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rapportaient leur origine. Les femmes, et surtout celles qui étaient les plus distinguées par leur naissance et par leur instruction, secondaient avec enthousiasme cet esprit novateur. Les nobles s'effrayaient peu du sort qu'avaient subi les nobles de France. En épousant avec ardeur la liberté, ils se flattaient de n'en avoir rien à craindre. Le peuple était alors si loin de leurs pensées, qu'ils se regardaient comme sûrs de n'être jamais ni entraînés par ses excès ni exposés à ses fureurs. Cette disposition à changer de lois s'était fait sentir jusque dans l'armée. La trahison avait eu autant de part que la lâcheté aux défaites ignominieuses que je viens de rapporter; la trahison seule pouvait expliquer la reddition subite d'une place telle que Gaëte.

Mais, d'un autre côté, les lazzaroni craignaient tout changement qui viendraitles arracher aux délices de leur paresse et de leur fîère mendicité. Le roi recueillait dans leur affection et dans leur dévoûment le prix de cette politique qui l'avait attaché particulièrement à cette singulière classe de ses sujets. La reine prit le parti d'irriter le zèle , les alarmes et la fureur déces demi-sauvages; bientôt elle n'en

1798. fut plus maîtresse. Toute saine politique, et mêmetoute mesure d'une judicieuse défensive, furent boule versées par l'intervention furieuse de ces prolétaires. Les effets de la trahison étaient manifestes à leurs yeux; mais ils voulaient voir des traîtres dans tousceuxqui possédaient de grands biens et un grand nom. Ils procédaient comme un peuple agité par une révolution, même endétestant les principes révolutionnaires. Cinquante ou soixante mille hommes de cette espèce, en défendant Naples, pouvaient en devenir les dominateurs. Les nobles, déjà désignés à leurs coups, avaient pour perspective le meurtre, la ruine et l'incendie; la crainte la plus pressante exaltait ainsi leurs Reddition de sentimens républicains.

vnâ&u. a— Le général Mack était informé, à Capoue, g'e"vers "en"! de cette situation des esprits dans la capitale; il n'en avait que trop éprouvé les effets dans son armée, et tout lui faisait craindre des trahisons nouvelles. La position qu'il occupait était inexpugnable avec des troupes plus sûres; mais un seul cri de sauve qui peut! pouvait le livrer à l'ignominie la plus complète. La conduite qu'il tint va paraître bien faible ; on peut l'excuser par des circonstances si déplorables. Le roi avait pris le parti de quitter sa capitale, même avant que le sort de Capoue fût décidé, 1798. et de se retirer dans la Sicile. La reine, son ministre Acton, l'ambassadeur anglais, lady Hamilton, et le victorieux Nelson lui-même, l'accompagnaient clans cette retraite. Des bàtimens anglais mouillés dans le port avaient aidé à transporter les bijoux de la couronne, le trésor de Saint-Janvier, et les antiquités les plus rares d'Herculanum. Ce fut au dernier jour de l'année qu'eut lieu ce déplorable départ. L'aspect en fut effoyable, soit par les cris de désolation des lazzaroni, soit par l'incendie des plus beaux vaisseaux de la flotte napolitaine. C'était le lord Nelson, c'était la politique anglaise qui les avait dévoués aiçx flammes. On craignait que tous ceux de ces vaisseaux qui ne pouvaient tenir la mer ne vinssent accroître la marine française. L'embrasement du Guiscard, de soixante-quatorze, faisait l'effet d'un volcan allume sur la mer. L'autorité avait été confiée au prince Pignatelli, nommé vice-roi pendant l'absence du monarque. Ce choix n'était point heureux: ce prince n'avait la confiance ni de l'un ni de l'autre parti qui divisaient ce malheureux État ; il s'entendit avec le général Mack, et le résultat de leurs conférences fut une capilu

'798. lation qui livrait aux Français, sans combat, la ville et le camp retranché de Capoue. Il est vrai que, par cet armistice, on avait cru du moins sauver la capitale et une partie du royaume. Il était convenu que l'armée française s'arrêterait aux bouches de l'Ofanto. Le roi devait payer encore dix millions de livres tournois.

On ne peut décrire la fureur qui s'empara des lazzaroni à la nouvelle de cet armistice. On les entendait répéter, une torche ou-un poignard à la main : Meurent les traîtres! vive saint Janvier! vive la religion! vive le roi ! Le commissaire français Arcambal faillit être la première victime de leurs fureurs. Le vice-roi Pignatelli parvint à le sauver des mains de la populace; mais lui-même fut bientôt poursuivi jusque dans son palais; il put en sortir déguisé pendant la nuit, et se retira auprès du roi, qui, indigri» e Armistice, le fit garder dans une forteresse. La rage du peuple s'était également tournée contre le général Mack. Celui-ci ne vit plus pour lui de refuge que dans le camp des Français euxmêmes. Le général Championne! le reçut avec les égards d'une noble pitié ; mais le Directoire français, qui ne reconnaissait pas le

droit d'asile, le traita en prisonnier de guerre 1798. et le fit conduire à Dijon. La disparition de Mack et de Pignatelli Fureurs des n'avait fait qu'accroître l'anarchie. Les laz-† NI zaroni, fiers de les avoir mis en fuite, dé-" vouaient à la mort la plupart des nobles et des hommes les plus considérés ou les plus opulens. Après s'être emparés de l'arsenal, ils s'étaient partagé des armes qui les rendaient plus terribles à leurs concitoyens qu'aux ennemis. L'armistice était déjà rompu par cette violence. Les Français ne trouvaient plus de sûreté que dans leur camp; leurs détachemens isolés tombaient sous la faux de paysans dont les fureurs avaient devancé celle des lazzaroni. Les nobles napolitains, menacés à chaque instant des meurtres populaires, ne voyaient plus pour eux de salut que dans les approches et les succès de l'armée française; ils en pressaient la marche par des avis secrets et de vives instances. Championnet résolut de tenter une entreprise que le désespoir des fougueux défenseurs de Naplés devait rendre terrible. L'armée française s'avança sur Naples. La nécessité avait fortement resserré les liens de sa

discipline ; mais, comme tous les lieux où

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