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avec lequel une élite de généraux, de marins, de savans et d'artistes s'engageait, sous Bonaparte, dans une expédition dont le secret n'était encore que faiblement deviné.Au moment même où il excitait les cmbrages jaloux du Directoire, il avait reçu tout pouvoir pour préparer la plus magnifique expédition qui fût jamais sortie des ports de France. Comme il s'agissait de tenir l'Angleterre indécise sur le but d'un tel armement, Bonaparte volait des côtes de l'Océan à celles de la Méditerranée. Notre marine tout entière passait sous ses lois. Le Directoire lui avait cédé une partie des opulentes dépouilles de Berne. Deux ou trois millions de livres tournois, provemant du trésor de cette république, étaient embarqués à bord de la flotte rassemblée à Toulon, et devaient bientôt, comme par un châtiment du ciel, être engloutis dans les flots au combat d'Aboukir. Les savans, les artistes et même les gens de lettres qui s'embarquaient avec Bonaparte, étaient tout radieux de confiance, et semblaient plaindre les parens, les amis qu'ils laissaient dans leur patrie. Un discours que M. de Talleyrand, ministre des affaires étrangères, avait lu dans une séance générale de l'Institut, et dans

1798.

1798. lequel il s'était étendu sur les merveilleux avantages de l'Egypte si elle devenait une colonie française, avait paru indiquer le but de l'expédition. Mais n'était-ce point une ruse diplomatique faite pour détourner l'attention des Anglais d'une destination encore plus alarmante pour eux. Dans l'état de confusion où tant d'événemens, et surtout la révolution de Suisse, avaient plongé le droit des gens, on regardait comme la question la plus oiseuse de rechercher quels droits on pouvait avoir sur l'Egypte, quels griefs on pouvait alléguer, soit contre la Turquie, soit contre les Mamelucks. On voyait dans l'Egypte une magnifique compensation de la perte de Saint-Domingue, et une grande source de désolation pour le commerce et pour la marine de l'Angleterre. Déjà les esprits s'exerçaient tantôt sur les moyens de reprendre le vieux passage des Indes, de communiquer avec Tippo-Saëb, cet intrépide adversaire des Anglais, et de ruiner leur empire du Bengale; tantôt sur la conquête prochaine de l'Arabie Heureuse, de cette Palestine si chère et si funeste aux croisés, de la Syrie, et peut-être de Constantiiiople. Ceux même des savans q ù, fidèles aux oracles philosophiques, avaient insulté au délire des croisades, mon- 1798. traient le plus vif enthousiasme pour une croisade scientifique. Le 19 mai l'escadre française appareilla de †

Toulon; elle était composée de treize vais-Bonaparte seaux de ligne, parmi lesquels étaient le magnifique vaisseau. l'Orient, de cent vingt canons; le Guillaume Tell et le Généreux, de quatre-vingts; tous les autres vaisseaux, de soixante-quatorze. Quatre-vingt-dix autres bâtimens de guerre, frégates, cutters, chaloupes canonnières, ou galiotes à bombes, et plus de trois cents bâtimens de transport. L'armée qui la montait était de vingt-huit mille hommes, presque tous vieux soldats de l'armée d'Italie. Le 8 juin une partie de cet immense armement parut devant Malte. L'ordre célèbre qui régnait dans cette île était misérablement dispersé et affaibli depuis la révolution française. La plupart des chevaliers français, émus des périls de leur roi, avaient regardé comme leur premier devoir de se rallier aux drapeaux des princes; d'autres combattaient dans la Vendée, dans la Bretagne; plusieurs avaient péri dans les journées de Quiberon. Une funeste sécurité s'était emparée de la plupart de ceux qui

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1798. étaient restés à Malte. La marine des républicains n'avait paru , soit sur l'Océan, soit sur la Méditerranée, que pour éprouver des désastres. L'incendie de Toulon, en i793, avait pu faire croire aux chevaliers de Malte qu'aucun armement ne sortirait de long-temps de cette rade pour menacer leur île. Plusieurs des chevaliers allemands, italiens ou espagnols ne condamnaient qu'avec tiédeur la révolution française, et raillaient pesamment la prévoyance inquiète de ceux qui pensaient que cette révolution pourrait un jour planter son étendard sur le glorieux rocher dont ils étaient gardiens. L'influence de ce parti insouciant ne s'était que trop fait sentir l'année précédente; on avait élevé à la fonction de grand-maître de l'ordre de Malte, à cette espèce de souveraineté immortalisée par les Parisot-Lavalette, par les Villiers-Lisle-Adam, un homme dont l'esprit lourd et le caractère apathique eussent été un obstacle à tout bien, même dans les temps les plus calmes: c'était Ferdinand Hompesch. Bonaparte, dont les desseins sur Malte étaient arrêtés depuis longtemps , avait à bord un chevalier de cet ordre que sa vive passion pour les sciences avait fixé à Paris, le chevalier de Dolomieu,

l'un des maturalistes les plus distingués. Le
général savait que dans cette île on avait de-
puislong-temps négligé d'urgentes réparations
pour les forts. -
Le 21 juin, Bonaparte fit demander au
grand-maître de fecevoir dans le port l'armée
navale française. Une invasion aussi brusque
et aussi formidable n'avait point été prévue.
On cherchait à gagner du temps; Bonaparte
n'en accordait point. La terreur était la même
dans cette île que si elle n'eût pas été défen-
due par toutes les fortifications de l'art et de
la nature; que si elle n'eût pas eu près de sept
mille honmmes et une nombreuse artillerie à
opposer à l'attaque des Français; enfin que
si elle n'eût eu aucun souvenir de l'immortel
siége soutenu contre toutes les forces du vic-
torieux Soliman. Bonaparte reconnut à dif-
férens signes la terreur, le découragement,
et surtout l'anarchie qui régnaient parmi les
chevaliers. Il en profita. Le 22, l'armée fran-
çaise prit terre sur huit points différens, et
n'éprouva qu'une faible résistance. Un régi-
ment de milice fut désarmé par cent Fran-
çais; un autre chassé jusque dans la ville. Le
général Vaubois marcha sur la cité vieille
avec une colonne; on lui ouvrit les portes à

1798.

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