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1798.

ral Bruéys, dans l'immobilité de sa position, avait montré un génie peu prévoyant; il n'avait fait nul usage de ses nombreux bâtimens légers pour se mettre à l'abri de l'inspection de l'escadre anglaise; il permettait à trois mille matelotsdelogerdans Alexandrie; l'ile d'Aboukir,si nécessaire pour protéger ses vaisseaux embossés, n'avait pas été couverte de batteries dans toute son étendue; enfin ce qu'il y avait de pis c'est que l'amiral Bruéys n'avait ou ne paraissait avoir aucune disposition bien arrêtée pour le combat qu'il pourrait soutenir dans une rade dangereuse. Nelson, après s'être d'abord éloigné d'Alexandrie, avait reçu l'avis du débarquement effectué; furieux, il revenait sur ses pas, résolu de venger son injure : il semblait que nulle entreprise ne pouvait être téméraire pour la première marine du monde. Son escadre ne se composait que de treize vaisseaux de ligne, tous de 74; elle n'était point escortée de bâtimens légers; enfin quelques uns de ces vaisseaux de ligne étaient vieux ou mal construits; cependant il lui fut facile de faire reconnaître la position et la force de l'escadre française par deux de ces vaisseaux. Le 1* août, son escadre a paru, sur les trois heures après midi, avec toutes voiles dehors. Le vent secondait son attaque, il avait conçu le hardi projet de déborder la pointe de l'avant-garde française, et de se couler entre le rivage et la flotte ennemie, tandis que d'autres vaisseaux passeraient entre la flotte et l'île, dont les batteries devaient la protéger. Le Culloden, destiné à commencer cette dernière manœuvre, échoua près de l'île. Toutefois les Français ne purent parvenir à s'emparer de ce vaisseau; mais bientôt six vaisseaux français, savoir, le Guerrier, le Conquérant, l'Aquilon, le Spartiate, le Peuple-Souverain, le Franklin, se trouvèrent engagés contre un même nombre de vaisseaux anglais qui avaient jeté l'ancre, sans que les vaisseaux du centre et de l'arrière-garde française, qui restaient toujours embossés, pussent porter du secours à l'avant-garde ainsi compromise.Un septième vaisseau anglais, le Bellérophon, osa s'approcher du Tonnant, et même de l'Orient, dont les terribles batteries le démâtèrent; à 8 heures du soir, l'avantage paraissait être encore du côté des Français. Nelson ne voulut point que la nuit interrompît le combat ; il venait de recevoir deux vaisseaux qu'il avait laissés à Alexandrie, car il avait commencé son attaque avec onze vaisseaux seulement. II. *, I8

1798. 1798. haute intrépidité ; il faut mettre à leur tête le malheureux amiral Bruéys, qui, après avoir reçu deux blessures, n'avait pas voulu quitter son banc, et dont.le corps fut séparé en deux par un boulet ; le capitaine du même vaisseau, de l'Orient, Casa-Bianca, avait été blessé mortellement; son jeune fils âgé de dixans lui rendait des soins et refusait de l'abandonner, tandis que la flamme dévorait déjà plusieurs parties du vaisseau. Le malheureux père parvient enfin à le placer sur un mât qui est jeté à la mer; mais tout à coup le vaisseau saute, et ses éclats engloutissent cet enfant généreux. Le capitaine de vaisseau du Petit-Thouars, qui avait commandé l'expédition pour la recherche de La Peyrouse, et qui montait le Tonnant, se battit jusqu'à la fin de l'action, et fut percé par le dernier boulet de la bataille. La perte des Français fut de près de huit mille hommes, parmi lesquels le plus grand nombre était prisonnier. Plusieurs de ceux qui gagnèrent le rivage furent massacrés par des Arabes; les Anglais sauvèrent avec humanité plusieurs des victimes du vaisseau l'Orient, qu'ils recueillirent; le capitaine Folley eut, après Nelson, la plus grande part à cette vie

De son côté l'amiral Bruéys avait reçu le renfort de 3ooo matelots qui, sur le bruit du combat , revenaient de cette même ville d'Alexandrie. Ce fut alors que la plus terrible fatalité se déclara contre la flotte française : l'amiral Bruéys, qui, à bord de l'Orient, n'avait cessé de combattre au poste le plus périlleux, fut tué; et l'amiral Villeneuve, auquelle commandement passait, ou n'en fut instruit que . trop tard, ou ne sut point user de la grande supériorité qui restait encore acquise à la flotte française. Les beaux vaisseaux de sa majestueuse avant-garde ne firent aucun mouvement et restèrent embossés.A onze heures du soir, le plus horrible spectacle vient jeter la consternation dans l'escadre française : c'est le plus beau vaisseau de l'univers, c'est l'Orient qui s'embrase ; les pompes sont rompues, les seaux brisés; on voit les matelots éperdus se jeter à la mer; rien ne peut plus arrêter le progrès des flammes; amis ou ennemis, tout fuit l'approche du colosse embrasé; les Français attendent en frémissant le moment de la dernière explosion. Un bruit semblable à l'éruption d'un volcan apprend que le magnifique vaisseau a sauté. Bientôt tout a disparu dans les flots. Cette épouvantable

explosion suspendit le combat pendant un quart d'heure; mais les Anglais, déjà sûrs de la victoire, la poursuivent avec une ardeur indomptable; leursvaisseaux les plus maltraités se rendent encore terribles; jamais ils n'ont mis plus de précision dans leurs manœuvres ; l'avant-garde française s'anéantissait par degrés; le Franklin, le Tonnant, étaient fracassés dans leur mâture ; l'Artémise était enflammé; l'Heureux et le Mercure échoués sur des rochers ; le Guerrier, le Conquérant, le Spartiate, l'Aquilon, le Peuple Souverain, entièrement démâtés, étaient au pouvoir des Anglais; enfin, à deux heures, l'amiralVilleneuve coupa ses câbles et prit le large, emmenant le Guillaume-Tellqu'il montait, le Généreux, et les frégates la Diane et la Justice : voilà tout ce qui fut sauvé du plus magnifique armement. Nelson avait été servi par la fortune bien audelà de ses espérances; en détruisant une telle escadre, il pouvait se flatter d'avoir isolé de l'univers la plus brillante armée de la France. Mais la flotte victorieuse offrait elle-même le plus triste spectacle : on n'yvoyait que des mâts brisés et des voiles déchirées. Plusieurs marins français avaient donné l'exemple de la plus

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