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i798. lucks obéissaient à huit beys ou souverains qui partageaient l'Egypte, et dont les plus puissans comme les plus habiles étaient Mourad et Ibrahim. Leur cavalerie, c'est-àdire leur véritable milice se montait à douze mille hommes : des Arabes , des Arnautes et des aventuriers de l'Asie ou de l'Europe leur formaient une infanterie fort supérieure en nombre à celle de l'armée française , mais indigne de se mesurer avec elle.

L'ennui d'un long désert, les tournions de la soif et de la faim avaient cruellement agi sur l'imagination des Français. Ils opposaient le souvenir des belles plaines et des délices de l'Italie à ces sables monotones qui fatiguent la vue et leur faisaient craindre la cécité. Sortaient-ils du désert pour entrer dans quelques villages, ils y trouvaient un genre d'abondance qui rendait encore leur désespoir plus profond; c'étaient d'énormes magasins de blé qui, faute de moyens de mouture, ne leur offraient presque aucun aliment. Les grains qu'ils faisaient griller remplaçaient trop mal le pain. Dans leurs murmures, ils n'accusaient point leur général; ils le plaignaient au contraire d'avoir été la victime des ombrages du Directoire, et la dupe de ses promesses. Ils se regardaient comme sacrifiés, parce qu'il, Vait fallu un prétexte pour l'éloignement du héros. « Qu'on « ne parle plus, disaient-ils, des déserts dé la « Guiane, où l'on a déporté des royalistes. « Les vainqueurs de l'Italie sont déportés à « leur tour, et voici un désert plus affreux « que ceux du Nouveau-Monde. » En vain leur parlait-on des richesses et des magnificences du Caire, ils se refusaient a croire que cette ville existât, ou bien ils s'en formaient l'image d'après quelques misérables bourgades qu'ils avaient rencontrées; des grenadiers pleuraient en pensant à leur patrie qu'ils n'espéraient plus revoir. C'était au général Caffarelli Dufalga qu'ils attribuaient le projet de l'expédition d'Egypte : on juge de combien d'imprécations son nom était couvert; mais ils y mêlaient quelquefois des plaisanteries , dont les Français ne savent s'abstenir ni dans aucun genre de détresse ni dans aucun accès de colère. Le général Caflarelli portait une jambe de bois, et les soldats disaient: « II se moque de cela, lui; il a un pied en « France ». Comme ils avaient vu les savans pleins d'enthousiasme pour cette expédition , ils leur en faisaient un sujet de reproche; il

1798.

Bataille de

Chébreisse.

fallait toute l'autorité de Bonaparte et la considération qu'h témoignait aux savans, pour les mettre à l'abri des fureurs de la troupe. Un désespoir de si mauvais augure se calma par degrés. Les pastèques ou melons d'eau, qu'ils trouvèrent en abondance, furent pour eux la manne du désert. Des transports de joie s'élèvent quand ils découvrent le Nil, on s'y plonge, on s'abreuve de ses eaux, on admire son cours et ses rivages, on s'entretient des merveilles de ses inondations ; mais la charge sonne, on aperçoit enfin les ennemis. Huit cents Mamelucks viennent caracoler intrépidement sur le front de l'armée; les Français s'étonnent de leur audace, de leur agilité et de celle de leurs chevaux arabes. Une décharge d'artillerie les force à

la retraite; mais ils la font encore en me

naçant.
Au sortir de Rhamanié, où s'était engagé
ce petit combat, il fallait encore se dévouer
à la marche la plus fatigante ; mais les Ma-
melucks se chargèrent de tirer les Français
de l'état de langueur où ils allaient retom-
ber; ils se présentent au nombre de quatre
mille, tout brillans d'or et de fer. L'armée
d'Orient n'avait qu'un assez petit nombre de

chevaux, encore étaient-ils fatigués de la route; c'est à l'infanterie à soutenir le choc le plus terrible. Bonaparte la dispose pour cette bataille d'un genre nouveau. Chacune des cinq divisions qui la composent forme un carré, et toutes se flanquent réciproquement. L'artillerie est placée aux angles, la cavalerie et les équipages au centre. Les Mamelucks étaient appuyés au village de Chébreisse et au Nil sur lequel ils avaient une flottille composée de chaloupes canonnières. D'abord le combat s'engage entre celle-ci et la flottille française; même ardeur de part et d'autre ; une galère française est enlevée à l'abordage, bientôt elle est reprise; plusieurs chaloupes canonnières de l'ennemi sont brûlées. Quelques uns des savans français avaient pris une part active à ce petit combat naval. Monge et Bertholet surent, par leur ardeur et leur intelligence, guérir les soldats d'une prévention fâcheuse. L'habile secrétaire de Bonaparte, M. Bourienne, eut aussi part à ce succès. Mais les Mamelucks n'ont point confié leur défense à leur seule flottilie. Mourad-Bey, qui les

commande, s'élance à leur tête; il charge

tour à tour les divisions Desaix et Régnier. Chevaux et cavaliers viennent s'offrir aux

1798. 1798.

baïonnettes croisées des Français : ils fondent sur les carrés, mais ils ne peuvent parvenir à renverser ces murailles de feu, " ces remparts de baïonnettes. Ils s'étaient persuadé que les Français étaient tous liés entre eux. Comme, sur un autre point, les divisions Rampon et Marmont se mettaient en marche avec assez de rapidité, Mourad-Bey fond sur elles avec impétuosité; les Français restent inébranlables. Les Mamelucks, dont les rangs sont terriblement éclaircis, veulent en vain se retirer sur leur camp retranché; les Français les poursuivent, et de précieuses dépouilles en or, en armes, en vivres, en bagages, en chameaux, deviennent les trophées de cette première victoire.

Bataille des La marche se continue sur le Caire; l'Egypte

Pyramides.
Juillet 1798.

commence à se colorer un peu aux yeux des Français. Tout à coup on découvre les Pyramides, et des cris de joie et d'orgueil s'élancent de l'armée; les ardeurs de la canicule sous un tel ciel sont oubliées. Pour comble de bonheur, on découvre l'armée des Mamelucks rangée en bataille : on pourra donc signaler

cette journée par une victoire décisive. Les

Pyramides, les plus grands monumens par lesquels les hommes aient défié la puissance

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