Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

Ions plus riches et plus populeux. Pourquoi 1798renouveler sans motif ces scènes de carnage et ces combats où la victoire était si peu assuree ? Le général Schauenbourg, dans sa conférence avec Aloys Reding, promettait, et avec sincérité sans doute, une tolérance secrète pour le régime particulier qu'il conviendrait encore aux petits cantons de suivre; mais il connaissait mal l'inflexibilité cruelle et stupide du Luxembourg.

Si le Directoire avait commencé cette guerre Révolte par cupidité, il la continuait par orgueil. £ Schwitz, après avoir accepté la capitulation , waldengoûta quelque tranquillité pendant deux mois; mais arriva l'ordre de faire prêter serment à la nouvelle constitution par chacun des habitans des cantons démocratiques. Le Directoire, habitué à faire prêter des sermens en France par une impulsion presque mécanique, ne concevait pas tout ce qu'ils ont de religieux chez un peuple fidèle aux mœurs comme aux exemples de ses ancêtres; tous les Suisses des petits cantons frémirent à la proposition d'un parjure; ils pouvaient bien res- . ter soumis par la force à la constitution nouvelle; mais jurer de la défendre, de la maintenir, trahir ainsi des promesses faites

1798. à la face du ciel et sur le tombeau de leurs pères, c'était à leurs yeux abjurer le titre de suisse et de chrétien. La cérémonie dans laquelle on les avait rassemblés pour prêter le serment fut ce qui décida leur nouvelle insurrection; chacun put lire dans les yeux de ses concitoyens l'indignation dont luimême était rempli. « Non, point de ser« ment, plutôt mourir! » ce fut le cri universel. Comme ce mouvement avait été subit, les mesures étaient mal prises. En plusieurs lieux, et même dans la ville de Schwitz, la révolte fut assez facilement ou contenue ou réprimée; mais elle prit le caractère le plus effrayant dans l'Underwalden ; les républicains les plus déterminés de Schwitz, d'Uri et des autres petits cantons s'y portèrent avec empressement, mais ils n'avaient plus à leur tête un chef habile tel qu'Aloys Reding; celui-ci était gardé à vue. Le désespoir était si furieux, qu'il ne pouvait plus se prêter ni à aucun conseil de la prudence, ni à aucune combinaison de l'art. Il s'agissait moins de . vaincre que de donner la mort pour la recevoir. Que pouvaient espérer deux ou trois mille pâtres combattant sans artillerie, contre seize mille Français qui ne cessaient de faire pleuvoir sur la vallée les obus et les boulets ? L'enfant ou la jeune fille qui avait tué un Français se croyait en possession du ciel. Les Français, qui avaient pu se modérer dans leurs combats contre Schwitz, cédaient maintenant à toute leur rage ; ils annonçaient leur marche par l'embrasement des villages, des cabanes isolées et des chalets. Après beaucoup de scènes de carnages partiels, le 9 septembre est marqué pour une extermination générale; les victimes venaient d'elles mêmes s'offrir à tous les coups; il semblait qu'il y eût une honte attachée à vivre. Après avoir combattu derrière des haies, des palissades ou quelques grossiers parapets, les Suisses s'élançaient avec fureur sur les rangs les plus épais et sur les canons même. Avaient-ils succombé, leurs femmes et leurs filles venaient se présenter à leur place; les vieillards, les malades, les mourans eux-mêmes se faisaient transporter sur le champ de carnage : du reste point de salut pour ceux même qui ne venaient pas s'offrir à la mort. Soixante-dix personnes furent massacrées dans une église, ayant à leur tête leur curé. Les Francais reprochaient leur propre barbarie au Directoire qui les avait menés a cette horrible expédi

1758.

tion. Plusieurs de leurs officiers surent jusque
dans ces horribles momens s'honorer par des
actes d'humanité ; d'autres s'arrachaient les
cheveux quand ils n'avaient pu empêcher le
carnage.
Les massacres de l'Underwalden firent
long-temps l'entretien de l'Europe. Dans un
moment où la multiplicité des catastro-
phes venait de toutes parts fatiguer la pitié,
il s'ouvrit à Londres une souscription abon-
dante pour réparer les malheurs de ce glo-
rieux canton. Mais ces secours ne purent par-
venir dans la Suisse que lorsque les Autri-
chiens y entrèrent et y apportèrenteux-mêmes
une nouvelle cause de calamité. Ce fut pen-
dant les désastres de ce pays que le célèbre
Pestalozzi eut la généreuse inspiration de re-
cueillir plus de cent enfans dont les parens
avaient ététués, et quierraientau hasard.Après
leur avoir fourni ou procuré des secours, il
voulut continuer envers eux l'emploi d'un
père dont sa bienfaisance l'avait investi. Il
fonda pour eux une école qu'il dirigea par une
méthode nouvelle, et ce fut là le commence-
ment de cette institution célèbre qui a fixé les
regards de tous les savans de l'Europe.
Les malheurs desTreize-Cantons devenus la

république Helvétique vont continuer et sac- 1798. croître, mais en changeant de nature. Ce pays belliqueux ne sera plus, comme la triste Italie, qu'un champ de bataille où les Autrichiens et les Russes d'un côté, et les Français de l'autre, se combattront avec acharnement. Tandis que des torrens de sang sont versés dans les abîmes et sur les rocs dont on se dispute la triste possession, les Suisses ne forment d'alliance ni avec leurs premiers oppresseurs ni avec des vengeurs qui ne les ménagent point. Leur caractère ne va plus se produire par des actes héroïques, mais par un • sombre mécontentement qui inspire des alarmes et un respect involontaire aux vainqueurs et aux vaincus. Tous ces faits d'un admirable désespoir que je viens de rapporter, malgré les désastres qui les suivent, ne seront point perdus pour la causa d'un peuple toujours digne de la liberté. L'horreur des cruautés commises s'est fait sentir au cœur des républicains français eux-mêmes, et va précipiter la chute des Directeurs qui les ont ordonnées. Les puissances belligérantes ont déjà comprisqu'on ne peut disposer des Treize-Cantons, comme on l'a fait de Venise ; ce peuple recouvrera bientôt son indépendance, et ne

« ZurückWeiter »