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qui peut tout inventer à la guerre, et cette éloquence qui, fondée sur la vérité, peut tout commander à des âmes vraies. Malheureusement l'autorité de ce grand personnage ne pouvait apporter un remède suffisant à la faiblesse du lien fédératif qui unissait sa patrie aux cinq autres cantons démocratiques; l'esprit des localités n'y était que trop réveillé par le danger même. Glaris, Zug, Uri, Appenzel, et Underwalden, craignaient, en portant leurs secours au-dehors, d'ouvrir leurs foyers aux Français, C'était la pauvreté même de ces foyers qui les leur rendait plus chers. Ce qui pouvait s'y trouver d'aisance relative était l'ouvrage de plusieurs siècles. Le sabre d'un soldat furieux, ou la pipe d'un soldat insouciant, pouvait tout détruire en un quart d'heure.Chacun, dans son canton, avait déjà signalé le roc, le lac ou le bois qui servirait de théâtre au combat, et qui déjà semblait indiqué pour la gloire par de vieilles annales. Quarante mille Français, vainqueurs de l'Autriche, et récemment vainqueurs du désespoir des paysans bernois, allaient pénétrer dans ce pays, qui me comptait encore pour sa défense que neuf mille guerriers mal armés. Les prêtres

1798.

1798. et les femmes couraient dans tous les rangs. Les prêtres élevaient un crucifix, qu'ils appelaient le véritable arbre de la liberté. « C'est « à vous, disaient-ils, à être fidèles à la cause « de Dieu, vous qui en avez reçu des bien« faits mille fois plus précieux que l'or et les « richesses; les ennemis que vous avez à « combattre ne sont-ils pas ces hommes qui « ont épouvanté le monde de leurs fureurs « sacriléges ? Ne marchent-ils pas tout cou« verts des dépouilles enlevées dans les cha« pelles de la Suisse, et surtout dans l'église « de Notre-Dame-des-Ermites ? Il y a trois « siècles que vous avez su vous dérober à « l'exemple de vos frères égarés, et repousser « de votre sein l'hérésie qui s'établissait à « Berne et à Zurich. Voici un danger bien « plus terrible : c'est l'impiété déclarée qui « s'approche de vous. Tout pauvres que vous | « êtes, on voudra vous séduire; car l'impiété « veut toujours grossir le nombre de ses com« plices; vous n'aurez plus droit à invoquer « le nom de vos pères, quand vous aurez « abandonné et outragé leur culte; vous ne serez plus les fils de Guillaume-Tell, si vous avez cessé d'être les enfans de Dieu. C'est à

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« votre fidélité catholique que vous avez dû 1798. « d'être le peuple le plus libre et le plus res« pecté de la terre. Il ne s'agit pas seulement « pour vous de combattre en héros, il faut « combattre en martyrs. »

II paraît certain qu'à des exhortations si vives les prêtres joignaient des promesses, des prophéties, des apparitions miraculeuses, que la véhémence et l'exaltation de leur zèle pouvaient rendre sincères. Chaque paysan racontait à son voisin une vision dont il avait été frappé : on parlait de larmes qu'avaient versées les madones champêtres; on parlait d'un grand bruit d'armes entendu dans les cimetières ou dans les caveaux des églises. Le capucin Paul Styger et plusieurs curés ne prêchaient plus qu'avec des armes entremêlées aux vêtemens du sacerdoce.

Les femmes montraient la même ardeur que celles du canton de Berne; vêtues d'une souquenille semblable à celle de leurs époux, armées au hasard, mais toutes armées, elles se distinguaient par un ruban blanc : c'étaient elles qui portaient les ordres, les munitions et les vivres d'un camp dans un autre; elles faisaient la guerre aux lâches, allaient les chercher dans leurs retraites , et les forçaient de marcher; leur cri de ralliement était: « A bas « lesGessler! » lise trouvait que les trois couleurs des drapeaux français étaient précisément celles des drapeaux de l'Autriche pendant la longue guerre de la liberté. Les femmes profitaient de cette circonstance pour enflammer la rage et pour exalter l'héroïsme universel; le bâton sec et dépouillé qu'on appelait l'arbre de la liberté, ne leur rappelait que la perche abhorrée de Gessler. On les voyait apporter leurs ustensiles de cuisine pour faire des balles : postées sur des hauteurs, elles avaient l'emploi de les garder pendant que leurs maris ou leurs pères iraient percer les colonnes françaises.

Aloys Reding voulut profiter d'une ardeur si générale, et ne craignit pas de saisir l'offensive avec une armée de neuf mille hommes , pour la plupart nouveaux soldats, mais guerriers par le cœur. On marcha sur Lucerne, qui avait sufbi le joug français. Quelques affaires d'avant-poste prouvèrent que le courage du désespoir pouvait l'emporter, au moins momentanément, sur un courage tourné en habitude, fortifié parla tactique et maintenu par la discipline. L'armée de Reding 1 798entra dans Lucerne, après une capitulation que signèrent avec joie des magistrats qui regrettaient la fière indépendance de leur patrie. Le premier mouvement de leurs libérateurs fut de se précipiter tous dans une église, pour y rendre grâce à Dieu de leur premier succès; leur zèle était bien inconsidéré , car il eût dépendu de quelques habitans d'un parti contraire de les enfermer tous dans l'église, et de détruire le dernier espoir de la vieille Suisse. Le Te Deum finissait à peine , que les Suisses purent comprendre, aux diverses nouvelles qui leur arrivaient de tous côtés , qu'il leur fallait déjà renoncer à l'offensive : déjà les Français, après avoir passé la Reuss, s'étaient emparés de la ville de Zug; leurs colonnes filaient sur les deux rives du lac de Zurich, et c'était là le point d'attaque le plus à craindre pour les Suisses. La nécessité voulait qu'on évacuât Lucerne; mais cette conquête n'avait pas été sans quelque résultat; on y avait pris des canons que les femmes traînèrent jusqu'au sommet de leurs montagnes.

Le 3o avril, les Suisses eurent à combattre dans tous les lieux célèbres par les batailles

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