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invulnérables. Quinze ou vingt d'entre eux, 1796. et c'étaient les plus accrédités dans l'opinion, se réunissaient habituellement. Rien n'était plus gai, plus ouvert ni plus franc que les délibérations de ces jeunes publicistes ; leurs vo^ux conspiraient pour la monarchie, quoiqu'ils ne s'entendissent pas fort bien sur le mode de monarchie qui devait être préféré. Le concert de leurs éloges élevait fort haut une renommée qu'ils prenaient sous leur protection. Ils préparaient les suffrages pour les comices nouveaux, aussi se voyaient-ils sollicités et flattés par les plus illustres candidats. La révolution suivait un tel cours rétrograde, que d'être réputé ami de l'ordre était un titre à la popularité. Ces écrivains étaient si émerveillés de leur pouvoir éphémère, qu'ils s'appelaient quelquefois dans leurs feuilles, magistrats de l'opinion publique. Ils riaient entre eux lorsqu'ils se saluaient de ce titre; mais ce qui nuisait le plus à leur dignité magistrale, c'étaient les épigrammes acérées et perpétuelles dont ils assaillaient le parti ennemi. Le manteau directorial, loin de mettre à l'abri de leurs coups les attirait de préférence. Cependant Carnot était épargné, malgré le souvenir et du vote régicide et du comité de

1796. salut public. On désolait en même temps des ministres ou des députés , tels que Merlin de Douai, Syeyes , Louvet, Chénier, Tallieti et Fréron. Richer-Sérisy était chargé du département des philippiques. Son style était inégal et peu correct; mais il avait de la verve et du coloris. Il paraissait emporté par une passion trop vive pour être contenue; tout était absolu dans ses sentimens, tranchant dans ses expressions , et c'est ce qui excitait l'enthousiasme des royalistes les plus prononcés. MM. Fiévée et Berlin, qui devaient suivre long-temps la carrière de publiciste, et s'y élever beaucoup, s'annonçaient dans leurs feuilles spirituelles comme des partisans des doctrines de Montesquieu. M. Michaud, qui devait s'illustrer par \Histoire des Croisades, porta le courage et le zèle jusqu'à faire un élogedirect des princes exilés. C'était un délit qui, dans les lois révolutionnaires, emportait peine de mort. Cet écrivain fut bientôt arrêté et traduit devant des jurés qui osèrent l'acquitter. Un grand et salutaire effet illustrait cet emploi de journaliste, qui ne fut point dédaigné par MM. de La Harpe, Morellet, Foutanes, l'abbé Sicard, le spirituel abbé de Vauxellcs, et quelques autres honorables vétérans de la littérature.

Comme l'époque de l'élection partielle 1796approchait, le Directoire et ses partisans ne purent douter qu'elle allait se faire sous l'influence des journaux royalistes, et que le tiers conventionnel qui resterait subirait à son tour )a dure loi de la minorité. Ils cherchèrent un

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moyen de leur imposer nn frein qui diminuerait à la fois leur audace et leur crédit. Daunou , Chénier et Louvet proposèrent au Conseil des Cinq-Cents des lois relatives aux délits de Ja presse. Quoiqu'elles fussent assez rigoureuses, elles commençaient à graduer les peines pour ces sortes de délits, tandis que les lois_,réVolutionnaires qu'on leur appliquait portaient tontes la peine de mort; mais leur atrocité les rendait inexécutables. Le combat s'engagea vivement à la tribune. Les orateurs royalistes, et particulièrement MM. Pastoret et l'Emerer s'opposèrent avec énergie et talent à des lois qui arrêtaient les progrès d'une opinion favorable à tous leurs vœux. Ils s'appuyaient sur la constitution et sur l'expérience. N'était-ce pas sur la destruction de la liberté de la presse que Roberspierre et les décemvirs avaient fondé leur monstrueuse tyrannie. « Rougissez, disaient-ils aux Gi

1796. « rondins, d'appeler le retour de ces lois qui « ont fait verser le sang de vos amis , et qui « vous ont fait errer de caverne en caverne. » Malgré cette résistance, une résolution qui établissait un code pénal pour les délits de la presse fut adoptée au Conseil des Cinq-Cents. , Mais Portails et Tronçon - Ducoudray l'attaquèrent avec force au Conseil des Anciens, et ils eurent le bonheur de se voir seconder par quelques uns des Conventionnels. Ce fut surtout Baudin des Ardennes qui décida cette importante victoire. La résolution fut rejetée dans ce Conseil. La joie des journalistes e t de leurs lecteurs alla j usqu'à l'ivcesse. Le royalisme redoubla d'audace et de confiance.

. L'essor de l'opinion devenait irrésistible, parce qu'elle n'émanait d'aucun complot, parce qu'elle ne se liait à aucune intrigue étrangère; elle était spontanée, indigène, naissait de l'état moral où de grands malheurs avaient amené les esprits. Ou revenait de la philosophie qui ébranle tout, à cette philosophie saine, ou plutôt .à cet esprit de bon sens qui replace tout sur des bases solides. La cause de l'étranger était devenue défavorable aux yeux mêmes du parti royaliste de Tinté- 1796 rieur, qui ne pouvait plus y voir la cause de la royauté, ni celle des Bourbons.

Cependant le Directoire fatigué de sévir contre des révolutionnaires, c'est-à-dire contre'" sa propre armée, était affamé d'un complot royaliste. La trop longue sagesse de ce parti l'excédait; il lui fallait une de ces conspirations telles qu'en rêvent des aventuriers qui veulent se faire valoir, ou des hommes que l'excès de leur zèle rend accessibles à toutes les illusions. Le Directoire réservait à ses propres agens le soin de nourrir cette conspiration de visionnaires. 1l ne fut pas difficile de les trouver. M. de la Villeurnois, ancien maître des requêtes, homme à tous les égards recommandable, avait le seul défaut de se laisser fasciner par tout projet qui flattait ses sentimens royalistes. Il se crut appelé à rétablir Louis XVIII sur le trône. Il se lia avec l'abbé Brottier, neveu de l'auteur d'un excellent commentaire sur Tacite, et qui, voué aux études mathématiques, n'y avait pas puisé une grande connaissance des hommes. Celuici lui fit connaître un homme aussi méprisable que dangereux, nommé Duverne-duPresle, qui se disait envoyé par le Roi pour

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