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1798. elle passait lui faisaient craindre ou des combats ou des meurtres elle usait sans ménagement du droit de la guerre. Les lazzaroni s'en vengeaient dans Naples, en incendiant euxmêmes les maisons ou les palais de tous ceux qu'ils avaient signalés comme des traîtres. La mer réfléchissait les feux de ces incendies. Les lazzaroni avaient enfin consenti à marcher sous les lois de Moliterni, jeune et vaillant officier qui avait été blessé dans les combats précédons; mais ils ne parurent qu'un moment respecter les ordres sévères qu'il donna pour rétablir quelque discipline. L'armée française était arrivée près d'A versa, lorsque les lazzaroni se présentent et viennent engager le combat avec tout le courage que peut inspirer une fureur à la fois patriotique et religieuse. Les événemens d'une telle mêlée ne peuvent se décrire; elle dura trois jours entiers, et les Français durent surtout la victoire à leur artillerie. Les lazzaroni étaient enfin rentrés dans la ville, mais avec la résolution de la défendre jusqu'à l'extrémité. Championnet hésitait à donner le signal de l'attaque, parce que tout lui faisait craindre la destruction prochaine d'une ville si populeuse; mais le danger le plus grand était celui de rester immobile en pré- 1798sence de to-ut ce peuple armé. Un parlementaire envoyé par le général français n'a point été reçu , et a couru risque de la vie. Championnet fait attaquer la ville par la porte de Capoue. En même temps il fait cerner les forts Saint-Elme et de l'OEuf : c'étaient des troupes réglées qui les gardaient, et des nobles étaient à leur tête ; ils s'enipressèrent de capituler. Les lazzaroni rugissent en voyant l'étendard tricolore flotter sur les deux châteaux; rien ne leur fait abandonner la porte de Capoue. Quand une troupe entière a disparu sous la mitraille, une autre troupe la remplace avec intrépidité. Leurs rangs sont enfin rompus : les Français s'avancent sur les cadavres amoncelés de leurs ennemis; mais les lazzaroni s'emparent de toutes les maisons et font pleuvoir, du haut des fenêtres et des toits, des tuiles, des pierres , des vases d'eau bouillante et des tisons enflammés : on est obligé de livrer à l'incendie toutes les maisons dont ils se sont emparés. Le soldat français ne s'avance plus qu'une torche à la main : on massacre dans toutes les rues, on pille dans tous les palais; les habitans ne peuvent plus distinguer leurs

1798.

défenseurs de leurs ennemis. Le Vésuve ne
pourrait menacer Naples d'une plus terrible
destruction. La nuit vient et ne sert qu'à
redoubler la fureur du massacre et du pillage.
Cependant les Français ont achevé la conquête
des deux autres forts qui restent pour la
défense de Naples.
Vingt fois le général en chef s'était exposé
à tous les dangers pour se faire entendre de
la populace furieuse. Il avait recommandé à
ses soldats de s'abstenir de tout meurtre inu-
tile. Au troisième jour du combat, on voit
quelques lazzaroni s'approcher des vain-
queurs, commencer à s'entretenir avec eux,
boire ensemble, pendant qu'à côté d'eux se
passaient encore les scènes les plus épouvan-
tables. Tout à coup les Français font reten-
tir, avec mille signes de respect et d'adoration,
le cri de vive saint Janvier ! Les lazzaroni
écoutent et font écho à ce nom si vénéré.
Leurs chefs profitent de ce moment pour les
haranguer. On se mêle, on s'embrasse, on
marche ensemble à l'église de Saint-Janvier.
Le général en chef fait donner une garde
d'honneur à ce saint, devenu le conciliateur
des partis. Bientôt il se fonde une république
nommée parthénopéenne, et les grands de

l'État deviennent les partisans les plus zélés 1798. de ce gouvernement populaire ; mais les formes de l'administration civile ne paraissaient pas suffisantes pour contenir une telle population: Championne! maintint le régime militaire. Le Directoire de France lui en fit un crime: mais ce qu'il reprochait le plus à ce général, c'était de ménager dans leur fortune les malheureux Napolitains. Il ne mit aucune pudeur dans son ingratitude envers le conquérant de Naples; il le destitua, et bientôt même il le fit arrêter.

FIN DU LIVRE SIXIÈME.

1798.

LIVRE SEPTIEME,

Lie livre, qui sera consacré à l'expédition de Bonaparte en Egypte, va nous distraire ua moment de ces guerres partielles et désastreuses où la conquête n'emprunte le masque du génie révolutionnaire que pour ajouter aux malheurs et à l'opprobre des vaincus. Tandis que la République francaise, abusant du courage prodigieux de ses soldats, courbe sous un même joug des peuples fiers de leur liberté ou des peuples amoureux de leur esclavage, et ne multiplie au-dehors l'oppression que pour être encore plus déchirée au-dedans par l'anarchie, c'est un spectacle curieux et même consolant que de voir la civilisation reportée par les armes dans une contrée qui fut son antique berceau :ce tableau, qui ne manque ni d'intérêt ni de grandeur, fixe nos regards sur l'homme qui porte avec lui nos destinées.

J'ai déjà parlé du singulier empressement

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