Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

du temps , vont donner leur nom à la bataille 1 798nouvelle; elles seront la conquête du jour. Le Nil se déploie autour de la contrée florissante qui est née de son limon, et qu'il fertilise. Dans un grand éloignement, on aperçoit les mosquées et les minarets du Caire: on va bientôt occuper les champs de l'antique Memphis. Bonaparte, dont l'imagination est exaltée par ce spectacle, redouble d'adresse et de génie pour enflammer les soldats : pour toute harangue il"leur adresse ces mots qu'on peut regarder comme le sublime de l'éloquence militaire : « Du haut de ces Pyra« mides, quarante siècles vous contemplent! » Qu'a-t-il à faire pour obtenir la victoire? rien, que de répéter les belles et savantes dispositions de celle de Chébreisse. L'armée française était rangée dans le même ordre, la gauche appuyée au Nil et la droite à un grand village. Cependant les divisions marchaient sur le camp retranché des Mamelucls, ouvrage fait avec un art grossier, mais qui semblait bien protégé par huit mille intrépides et excellens cavaliers; leurs armes réfléchissent les feux du soleil, ils sont chargés du fer qui leur a soumis cette contrée, et de l'or que leurs exactions ont arraché. Les

1798. cris de allah se mêlent au son des trompettes et au hennissement des chevaux. Mourad-Bey s'avance et veut profiter de la marche de l'armée francaise, pour tenter une attaque plus furieuse encore que celle de Chébreisse. Tantôt les carrés se tiennent immobiles pour les recevoir, tantôt les divisions marchent comme un corps à la fois impénétrable et rapide; tout se soutient et s'appuie. L'artillerie se démasque et vomit la mitraille sur les assaillans; la baïonnette rompt l'espoir des cavaliers, et force les chevaux à tourner autour des carrés. Les Mamelucks, après avoir manqué leur charge, cèdent encore à toute leur fureur: il y en eut qui vinrent enflammer leur habit au feu de la mousqueterie; d'autres, pour se faire jour à travers les carrés, dirigeaient leurs chevaux à reculons sur les rangs hérissés de baïonnettes; quelques uns déjà blessés se traînaient entre les jambes des soldats pour leur couper les jarrets avec leurs sabres recourbés. Mais tandis que Desaix, Régnier et Bon, Menou et Bonaparte au centre repoussaient leurs efforts, et mettaient en déroute une si vaillante et si puissante cavalerie, Marmont et Rampon, débouchant par un bois de palmiers, s'emparaient du village d'Embabé, gage de la bataille, cl bientôt toute l'ar- 1798mée entra dans le camp retranché des Mamelucks. Le butin fut immense; le soldat français conquit dans cette journée plus d'or qu'il n'en avait trouvé dans l'Italie. La bataille des Pyramides, peu meurtrière pour l'armée française dont les carrés n'avaient point été rompus, décida la conquête de toute la basse Egypte. Les Mamelucks, forcés dans leur camp retranché, avaient autant souffert du désordre et de l'épouvante de leur mauvaise infanterie, que de toute l'ardeur française; leur perte avait été de près de trois mille hommes, parmi lesquels étaient mille prisonniers.

La ville du Caire, entourée de hautes mu- prise dn railles qui tombaient en ruine, ouvrit ses"'"' portes le lendemain de la bataille; les Français y trouvèrent un digne prix de leurs fatigues et de leurs combats ; moins ils avaient été portés à croire que cette ville eût quelque importance, plus ils étaient frappés de sa magnificence orientale; du grand nombre de ses mosquées et même de ses palais; du luxe des divans, des tapis et même des vêtemens; des vieux monumens hydrauliques qui recueillent, contiennent ou transportent les

1798. inondations du Nil; du nombre immense des boutiques; de la propreté et de l'art avec lesquels sont tenus les bains publics; du tableau animé des cafés, où le peuple le plus asservi de la terre trouve encore quelque consolation à s'entretenir des affaires publiques ; des pieuses magnificences qu'offre un immense cimetière qu'on appelle la ville des morts; enfin du mouvement animé d'une population de deux cent dix mille âmes, composée du mélange d'un grand nombre de nations et de sectes diverses. Les plaisirs de la sensualité ne manquaient pas dans cette capitale : les conserves, les pâtisseries, le café, l'opium, les sorbets, et même des vins recherchés, faisaient oublier aux soldats les horribles privations du désert.

Le repos ne fut pas long pour une grande partie de cette armée. Mourad-Bey s'était retiré dans la haute Egypte; le gênér al Desaix reçut l'ordre de l'y poursuivre. Les Français eurent à traverser des déserts bien plus longs, bien plus effroyables que celui dont ils s'étaient montrés si cruellement fatigués. Bonaparte se chargea de poursuivre Ibrahim-Bey, qui tentait encore avec ses Mamelucks quelques incursions dans le Delta. Rosette et Damiette étaient soumises. Tout promettait à Bona- i798. parte un nouvel empire d'Orient dont la capitale était encore indéterminée, mais pouvait être ou Damas ou Constantinople même. Que craindre des armées musulmanes, après avoir détruit en deux journées leur plus brillante cavalerie, celle des Mamelucks? L'Egypte fécondée par des mains françaises, quand elle serait enrichie de toutes les cultures qui ont rendu si florissantes les colonies du sud du Nouveau-Monde, devenait une conquête d'un prix inestimable. Tel était l'espoir de Bonaparte, de ses officiers et des savans qui l'entouraient, lorsqu'un événement fatal leur fit dire : « Pour nous plus de conquêtes, plus de « sûreté, plus de patrie ». Cet événement, c'était la bataille navale d'Aboukir.

J'ai dit que l'amiral Bruéys désespérant de Bataille n». faire entrer ses vaisseaux dans le port d'Alexan- kir."' drie, les avait embossés dans la rade d'Aboukir; il se serait regardé comme coupable de remettre à la voile avant d'avoir eu des nouvelles certaines de l'entrée triomphante des Français dans la ville du Caire; si les événemens leur étaient contraires, fallait-il priver une armée si brillante et de tels généraux des moyens d'être rendus à la France ? Mais l'ami

« ZurückWeiter »