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1798.

Combats des Français et des Napolitains. Reprise de Rome. Novembre et déc. 1798.

la devra qu'à l'admiration qu'il a causée à ses
vainqueurs eux-mêmes; seul il sera exempt
des fléaux que Bonaparte va répandre sur
l'Europe, seul il ne recevra point un roi de
la famille du conquérant. Combien les Suisses
ne doivent-ils point honorer la mémoire de
ces femmes intrépides tuées à Fraübrunen,
des compagnons héroïques d'Aloys Reding, et
de ces pâtres sublimes de l'Underwalden, qui
surent montrer au dix-huitième siècle les ver-
tus sur lesquelles s'appuya leur liberté nais-
sante. Les champs de la Suisse furent pour la
cause de la liberté ce que les champs de la
Vendée, plus ensanglantés et plus héroïques,
furent pour la cause de la monarchie.Jusque
dans les siècles les plus amollis ou les plus
dépravés, les grandes actions ont un reten-
tissement qui sauve ou qui relève les peuples.
L'Italie va nous offrir à son tour quelques
faits où nous verrons le sentiment de l'indé-
pendance nationale se produire avec une
même fureur, mais non avec des vertus aussi
constantes, aussi fortes.
Nous avons laissé Rome occupée par le roi
de Naples, et l'armée française retirée à Pé-
rugia ; nul désordre n'avait accompagné sa
retraite. Rome, en changeant de maîtres ,

n'avait fait que changer d'oppresseurs. Le gé-- 17fi8néral Mack qui commandait l'armée napolitaine avait si long-temps différé d'attaquer les Français, qu'il avait exalté en eux une confiance que leur retraite même n'avait pu leur faire perdre. Son armée était de quarante mille hommes, et les Français ne lui en opposaient que huit mille. Au lieu d'user des avantages que lui présente une telle supériorité, il divise ou plutôt dissémine son armée en cinq colonnes auxquelles il fait suivre des directions différentes;-ce n'était rien pour lui que de vaincre, il fallait vaincre avec méthode et surtout avec les raffinemens les plus subtils de l'art militaire. Toute combinaison simple lui paraissait mesquine. De sa personne il s'avançait sur Civita-Ducale, tandis que ses autres corps traversaient le Tibre sur d'autres points; l'avant-garde française suffit pour le repousser et le jeter dans le plus grand désordre.

Le général Macdonald eut la plus grande part à cet exploit remarquable par l'extrême disproportion des forces. Sous lui s'illustrèrent le général Mathieu et Rellermann, fils du général qui avait repoussé le duc de Brunswick à Valmi.Les colonneséparses de l'arméenapo

1798. litaines turent si vivement poursuivies, qu'en trois jours huit mille Français firent onze mille Napolitains prisonniers. Une seule de ces colonnes se défendit avec autant d'habileté que de courage; elle dut son salut, et l'on pourrait ajouter sa gloire, à un émigré français, au comte Roger de Damas qui la commandait; celui-ci se voyant coupé de l'armée napolitaine, résolut de s'ouvrir de force le passage à travers les rangs des Français vainqueurs; il engagea une action assez vive; une blessure grave qu'il y reçut ne lui fit pas quitter le champ de bataille; il parvint enfin à Orbitello, et par une capitulation digne de son beau fait d'armes, il obtint de pouvoir s'embarquer avec toutes ses troupes, en laissant seulement son artillerie.

Le général Mack, après avoir mis à une si fâcheuse épreuve le courage de ses troupes, n'osa plus tenir dans Rome. Déjà le roi des Deux-Siciles s'en était éloigné, et s'était retiré dans son château de Caser te. Rome, fatiguée des Napolitains, reçut les Français avec indifférence. Ils s'y arrêtèrent peu ; ils avaient à continuer la poursuite de l'armée napolitaine. Mack, après avoir changé son camp de jour en jour, s'était retranché à Capouc dans une forte position, où il était défendu par les eaux profondes du Volturne. Championnet avait divisé son armée en deux corps; Macdonald se porta avec son ardeur accoutumée sûr Arpino et sur Sora, dont il s'empara sans résistance, et de là sur Gaëte , la place la plus forte de l'État napolitain, approvisionnée pour un an, défendue par une nombreuse artillerie et par cinq mille hommes de garnison. Elle se rendit en vingt-quatre heures. Macdonald vint ensuite retrouver le général Championnet qui s'avançait sur Capoue, et déjà en occupait les avenues. Le général Lemoine s'était rendu maître d'Aquila et Pescara; mais quand sa division et celle du général Duhesme voulurent pénétrer dans les Abruzzes et dans l'antique Samium, ils trouvèrent dans les paysans une résistance plus dangereuse et plus meurtrière que celle des timides soldats du roi des Deux-Siciles; la faux à la main, ces paysans tombaient sur les Français épars et les livraient au plus barbare supplice. Dans un pays si favorable aux embuscades, ils en dressaient partout, sortaient de leurs retraites avec d'épouvantables cris, et après avoir assouvi leur vengeance, ils revenaient se cacher dans des lieux inaccessibles.

1798.

1798. Les généraux Duhesme et Lemoine se déterminèrent à ne plus braver le désespoir furieux , d'un peuple qui avait si long-temps éprouvé la constance et le courage des vieux Romains; leurs divisions revinrent sous les murs de Capoue. État des Pour expliquer ce qui se passa dans cette †"† ville, il faut nous rendre compte de la situaples. tion des esprits à Naples. Malgré l'attachement prononcé du peuple, et surtout des lazzaroni, pour le roi et pour la religion, Naples était de toutes les villes d'Italie celle où le désir d'une révolution se faisait le plus sentir. Les dépenses excessives de la cour étaient depuis long-temps un sujet de murmures pour toutes les classes élevées et moyennes : la présence des Anglais, les fêtes éternelles données à lord Nelson, la faveur dont jouissait lady Hamilton, et la fierté de la reine Caroline, aigrissaient des esprits qui, vifs, subtils, inquiets et présomptueux, accueillaient avec beaucoup de faveur, quoique avec mystère, les nouveautés politiques. La chimère d'une république parthénopéenne, séduisait des savans , des hommes de lettres et des artistes, qui prétendaient sentir couler en eux le sang des vieux Grecs auxquels ils

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