courage fut égal entre les deux armées, mais les Anglais eurent pour eux la confiance, la tactique et la fortune.

Le général français reçut avec une force Gouvemed'âme remarquable la nouvelle de cet" épou- nsparte en vantable désastre. La sécurité qu'il lui conve- êyple nait d'affecter devint bientôt réelle. Dans des , idées de fatalisme qui lui étaient communes avec tous les conquérans, et qu'un séjour auprès des Musulmans devait accroître, il regarda comme un partage arrêté par les destins l'empire des mers aux Anglais, et celui de la terre aux Français. Son premier soin fut de plaire au peuple qui allait vivre sous ses lois: la différence de la religion paraissait un obstacle insurmontable. La manière dant Bonaparte l'éluda, quoique fort usitée parmi les conquérans grecs, romains ou tartares, est un des plus graves reproches qui s'élèvent aujourd'hui contre sa mémoire; il montra beaucoup de vénération pour le culte mahométan, et fit tout pour persuader au peuple que lui-même serait assez disposé à l'embrasser. Il invita les généraux à contracter

1798. des mariages avec des Musulmanes : un seul d'entre eux lui donna cette preuve de déférence; c'était le baron de Menou, ancien membre de l'Assemblée Constituante. L'esprit de courtisan en fit un apostat; il est certain du moins qu'il prit un nom musulman, et ce nom le rendit la fable de l'armée. Quant à Bonaparte , on le vit assister à la fête principale du prophète; dans ses proclamations, il affectait de citer des passages du Coran; enfin, près de ces murs illustrés par la constance chrétienne de Saint-Louis captif, le vainqueur de l'Egypte emprunta cette formule : Dieu est Dieu, et Mahomet est son prophète. J'ai vu l'une de ces proclamations : quelques personnes prétendent qu'elle a été forgée par les Anglais. Cependant il relevait d'une oppression héréditaire les chrétiens nommés Cophtes, regardés comme les descendans des vieux Égyptiens. Il leur confiait des emplois fiscaux, et s'en servait comme d'utiles et fidèles surveillans. Du reste, il se défendait sans peine de la mollesse orientale, et s'interdisait ces voluptés de harem, dont la facilité misérable amène bientôt la langueur et le dégoût.

Le général Désaix restait chargé de la con

quête de la Haute-Égypte. Activité, con-
stance, génie militaire, il porta tout dans
cette expédition. Les Mamelucks se repré-
sentaient plus terribles dans les déserts de la
Thébaïde ou de la Nubie, et souvent ils
se recrutaient d'une nuée d'Arabes. C'était
tous les jours de nouveaux combats; ils y
déployaient l'excellence de leur cavalerie et
l'ardeur de leur courage ; ils espadonnaient
avec une merveilleuse dextérité. Mourad-
Bey, qui les commandait encore, montrait
des ressources et des combinaisons que l'on
n'attendait point d'un barbare. Les soldats
français durent à de tels ennemis de se per-
fectionner encore dans le maniement des
armes. On les voyait maintenant quitter
sans regret des lieux d'abondance et de dé-
lices pour venir chercher le désert, le be-
soin et les combats. Les généraux Davout
et Belliard eurent une part glorieuse à ces
combats multipliés, dont le détail embarras-
serait l'histoire.
Des savans et des artistes accompagnaient
Désaix au milieu de déserts où le sable
étend chaque jour ses désastreuses conquêtes.
Ils bravaient dans leur avide curiosité ces

1798.

'798. ]ieux arides, brûlans, désolés, où jadis de pieux anachorètes avaient consumé leur vie dansla prière. Lessavansse regardaient comme merveilleusement récompensés de leurs fatigues , lorsqu'ils découvraient ces ruines colossales qu'un beau ciel semble éterniser : ils avaient si bien fait partager leur enthousiasme aux soldats, que ceux-ci battirent des mains en voyant les magnifiques restes de la Thèbes aux cent portes, et le temple de Dendérah.

Ce fut surtout par la justice que Désaix acheva la soumission de la Haute-Egypte. Cette vertu était si éminente en lui, qu'il reçut des Arabes le beau surnom du Sultan juste.

Quant à la Basse-Egypte, plus favorable aux grands projets de colonisation conçus par Bonaparte, elle recevait de lui et de ses savans auxiliaires des bienfaits inappréciables qu'un changement de domination n'a pu entièrement détruire. Il apprit à un peuple opprimé par les Mamelucks qu'il peut y avoir des propriétés inviolables; il modéra les tributs en les régularisant. Les travaux hydrauliques , qui sont le premier besoin de l'Egypte, ne demandaient qu'à être perfectionnés sur une terre qui doit au Nil toute sa fertilité, et 1798. où les sciences naquirent. Un grand monument de l'activité et du génie des premiers Arabes venait s'offrir au milieu de tous les travaux pompeux des Égyptiens, des Grecs et des Romains; c'était le canal d'Amrou. Bonaparte entreprit de le réparer; mais l'expédition de la Syrie arrêta trop tôt cette grande opération. Chacun des savans travaillait non seulement à rendre florissante la nouvelle colonie,. mais à enrichir le domaine des sciences. Ils étaient réunis sous le titre un peu fastueux, et pourtant légitime, d'Institut de l'Egypte. Il était en effet peu de sciences qui n'eussent un représentant dans Monge , Bertholet , Fournier , Lefebvre, Geoffroy de Saiut-Hilaire , Malus, Noël, Méchain , Conté, Costas, et une foule de généraux et d'officiers qui devaient leur élévation aux études mathématiques. Tous ces savans décernèrent, d'une commune voix, le prix de l'invention pour tous les objets utiles , à Conté , qui fut souvent le sauveur de l'armée par la fécondité de ses ressources. Denon et plusieurs artistes, ainsi que plusieurs officiers, dessinaientetpréparaient eux-mêmes avec leurs savans collègues un monument

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