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la première sommation. La confusion s'accroissait entre les chevaliers ; ils s'accusaient réciproquement; ils accusaient surtout le grand-maître de l'ordre, Ferdinand Hompesch. Le peuple et les milices faisaient entendre le cri de trahison, presque toujours aussi funeste qu'une trahison réelle. Tout annonçait que la domination des chevaliers commençait à leur peser, et que les principes de la révolution française avaient pénétré sur ces rochers. Les forces étaient disséminées dans un grand nombre de forts ; ils furent presque tous emportés par les Français qui s'étonnaient d'éprouver si peu de résistance dans cet antique et noble asile du courage. Il ne restait plus que la ville à assiéger. Bonaparte menaçait de la bombarder. Les chevaliers parlementèrent; Dolomieu eut le malheur d'être employé à cette négociation, et de réussir suivant les vœux du général. Le 23, il fut convenu que Bonaparte entrerait dans la ville , et sa flotte dans le port. La capitulation lui livra une des places les plus importantes de la Méditerranée, un très beau port, deux vaisseaux de ligne, une frégate, trois galères, trente mille fusils , des approvisionnemens considérables, et le trésor de l'ordre, qui s'élevait à trois millions de francs. Le vain- 179Squeur ne s'engagea qu'à procurer au grandmaître une souveraineté en Allemagne, qui deviendrait le chef-lieu de l'ordre; il lui assurait *en attendant, une pension de cent mille écus, et lui donnait six cent mille francs comptant , exécrable salaire qui couvrira son nom d'une éternelle ignominie. Le général garantissait aux chevaliers français reçus avant i792 la faculté de rentrer dans leur patrie, sept cents livres de pension, et mille livres aux sexagénaires. Cette expédition, où la fortune . seconda d'une manière si étonnante l'activité et la politique, ne coûta à Bonaparte que neuf jours. Il lui tardait de partir et d'accomplir un plus vaste dessein. Il mit à la voile le 22 juin, et laissa pour la défense de sa conquête une forte garnison sous les ordres du général Vaubois, que la flotte anglaise vint bientôt attaquer.

Malte changea de lois, mais pour ne plus rentrer sous celles de ces brillans chevaliers qui seuls rappelaient encore les grands souvenirs des croisades. Ce grand boulevartélevé contre l'islamisme, contre les progrès long-temps si redoutables de la puissance ottomane, et contre les pirateries africaines, disparut en laissant

1798. un vide immense dans la Méditerranée. Rieu ne put persuader aux Anglais de renoncer a cette possession où leur puissante marine remplace si mal les caravanes des chevaliers; la conquête de Bonaparte et celle des Adulais ne tournèrent qu'au profit des puissances barbaresques. Paul I" conçut la pensée de rétablir l'ordre de Malte, et il se fit donner avec orgueil le titre de grand-maître par de nombreux chevaliers qu'il avait appelés à SaintPétersbourg. La politique anglaise se joua d'une résolution aussi magnanime que chrétienne , et ne vit dans cette prétention qu'un acte de la plus insigne folie. Quant à la déplorable facilité de cette prise de possession, elle est attestée par un mot de l'un des lieutenans de Bonaparte, Caffarelli Dufalga. « II »( est bien heureux, disait-il à la vue d'innom« brables fossés et contrescarpes, il est bien « heureux que nous ayons trouvé quelqu'un « pour nous en ouvrir les portes, car jamais « nous n'aurions pu y entrer. » Le grand-prieur de Malte et un grand nombre de chevaliers protestèrent contre cette infâme capitulation. Le grand-maître Hompesch, le trésorier de l'ordre Ransigat, et plusieurs autres, virent révéler dans cette protestation des faits qui achevaient de mettre en évidence leur dé- 1798loyauté. On apprit ainsi que le grand-maître, en convoquant le conseil de l'ordre pour lui soumettre la capitulation proposée, avait pris soin d'en exclure les chevaliers les plus anciens, les plus braves et les plus fidèles, tels que Le Bailli de Tigny, Gurgeo, Clugny, Tillet, Bellement, Loras, Latour-Saint-Quentin,LatourDupin et plusieurs antres.

Par une prodigieuse faveur de la fortune, Pr'8,e. llA"

, , lexandrie.

Bonaparte assure d une nouvelle conquête se Jnin 1798vit dégagé de l'extrême péril auquel son audace l'avait exposé, celui de placer son armée et sa flotte entre les feux d'une des premières places de l'univers et les feux de l'escadre anglaise. Avant que l'expédition mît à la voile, le secret de sa destination était aussi bien pénétré en France qu'en Angleterre. L'amiral lord Saint-Vincent, inquiet sur le mouvement de Toulon, avait détaché de sa puissante escadre treize vaisseaux delignepour visiter la Méditerranée : cette flotte était sous la conduite de Nelson, le plus audacieux marin que possédât l'Angleterre. Celui-ci fit une extrême diligence pour gagner l'Egypte et attaquer la flotte française au moment où elle voudrait débarquer à Alexandrie; les vents ne le secondèrent que trop bien; car il arriva

798. plusieurs jours avant l'escadre française, et n'apercevant rien, il crut avoir été trompé par des rapports infidèles. L'expédition de Malte et le retard de neuf jours qu'elle avait occasionné, achevèrent de déranger ses calculs; il prit le parti de revenir sur ses pas, et dirigea sa route vers le nord-est. La flotte française remit à la voile, et fut rapidement portée sur Alexandrie : elle arriva devant ce port le 28 juin. La flotte anglaise en se présentant avait déjà répandu l'alarme sur une invasion qui paraissait si peu vraisemblable. Les habitans d'Alexandrie s'armaient avec précipitation; les Mamelucks prévenus accouraient à la défense de la ville. Le consul français avait couru des dangers, aussi se hâta-t-il d'échapper, et vint-il chercher un refuge à bord du vaisseau amiral. Tout ce qui restait de Français et même de chrétiens était menacé de la fureur musulmane. •

Bonaparte voit qu'il n'y a pas un instant à perdre; il ordonne le débarquement et il indique pour l'opérer la tour de Marabou. La mer est agitée, la côte est toute bordée de récifs dangereux. Mille canots s'élancent. Bonaparte , monté sur une galère, saute sur le rivage. Pendant ce mouvement, qui exposait beaucoup les vaisseaux

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