Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

1798. On trouva, pour donner une nouvelle constitution à la Suisse, la même facilité que pour créer les constitutions des républiques romaine, cisalpine, transalpine et ligurienne. Quelques commis du Luxembourg suffirent pour ce travail: c'était encore un misérable calque de la constitution française de i793. Les barrières des montagnes, des grands lacs, des torrens; la séparation si marquée des pays susceptibles de culture, et de ceux qui ne peuvent la recevoir; la différence du culte , des mœurs, des habitudes et des souvenirs; rien n'arrêta les niveleurs constitutionnels , et l'on proclama la république helvétique une et indivisible.

Pour que rien ne manquât aux chaînes de la Suisse, on lui donna un directoire. Dans un pays où presque partout les fonctions les plus hautes étaient gratuites, on créa , pour chacun des directeurs, un traitement de huit cents louis; tous les autres emplois étaient réglés sur cette échelle. Les premières élections avaient donné quelques hommes assez amis* de leur pays pour en défendre encore la mourante indépendance contre le protectorat français. Les commissaires du Directoire s'indignèrent de trouver quelques entraves à leur tyrannie : ces directeurs, encore suisses, 1798. furent remplacés par les hommes qui avaient les premiers provoqué l'invasion étrangère. Ochs, La Harpe et Oberlin reçurent le prix des services qu'ils avaient rendus à Rewbell, des complaisances qu'ils avaient pour Rapinat. Cependant la tyrannie militaire s'élevait toujours par-dessus leur tyrannie d'emprunt. Il fut rendu une ordonnance par laquelle on déclarait que tout Suisse qui aurait parlé irrespectueusement des autorités françaises, serait puni de mort. C'était ressusciter le génie des ordonnances de Gesler; les GuillaumeTell-reparurent. Il s'agissait de soumettre à la constitution , . # une et indivisible, c'est-à-dire de faire courber †: sous cette oppression insolente et cupide, le #o peuple le plus libre des temps anciens ou modernes, les cantons démocratiques. Leurs premières représentations eurent un caractère de fierté et surtout d'éminente raison, mais elles ne présentaient rien d'hostile. Sans doute, il était douloureux pour ce peuple de pasteurs de survivre à la liberté des autres cantons, qui lesavaient vaillamment secondés contre les maisons d'Autriche et de Bourgogne ; mais ils

1798. regardaient leur propre liberté comme inattaquable; leur imagination n'allait pas jusqu'à deviner les prétextes par lesquels un gouvernement qui prétendait n'agir que pour la liberté universelle, pourrait donner des restrictions jalouses à une liberté si vaste et si paisible. Toute espèce d'aristocratie excitait la colère ou réelle ou simulée du Directoire de France. Mais pouvait-on assimiler les constitutions de Schwitz, d'Uri, etc..., où le peuple conserve le plein exercice de la souveraineté, et peut la déléguer tous les ans à des magistrats de son choix, avec ces constitutions de Berne et de Fribourg, où le peuple était entièrement exclu des droits politiques? Enfin, ce qui fondait le mieux leur sécurité, c'est qu'ils ne présentaient aucune amorce à la cupidité du Directoire de France. Où étaient leurs trésors? où était leur luxe? Que viendrait-on chercher sur leurs rochers stériles, ou sur leu rs verdoyantes montagnes couver tes d'hu mbles chalets? Le revenu des six cantons ne paierait pas en dix ans les frais d'une guerre entreprise contre eux; mais ces bons Suisses ne connaissaient pas jusqu'où peut aller, chez des esprits étroits et des âmes haineuses, la fureur des théories politiques. Roberspierre, Hébert et Chaumette avaient voulu courber sous leur nivellement des hommes qu'ils appelaient esclaves. Maintenant il s'agissait de l'imposer à des hommes libres et courageux: nul calcul de prudence ou d'économie, et bien moins encore, nul sentiment de justice et d'humanité, ne pouvait arrêter les pentarquesdu Luxembourg. Rapinat et un autre commissaire du Directoire, Lecarlier, plus puissant que son collègue parce qu'il avait été conventionnel et régicide , repoussèrent les représentations des petits cantons, comme étant imbues de préjugés gothiques. S'ils avaient osé, ils les auraient nommées serviles. Ils chargèrent bientôt le général Schauenbourg de transporter les lumières du siècle dans ces cantons rebelles : on leur imposait un délai fort court pour recevoir la constitution unitaire. Au seul mot d'une constitution nouvelle, tout éclata ; on courut aux armes.

Le peuple de Schwitz se prépara par un acte de mémorable sagesse à un mouvement qui allait rappeler sa gloire antique. Ce gouvernement, en dépit d'une démocratie si pure, comptait lui-même des sujets. Le petit peuple de la Marche subissait ses lois; quoiqu'elles | fussent d'une douceur extrême, elles pesaient un peu à l'orgueil des habitans. Schwitz les rendit libres, et ils se montrèrent aussi zélés pour la cause commune, que s'ils avaient eu depuis plusieurs siècles leur part de la souveraineté démocratique.

Aloys Reding était l'âme de ce mouvement; militaire consommé, il avait longtemps servi en Espagne avec le grade de colonel. Les combats qu'il avait soutenus dans ce royaume contre les Français; le souvenir de ses pères, fondateurs de la liberté helvétique; le souvenir récent et cruel de ses parens, de ses amis, massacrés dans les journées du 1o août et du 2 septembre, tout l'appelait à défendre la liberté réelle contre les mensonges d'une liberté oppressive. Depuis qu'il était rentré dans sa patrie, il n'avait cessé d'être réélu, d'année en année, pour la première magistrature. Voué au commerce des lettres, et surtout à l'étude de l'histoire, il y avait puisé la raison mâle qui signale partout l'imposture ou l'erreur ; il possédait en outre le courage à la fois héroïque et raisonné

« ZurückWeiter »