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si Nelson se fût présenté, la fortune veille en- 1798. core sur eux : ce sera là sa dernière faveur. Quatre mille hommes sont débarqués; la nuit arrive, il faut en profiter. Bonaparte se porte sur Alexandrie. A deux heures du matin il est en marche. Les divisions suivront cette route à mesure qu'elles débarqueront. On rencontre un corps d'Arabes qui couvre les hauteurs de la ville, Ils attaquent; la fusillade s'engage, ils s'enfoncent dans le désert; on est devant les murs de la ville. Bonaparte eût désir^parlementer. D'effroyables hurlemens qm s'élèvent, qui redoublent, apprennent à quel degré la rage des habitaus s'est portée. On bat la charge; on escalade les murs. Le général KJéber, qui monte un des premiers, est atteint d'une balle; le général Menou est renversé du haut des murailles qu'il avait franchies. Le soldat, emporté par son ardeur, entre dans la ville. On se fusille; on s'égorge dans les rues. Mais Bonaparte a réussi à calmer les habitans de la ville, en leur faisant dire, par le commandant d'une caravelle turque, qu'il vient comme allié du gouvernement ottoman châtier des beys rebelles'et usurpateurs. Le carnage s'arrête; la ville capitule, et Bonaparte est maître d'Alexandrie.

1798.

Tout venait exalter l'imagination d'un conquérant dans une ville fondée par Alexandre, tombeau de ce grand homme, depuis tombeau de Pompée, et qui, bientôt après la mort de ce capitaine, avait été successivement occupée par trois maîtres du monde , César, Antoine et Auguste. Les savans et les militaires raisonnaient sur l'admirable position d'une ville que son grand fondateur avait créée avec tant de génie, pour être le centre et le lien des trois parties du monde connu. On admirait les monumens de la gran

| deur des Ptolomée et de celle des Romains ;

la colonne de Pompée frappait l'imagination
par son aspect sublime. Mais l'immobilité,
la paresse et la sordide incurie des Musul-
mans faisaient demander ce qu'était devenue
cette population d'Alexandrie, autrefois si
brillante, si mobile, si amoureuse de subti-
lités, de controverses, enfin si dangereuse à
ses maîtres par de séditieux caprices.
Un grave sujet de délibération occupait le
général Bonaparte et l'amiral Bruéys. Il s'agis-
sait de savoir où on ferait entrer l'escadre; il
n'était pas temps encore qu'elle remît à la
voile pour regagner ou Malte, ou Corfou,
ou Toulon. Il fallait connaître les premières

chances des combats qui allaient être livrés 1798. aux Mamelucks : il fallait surtout que la possession du Caire répondît au moins de la soumission de la basse Egypte. On ne pouvait faire entrer les vaisseaux de 74 qu'en allégeant leur bagage et en les dégarnissant de leur artillerie; mais, outre dix vaisseaux de 74 > l'escadre en contenait trois, l'un de i20, et les deux autres de 80. L'amiral Bruéys ne voyait aucune possibilité à faire entrer ces trois vaisseaux, même en les allégeant beaucoup. Il prit le parti, non à ce qu'il paraît sans quelque résistance et quelques alarmes de Bonaparte, de faire entrer l'escadre dans la rade d'Aboukir. Il y établit sa ligne d'embossage, en se fortifiant d'une petite île qu'il garnit d'une artillerie insuffisante , comm'e un fatal événement le démontra.

L'armée quitte Alexandrie au bout de quelques jours, et s'engage dans le vaste désert qui sépare cette ville de la capitale. A chaque instant les Arabes harcellent l'armée , égorgent et pillent tous ceux qui s'éloignent ou sont en retard. Ils ont comblé tous les puits; le soldat éprouve pendant plusieurs jours le supplice d'un'e soif dévo

260 1798. rante; un verre d'eau saumâtre se paie au

poids de l'or.

Gonverne- Mais arrêtons-nous un moment pour conhiek" Ma"sidérer la nouvelle espèce d'ennemis qu'auront à combattre les Français. Quel étrange phénomène que ces Mamelucks esclaves, enlevés dans leur enfance de la Circassie ou de la Géorgie , qui, familiers et infâmes complaisans de leurs maîtres nés esclaves comme eux , forment une milice souveraine , tantôt en reconnaissant, tantôt en foulant aux pieds la faible suzeraineté de la Porte ! Il serait inutile de rechercher ici l'époque précise où cette singulière milice parvint à dominer sur l'Egypte. Saint-Louis, dans son illustre et malheureuse croisade, avait déjà trouvé les Mamelucks établis , mais non aussi puissans dans cette contrée. La race de ces tyrans, voués à la stérilité par la fureur continue d'un penchant monstrueux, ne peut se renouveler que par une perpétuelle adoption de leurs jeunes compatriotes : comme ils ont servi avec bassesse , ils commandent avec cruauté. Ce que nos annales ont rapporté de plus hideux et de plus barbare de l'oppression féodale, ne peut encore donner une idée de celle que les Mamelucks exercent sur le peuple d'Egypte.

Les cultivateurs ne sont presque partout que 1798. leurs fermiers , les commerçans que leurs receveurs : ce n'est guère que dans la ville du Caire que leur tyrannie se trouve un peu restreinte ou modifiée par la tyrannie de la Porte ottomane. Celle-ci manifeste-t-elle quelques prétentions jalouses, les Mameluclvs ne font qu'une âme pour lui résister; mais ils se divisent dès que rien ne trouble plus leur empire. Le nombre des chefs qu'ils se donnent varie sans cesse; ils jugent leurs maîtres avec le cimeterre; leurs fréquentes guerres civiles les tiennent dans un continuel exercice des armes. Ce serait pour eux une dégradation que de combattre à pied; mais le monde n'offrait point une cavalerie plus redoutable. Maîtres vigilans, éclairés et judicieux pour leurs seuls chevaux, ils développent par les soins et les caresses de l'amitié l'intelligence et l'ardeur de ce fier animal; le luxe de leurs armes surpasse celui de tous les guerriers de l'Europe. Ils portent dans des ceintures la plus grande partie de l'or qu'ils ont extorqué, et ne l'abandonnent point au milieu du combat, parce qu'ils veulent avoir.à défendre à la fois leur fortune et leur vie. A l'époque de la descente, les Mame

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