Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

1796. diriger les royalistes. Il se forma chez M. de la Villeurnois un conciliabule auquel furent appelés d'autres personnages tels que le baron Poli. Ils devisaient entre eux sur les moyens de s'emparer du Luxembourg, des deux Conseils, du trésor, et de faire proclamer dans Paris Louis XVIII. Dans leurs rêveries politiques ils allaient jusqu'à disposer de la volonté du Roi; ils nommaient ses ministres ,, déterminaient ceux auxquels il pouvait faire grâce , et toutes les lois conciliatrices qui pouvaient cimenter et faire bénir sa puissance. Mais ou n'avançait pus dans les moyens d'exécution, lorsque Poli proposa de s'adresf. ser aux deux chefs de la garde, à ce même Ramel, à ce même Malo qui venaient de mériter la haine implacable des Jacobins, en recevant dans le camp de Grenelle leur fraternité à coups de sabre. On espérait, par leurs moyens, disposer des grenadiers de la garde, et se rendre maître de la personne des Directeurs. Malo, qui avait quitté l'habit de moine pour suivre la carrière des armes, se présentait comme un auxiliaire fort suspect pour la cause du royalisme, mais la haine que les Jacobins lui portaient parut à ces hommes imprudensuue garantie suffisante de sa fidélité. A peine eut-il recu leurs premièreeouvei'lures, qu'il courut en faire part au ministre de la police et aux Directeurs. Ramel prit ensuite le même parti, et tous deux reçurent l'ordre d'entretenir les folles espérances des royalistes, et de feindre d'entrer dans leurs projets pour en connaître toute l'étendue. Ils se prêtèrent à ce rôle odieux. Il est fort à présumer que ce furent leurs promesses qui donnèrent à des projets sans base l'apparence d'un complot, la Villeurnois se chargea d'en rédiger le plan et l'écrivit de sa main. Maloleur indiqua pour lieu de rendez-vous l'hôtel même de l'EcoleMilitaire, où il résidait; et le choix d'un lieu si dangereux n'altéra point la confiance des conspirateurs. Malo n'avait pas manqué de faire cacher dans son appartement des agens de police pour écouter l'entretien et le troubler subitement. 1l venait de leur prodiguer et promesses et sermens lorsqu'il donna le signaL La Villeurnois , Poli, l'abbé Brottier et Duverne-du-Presle sont arrêtés, et l'on saisit sur eux nombre de pièces où sont tracés les détails du complot 1 et d'autres qui prouvent qu'ils ont agi ou plutôt qu'ils ont cru agir au nom du Roi. Dans la nuit on arrête encore sept ou huit autres personnes soupçonnées

1796. d'intelligence avec eux. Le lendemain grand bruit du complot avorté, du danger imminent et terrible auquel viennent d'échapper et le Directoire et la République. On fait part aux deux Conseils du plan des conspirateurs, on lit une proclamation qu'ils avaient rédigée au nom du Roi. MM. Portalis, Siméon, BarbéMarbois apprennent qu'ils avaient été désignés pour faire partie du ministère provisoire qui attendrait les ordres de Louis XVIII, et le ministre de la police, par les soins duquel ce complot a été découvert ou plutôt ourdi, est obligé d'entendre lire une pièce dans laquelle les conspirateurs lui conservaient au nom du Roi le ministère de la police. Comme il était coupable du vote régicide, on voit que les conspirateurs étendaient assez loin leur clémence. La joie la plus vive règne parmi les vieux montagnards, qui feignent de frémir et de crainte et d'horreur. Les royalistes ne peuvent concevoir qui a pu susciter cette extravagante intrigue, et ils en déplorent les suites pour une cause difficile qu'ils s'attachent à servir de toutes les forces de leur raison. Les amis du Directoire portent au ciel le service rendu à la République par Malo et Ramel, et dans leur enthousiasme ils font décréter que ces deux officiers ont bien 1796. mérité de la patrie, formule par laquelle on n'a cessé de payer les victoires des Jourdan, des Pichegru, des Hoche, des Moreau et des Bonaparte. Bientôt on apprend que par ordre du Directoire, les conspirateurs royalistes sont traduits à un conseil de guerre comme prévenus d'embauchage. M. Pastoret réclame avec force et courage le jugement par jurés, le seul mode constitutionnel. On répond à cet orateur comme s'il venait de s'avdTJer le complice des agens royaux. Il s'élève dans le sein de l'assemblée une tempête affreuse qui rappelle les jours sinistres de la Convention. On voit que les montagnards et que le Directoire lui-même ne laisseront pas tomber les armes que le hasard ou l'artifice leur a fournies pour perdre leurs adversaires. L'ordre du jour fait triompher le Directoire.

Entre tous les accusés, la Villeurnois fut celui qui, devant le conseil militaire , se défendit avec le plus de calme, de dignité et de candeur; il ne niait rien de ce qui pouvait le compromettre, professait sessentimensroyalistes , en même temps l'on pouvait reconnaître qu'il était animé d'un esprit de modération bien rare chez un conspirateur. Il

1796. prouvait avec évidence que tout ce qui présentait un indice de complot avait été proposé par les deux dénonciateurs. Il croyait n'avoir été trompé que par l'un de ces deux hommes, mais l'événement a fait connaître ou du moi.is doit faire présumer qu'il l'avait été dès longtemps par l'un de ses premiers complices, par Du verne-du-Presle. Celui-ci dans les débats ne se déclara point encore un traître, et même il ne fut point séparé d'eux dans la condamnation. Mais tout porte à croire qu'il avait déjà fait des révélations secrètes. Quant à Ramel et Malo, ils ne s'accordaient point parfaitement entre eux dans leurs déclarations, la Villeurnois les confondait souvent par la sincérité de ses réponses, et il paraissait clair que dans le conciliabule c'était Malo qui avait fait les propositions les plus violentes. L'accusation portait qu'on avait voulu l'embaucher, mais c'était lui vraiment qui avait pratiqué toutes les voies de la séduction envers des hommes que la passion rendait crédules. Les juges militaires, lorsqu'ils adressaient quelque interpellation à la Villeurnois ne pouvaient s'empêcher de montrer à cet ancien magistrat du respect et de la pitié. Tout les forçait de ne voir en lui qu'un

« ZurückWeiter »